C’est quoi au juste l’Ardenne ?

C’est quoi au juste l’Ardenne ?

C’est quoi au juste l’Ardenne ?

Photo : Anne Catherine Lardinois  – www.laphoto-postale.be

C’est quoi au juste l’Ardenne ?

Photo : Anne Catherine Lardinois  – www.laphoto-postale.be

Au doux nom d’Ardenne, les vacanciers frémissent, prêts à répondre à l’appel de la forêt. De leur côté, Les habitants sont fiers d’appartenir à un territoire au caractère authentique comme l’annonce orgueilleusement notre slogan en page d’accueil.

Si l’image de l’Ardenne ouvre des horizons chargés du parfum de l’aventure, comme pouvait le faire le Far-West, tâchons d’être un petit peu précis, au-delà du cliché de carte postale.

 

L’impénétrable forêt d’Ardenne, l’Arduina sylva comme la décrivait Jules César, a bien changé d’aspect depuis la conquête des Gaules et la résistance obstinée d’Ambiorix, le Vercingétorix local.
César mesurait l’Ardenne sur une étendue couvrant les environs d’Épinal jusqu’à la région de Maëstricht ; ce qui nous fait quand même un petit peu beaucoup. Il avait oublié les Vosges au passage. On peut l’en excuser ; il ne disposait pas de GoogleMaps.

 

Des limites élastiques

Malgré les connaissances scientifiques acquises depuis deux mille ans, le côté pour le moins élastique des limites ardennaises est resté lorsqu’on s’emploie à décrire le territoire. On ne sait pas toujours très bien là où elle comence et là où elle finit.

En deux millénaires, la géographie s’est précisée et de nos jours, il ne viendrait à l’idée de personne de tirer autant que César sur l’élastique pour étendre l’Ardenne. Mais, cette souplesse tient bon, et lorsqu’il s’agit de vanter les mérites d’un produit qui sent bon le naturel, l’étiquette ardennaise se colle sur la boîte de lait, la façade de la maison de vacances, l’emballage du beurre, et, les stratèges du marketing seraient bien capables de l’imprimer le paquet de margarine à l’huile de colza si on ne les retenait pas.

Car l’Ardenne, ça parle aux gens, ça inspire.

C’est le côté mythique entretenu par les poètes, les écrivains, les artistes et désormais les photographes digitaux et les webmasters. Les Ardennais s’emploient à soutenir le côté un peu magique de leur Terre.

C’est une approche sentimentale qui n’a pas toujours été telle. L’essor du tourisme démocratisé, du chemin de fer, puis des automobiles (pour utiliser un langage de l’époque) a attiré des villégiateurs (le même langage d’époque) qui ont vite été assimilés à des clients. Le territoire devint une enseigne attirant le consommateur.

Plus tôt, l’Ardenne et ses habitants étaient un peu considérés comme des demi-sauvages, voire des sauvages tout court. Ceux-ci étaient bien conscients qu’ils étaient perçus comme des «indigènes» à peine civilisés ; manquait l’os à travers les narines pour compléter le tableau.
Pour se défaire du cliché, les habitants eux-mêmes tendaient à repousser un peu plus loin l’appartenance à l’Ardenne, surtout vis-à-vis des citadins venant du Nord. Étant entendu que le Nord commence entre Aywaille et Liège…
En ces temps là, plutôt que de tirer sur l’élastique et élargir son espace dans l’imagination, l’Ardenne se contractait.

 

Dure Ardenne

En écrivant son roman «Dure Ardenne», Arsène Soreil décrit justement la vie des paysans pauvres au rythme des saisons et du cycle de la terre. Terre nourricière, rarement prodigue.

Ici, ce n’est pas Saint-Tropez ni Toremolinos, cette «merveilleuse terre de vacances» ne présente pas ce côté rieur et jovial des territoires ensoleillés du sud de l’Europe.

L’Ardenne est profonde. Elle n’est pas austère, mais rien n’est superficiel, si ce n’est le sol cultivable qui arrive à peine à recouvrir la roche mère qui affleure à chaque pas.

La forêt est profonde, la roche est profonde et l’âme est profonde.

 

Arsène Soreil et Arthur Masson

Dans un esprit moins tragique, et à l’autre bout de l’Ardenne près de la frontière française, Arthur Masson contera les aventures cocasses de Toine Culot, obèse ardennais. Un ton de récit qui vaudra à l’auteur d’être parfois qualifié de Pagnol ardennais.

 

 

Dieu et le Diable sont présents partout et il est bien difficile de déterminer lequel des deux est arrivé le premier. Il n’y a pas de chemin en Ardenne qui ne porte sa croix, au sens propre. De schiste, de bois ou plus rarement d’arkose, elles ont tenu longtemps le rôle de bornes et de poteau indicateur.

Ici, la moindre dépression dur sol porte la marque du Diable, du sabot de l’âne de Saint Remacle ou du courageux cheval Bayard.
Les légendes ardennaises sont nombreuses, elles ont modelé ce qu’on appelle une «mentalité». Tout comme en Bretagne, à laquelle l’Ardenne est souvent comparée. «Ardenne et Bretagne : les sœurs lointaines» écrivait Albert Moxhet, un des chantres de l’Ardenne.

La grande Histoire contribue parfois au mythe. Sans être aussi doué que Jules César, Hitler, cet envahisseur idiot et brutal, s’est cassé les dents en 1944 en lançant ses chars à travers la forêt et les fagnes ardennaises. Pour sa dernière offensive, celle dite «des Ardennes», l’imbécile croyait réussir son effet de surprise comme ses compatriotes de 1914, mais ceux-là avaient eu la bonne idée de démarrer leur invasion au mois d’août, pas en plein hiver.
L’Ardenne, c’est plus froid et plus humide qu’ailleurs. Les cartes météo de la télévision nous le rappellent journellement, là-haut, il faut «porter un paletot de plus qu’à Bruxelles».

Toute modeste qu’elle soit, la petite montagne ardennaise marque sa différence en titillant les brouillards et les nuages bas. Il y pleut plus qu’en plaine, les gelées précoces y sont plus précoces et les gelées tardives y sont plus tardives. C’est un fait ; même le réchauffement climatique ne change rien à l’affaire.

 

 

Du mythe à la pierre

L’impact qu’elle dégage dans l’imaginaire cause des confusions qui font oublier que l’Ardenne est avant tout une région naturelle au sens géographique comme nous l’avons appris à l’école.

Il n’existe aucun pointillé précis sur aucune carte qui délimite le territoire puisque la nature se moque éperdument des limites administratives, et que, de toute façon, elle à fait sa part de boulot bien avant les traceurs de frontières.

Ainsi va la nature ardennaise, partant de la France en rayant la Belgique sur un axe sud-ouest vers le nord-est à travers les provinces de Namur, Luxembourg et Liège, elle déborde sur de Grand-Duché de Luxembourg en le coupant en deux. Là elle s’appelle l’Oesling (Eislek en luxembourgeois), puis elle devient l’Eifel en région germanophone de Belgique et se dilue loin en Allemagne dans le Massif Schisteux Rhénan au-delà du Rhin.

 

 

 

Les régions naturelles assimilées à l'Ardenne.

Les régions naturelles assimilées à l’Ardenne. Beaucoup de communes des provinces de Namur, Liège et Luxembourg reposent en partie sur le socle ardennais, en partie sur la Gaume, la Famenne, La Calestienne… Il en va de même en France où le sol ardennais ne couvre pas tout le département des Ardennes

 

 

 

La montagne érodée

L’altitude moyenne n’est pas le seul trait naturel de l’Ardenne, le sol en est la marque déterminante.
Pour le comprendre, il faut explorer la vertigineuse histoire de la Terre. Vertigineuse, car les temps et les épisodes géologiques n’ont absolument aucune mesure comparable avec ce que notre petite mémoire humaine peut concevoir du passé planétaire

Comme ce qui suit va être un peu compliqué, nous espérons capter votre attention et éveiller votre curiosité avec un scoop : notre région (et les territoires qui l’entourent évidemment, ne soyons pas trop chauvins), a commencé sa formation quelque part, pas très loin du pôle Sud.

Et cela, il y a près de 550 millions d’années, rien que ça ! Ce qui fait maintenant du sol ardennais une des plus anciennes roches de l’hémisphère nord puisqu’il ne vous a pas échappé que nous ne sommes plus à proximité du pôle Sud, nous avons parcouru un sacré chemin.

La croûte terrestre est faite de plaques qui flottent sur la couche inférieure qu’est le manteau visqueux. Ces plaques circulent et se déplacent constamment de manière imperceptible à l’échelle des temps humains. Elles s’éloignent, se rapprochent, se chevauchent parfois et entrent en collision. Alors, il se passe la même chose que lorsque la carrosserie de votre voiture rencontre un obstacle (ce qu’on ne vous souhaite pas) ; la tôle se plisse, se défonce par endroits et se soulève ailleurs.

 

 

Un anticlinal à proximité du barrage de La Gileppe.

Tordues, plissées et compactées durant des millions d’années, les couches de sédiments offrent des formes surprenantes. Ici, un anticlinal à proximité du barrage de La Gileppe.

 

C’est ce qui est arrivé aux couches d’argiles et de sables sous-marins compactés qui se sont soulevés sous l’effet de la rencontre des plaques continentales qu’étaient Avalonia, Laurentia et Baltica.

Calédonien d’abord

C’est le début d’un épisode géologique que les scientifiques ont nommé le cycle Calédonien du nom latin de l’Écosse (Calédonia) qui faisait partie de ce colossal soulèvement.

Cela se passe sur une énormité de temps et il faut des dizaines de millions d’années pour que le fond marin sorte de l’eau et devienne une montagne.
Puis, durant les dizaines de millions d’années qui suivent cette élévation, l’érosion du sol intervient. Le vent, la pluie et les gelées attaquent la montagne et rabotent ses sommets, la montagne s’arrondit et redescend de plusieurs étages.
De dizaines de millions d’années en dizaines de millions d’années, les terres montent puis redescendent ; une roche se crée, se forme, puis se disloque sous l’effet de l’érosion. C’est un processus infini.

Hercynien ensuite

Et des dizaines et des dizaines de millions après que l’érosion du premier soulèvement ait commencé, un nouvel épisode et de nouvelles rencontres continentales ont de nouveau soulevé des pans gigantesques de la planète qui ont de nouveau concerné notre territoire. C’est ce cycle Varisque encore appelé Hercynien qui a propulsé l’Ardenne à une altitude qu’il n’est pas déraisonnable d’imaginer plus élevée que les actuelles montagnes européennes. Quand on disait plus que l’histoire de la Terre a un côté vertigineux, ce n’est pas seulement dans le temps.

Entre soulèvements et érosions, l’Ardenne est devenue cette région de collines bombées et de hauts plateaux.

Ces événements, Calédonien puis Varisque/Hercynien se sont étalés entre 550 et 300 à 250 millions d’années. Ce qui ne veut pas dire que tout s’est stabilisé définitivement, puisqu’actuellement, nous subissons les pressions du plissement alpin commencé tout récemment. Il y a un petit 50 millions d’années quand même, mais ce qui fait des Alpes et des Pyrénées des montagnes beaucoup plus jeune que la vieille Ardenne.
Tous ces phénomènes géologiques sont sans fin, ils ont commencé bien avant l’émergence de la vie sur terre et continueront après la l’extinction définitive de celle-ci.

 

 

Le Signal de Botrange culmine à 694 mètre

Le Signal de Botrange culmine à 694 mètres (plus l’escalier qui mène à une petite terrasse qui permet d’atteindre ambitieusement les 700 m), la Baraque de Fraiture est à 652 mètres. Plus au sud, entre la France et la Belgique, la Croix Scaille est à 504 mètres.

Photo de Lionel / Mes balades, nos balades

 

Le massif ardennais

Ces satanés cailloux sur lesquels le promeneur trébuche et sur lesquels l’agriculteur casse ses outils sont donc très anciens. Pensez-y lorsque vous jouerez à faire des ricochets dans la rivière avec des pierres de schiste, rappelez-vous que vous tenez en main un jouet vieux de centaines de millions d’années. C’est vertigineux, au risque de se répéter.

Si l’Ardenne est en grande partie couverte de forêts et non de riches cultures céréalières, c’est un peu dû au climat, mais surtout à ces rochers qui affleurent à peu près partout et rendent le sol encore plus froid et fort peu perméable. Ce sol, pour peu qu’il ne présente pas de pente importante, conserve les eaux de pluie à la surface, les nombreux espaces de fagnes qui parsèment l’Ardenne en témoignent, dont le plateau des Hautes Fagnes bien évidemment.
Un des inconvénients majeurs étant que cette eau ne peut se réfugier dans aucune nappe souterraine et s’évapore très vite en cas de sécheresse plus ou moins prolongée, ce qui est de plus en plus souvent le cas.

Comme nous l’avons vu, ce (satané) sol est composé des argiles et des sables que les fonds marins ont collectés au long de leurs déplacements sur les plaques tectoniques qui les baladaient. Ces sédiments meubles sont devenus des roches sous l’effet de la pression mécanique et de l’échauffement que celle-ci produit, c’est le métamorphisme.

À partir de là, c’est relativement simple, les argiles ont formé le schiste et les sables ont formé des grès.

Le schiste n’est plus a présenter en Ardenne, c’est cette roche qui est exploitée sous différentes formes dont la plus connue est l’ardoise de toiture longtemps extraite des carrières de Martelange, Vielsalm, Warmifontaine, Haybes. Mais des dalles, des colonnes, des moellons sont ou ont aussi été produits dans une multitude de carrières locales.

Les grès ardennais d’une couleur jaune pâle sont appelés arkose dans le langage populaire. Ce qui heurte un peu les géologues et minéralogistes, car l’arkose, la vraie, doit comporter un certain pourcentage d’un composé minéral appelé feldspath (bonne chance pour bien le prononcer du premier coup). Les spécialistes préfèrent parler de quartzite. Voilà pour la science, il ne vous en sera pas tenu rigueur si vous préférez utiliser le mot arkose ; les gars du bâtiment qui montent des murs avec ces pierres ne se posent pas la question et les constructions «d’arkose» sont courantes. Ajoutons qu’en beaucoup d’endroits, l’arkose étant une pierre très dure, on trouve encore des meules de moulin d’un diamètre d’un mètre et plus taillées dans cette roche.

 

 

Calcaire, connais pas !

L’Ardenne est donc une région naturelle caractérisée par un socle de schistes et de grès, mais plus encore, c’est l’absence de calcaire qui donne sa particularité à la région.

Et c’est ici que la confusion survient et que l’élastique des limites ardennaises manipulé par les humains commence à s’étendre et à englober sans vergogne tous les territoires qui se trouvent au sud-est de Meuse. Dans le même tiroir, on glisse l’Ardenne, la Lorraine, la Calestienne, la Famenne.

Le calcaire est également une roche sédimentaire, il naît des matériaux déposés aux fonds des mers, mais, différence notable avec les argiles, les sables et les graviers, il est composé de matière biologique, à partir des coquillages, de squelettes de poissons et de coraux.

Or, à l’âge Cambrien (les 550 millions d’années en question), lorsque les terres ardennaises se sont formées sous la mer, puis soulevées et sorties des eaux, la vie marine était encore rudimentaire et très peu nombreuse. Donc, les dépôts calcaires ne pouvaient pas exister en quantité suffisante pour se transformer en roche. CQFD.

L’Ardenne originelle devait être bien triste sans arbres, sans fougères, sans truites ni cervidés, désertique comme la lune. On comprend pourquoi les Hollandais ont attendu quelques centaines de millions d’années pour y passer leurs vacances.
Très logiquement, les bordures du massif schisteux, par définition moins élevées que le sommet, sont restées sous eau plus longtemps. La faune marine, y compris les coraux ont eu le temps de se développer, de vivre sous l’eau puis d’y mourir et d’y accumuler des restes calcaires.

 

 

Au Sud, la Lorraine belge, la Gaume et le Pays d’Arlon

Ne dites pas aux habitants de Virton, de Florenville, de Chiny qu’ils sont Ardennais. Cela ne créera pas un incident diplomatique, mais, on vous le fera remarquer : tût tût, un Gaumais n’est pas Ardennais. On vous le dira gentiment, onctueusement, un peu à l’image du pâté gaumais, mais on vous le dira. Peut-être en gaumais d’ailleurs, un dialecte pratiqué dans la partie romane de la Lorraine.
A l’est, tout contre le Grand-Duché de Luxembourg, le Pays d’Arlon est autrement appelé l’Arelerland dont la langue locale —­ et l’accent — est historiquement beaucoup plus proche du parler luxembourgeois.
Gaume et Pays d’Arlon se différencient donc par une marque culturelle, mais sous leurs pieds respectifs on retrouve les mêmescaractéristiques géographiques, un mélange d’argiles et de calcaire : la marne.

La Lorraine belge représente le versant sud du massif ardennais, elle profite d’une belle exposition au soleil qui a donné à la Gaume le surnom de petite Provence belge que le village de Torgny illustra en relançant la culture des vignes.
La Gaume/Lorraine qui remonte vers le plateau ardennais est la limite nord du grand bassin parisien, une dépression géologique recouverte par la mer jusqu’au jurassique (200 à -150 mille ans). L’inclinaison des différentes couches sédimentaires remontant vers l’Ardenne a donné des formes d’érosion particulières qui ont formé les trois «cuestas» gaumaises. Ces replis courent sur un axe est-ouest et ont tracé la voie aux rivières Vire, au Ton et à la Semois pour creuser leur lit en direction de la Meuse.

 

 

Torgny par David

N’est ce pas qu’il y a un petit air de Provence ! Photo© Les balades de David – David Rigo https://lesbaladesdedavid.be

Photo ci-dessus : © Les balades de David – David Rigo – https://lesbaladesdedavid.be

 

 

Au Nord-ouest, Fagne et Famenne

Très important à préciser d’emblée : il ne faut pas confondre LA Fagne dont nous allons parler ici et LES Fagnes qui occupent les hauts plateaux du Nord-Est.
Le mot «fagne» provient du wallon, il se traduit par fange en français. Le sud de la Famenne est une région fangeuse, le nord de l’Ardenne l’est aussi, et pour les mêmes raisons, un sol imperméable dans lequel l’eau ne s’infiltre pas.

Il était donc légitime de nommer ces deux régions éloignées du même nom, LA Fagne au Sud, LES Fagnes au nord, où on a trouvé utile de rappeler que ces dernières étaient en altitude en consacrant le formule des «Hautes Fagnes» pour limiter les confusions. Ce qui n’a pas empêché il y a quelques années une polémique pour savoir quelle brasserie pourrait utiliser la marque de Bière des Fagnes. Une polémique brassico-belge bien de chez nous.

Il n’échappera à personne que la ville de Marche-en-Famenne que l’on dit souvent ardennaise se trouve en… Famenne. La roche mère y est schisteuse également, un peu plus élevée que la Fagne et un peu plus basse que l’Ardenne, on commence à se diriger vers les terres fertiles du Condroz et de la Hesbaye.

 

Entre Ardenne et Famenne, la Calestienne

Un phénomène géologique singulier permet de séparer la Famenne de l’Ardenne, c’est la Calestienne. Et ça c’est bizarre. C’est bizarre, car si l’Ardenne est exempte de calcaire, que la Famenne n’en compte pas beaucoup plus, en Calestienne, il n’y a que cela.
Ce long ruban qui s’étire des environs de Louveigne à Trélon (F) est resté une mer coralienne qui elle aussi finit par s’assécher pour laisser place aux prairies calcaires qui abritent une faune et une flore naturelle très différente de celles des hauts plateaux ardennais.

C’est la région des grottes (Han, Rochefort, Hotton, Remouchamps…) creusées par l’acidité des eaux dans le calcaire.

Ardenne ou Ardennes

Il nous reste une dernière petite interrogation à mettre au point : dit-on l’Ardenne ou les Ardennes.
Très sincèrement, ce n’est pas à notre avis une préoccupation majeure. Il est de bon ton de parler DES Ardennes en France puisque c’est le nom du département baptisé comme tel, et de L’Ardenne au singulier en Belgique puisqu’il s’agit d’une région naturelle, ce qui ferait de l’Offensive des Ardennes une erreur linguistique historique.

Bof, bof, est-ce si grave ? D’autant plus qu’il y a bien l’Ardenne belge, mais qu’à côté, il y a l’Ardenne luxembourgeoise, l’Oesling, qu’il y a l’Eifel, l’Ardenne germanophone et qu’i y a bien une Ardenne en France puisque le massif ardennais ne couvre qu’une partie du département. Alors, une Ardenne par ci, une Ardenne par là et puis une autre dans une autre langue, cela fait quand même une somme d’Ardennes au pluriel.

Comme on ne veut se fâcher avec personne, on va se plier à l’usage ; on va parler de l’Ardenne belge et des Ardennes françaises, et on ne va pas jeter des tomates à ceux qui commettraient le péché de dire que les Baudets de Bertrix, les Borquins de Saint-Hubert et les Blancs-Moussis de Stavelot vivent dans LES Ardennes.

 

François Rion – Juin 2026
Copyright photos :
Anne Catherine Lardinois / La photo postale
David Rigo / Les balades de  David
Lionel / Mes balades, nos balades

 

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Les parcs naturel en Ardenne


Inspiré d'Ardenne

Anne-Catherine Lardinois
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Les balades de David

Via sa page Facebook, David partage avec nous ses expériences et découvertes sur les balades balisées en Belgique et ailleurs. Il est le créateur du concept « Les Rando-Papotes » durant lesquelles il organise des balades conviviales.
David Rigo est un photographe professionnel qui propose ses services au secteur touristique.

FB – Les balades de David

www.lesbaladesdedavid.be

Dure Ardenne d’Arsène Soreil lu par l’académicien Daniel Rops

Dure Ardenne d’Arsène Soreil lu par l’académicien Daniel Rops

Dure Ardenne d’Arsène Soreil lu par l’académicien Daniel Rops

Dure Ardenne d’Arsène Soreil lu par l’académicien Daniel Rops

Photo : Phil Govaerts

Arsène Soreil, né à Rendeux en 1893, écrivit Dure Ardenne en 1933.
C’est un roman, devenu un classique de la littérature ardennaise. L’auteur raconte la vie simple et rude d’une famille ardennaise au début du 20e siècle à travers le parcours du fils Antoine. Il ne fait aucun doute que l’écrivain devenu universitaire se soit inspiré de sa propre enfance et de celle de ses camardes de jeux.
Pour la petite histoire, signalons auprès de gens d’une certaine génération qu’Arsène Soreil est le grand-père de Philippe Soreil, animateur TV bien connu, et de son humoriste de frère Albert, mieux connu sous le nom D’Albert Cougnet.
Ci-dessous, une annonce littéraire écrite par Daniel-Rops pour saluer la sortie de Dure Ardenne. Impossible de savoir de quel journal est extraite la coupe de presse jaunie, mais une petite recherche nous apprend que sous le pseudonyme de Daniel-Rops, on retrouve l’écrivain français qu’était Henry Petiot de l’Académie française.

A la lecture de cet article, on se doute qu’il n’a pas été rédigé par un stagiaire.
Bonne lecture.

 

Pendant une longue semaine, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, je viens de battre ce pays d’Ardenne, si mal connu, et qui mériterait de l’être mieux. Certes, il n’offre point aux touristes de ces beautés faciles qui sont comme les petits pourboires du voyage, et son charme qui est grand et farouche. Plates, à peine ondulées, ces terres anciennes que des millions d’années ont usées depuis les temps hercyniens donnent l’impression de la haute montagne.

À 400 mètres d’altitude, on éprouve la même sensation qu’à mille dans nos Alpes. Le schiste ingrat, couvert de prairies et de bois de pin noir, impose au paysage une rudesse monotone et poignante à laquelle participe un ciel gris majestueux où souffle le vent du Nord. Parfois même, se faisant plus âpre encore, le sol tourne à la fagne, région de marais et de tourbes amères, où, le soir, d’épais brouillards s’accumulent dans les creux de terrain. Et parfois encore, s’élevant jusqu’à plus de 600 mètres, le dos du pays devient tout à fait sauvage, se dénude et livre aux yeux des horizons immenses des plateaux, les barres roides de l’Hertogenwald et de la Baracque-Michel.

Telle est la haute Ardenne, celtique et forestière, dont Pétrarque à dit «la solitaire horreur» et César «l’immense grandeur». Pays de préhistoire, où la trace de l’homme recule dans la nuit des temps, pays de légende, où les quatre fils Aymon rejoignent le Sanglier des Ardennes et où la moindre bosse rocheuse semble abriter la tombe d’un géant. Pays d’abbayes et de chapelles : Orval, trois fois renaissante ; Stavelot chartreuse du Mont-Dieu, plus loin Clervaux et Maredsous. Pays sévère à l’homme, où les maisons de schiste noir s’accroupissent pour lutter contre le vent d’hiver entre le fumier et le tas de bûches.

Ce pays, comme je comprends qu’on l’aime, il a une âme, rebelle et sévère, et les hommes qui lui doivent le jour la connaissent.

Un jeune écrivain, M. Arsène Soreil, a décrit il y a peu, cette dure Ardenne. En des termes émouvants, à travers les courtes nouvelles où il évoque ses souvenirs d’enfance, passe cette âme de la terre que le visiteur banal dédaigne et dont la découverte seule donne du prix à un voyage. On sent dans ce pays la grandeur et le tragique de la condition de l’homme, ce drame sans cesse renouvelé que les habitants de nos villes oublient, séparés qu’ils sont de toute réalité, déracinés de la nature et de la vie spontanée.

Qu’on ne croit pas, cependant, que l’Ardenne entière offre aux regards cet uniforme aspect de sévérité. Le contraste est grand, au contraire, entre le haut plateau et les multiples vallées qui y ont inscrit leur relief en creux, comme à l’eau-forte. Les méandres infinis de la Meuse et de ses affluents — en particulier les vallons sinueux de l’Amblève de la Semois, des deux Ourthes de la Lesse — présentent un grand nombre de sites riants, où, d’ordinaire, se blottissent les villages. Mais, pour agréables que soient bourgs et hameaux sous leurs grands toits d’ardoises et parmi la verdure, l’âme véritable du pays est ailleurs : sur ces plateaux, dans ces fagnes sévères, où l’on souhaiterait que quelque Émily Bronté ardennaise plaçât un jour le cadre de quelques Hauts de Hurle-Vent.

 Daniel-Rops, 1933

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Le photographe Edgard Schindeler à La Roche en Ardenne 1932/1946

Le photographe Edgard Schindeler à La Roche en Ardenne 1932/1946

Le photographe Edgard Schindeler à La Roche en Ardenne 1932/1946

Le photographe Edgard Schindeler à La Roche en Ardenne 1932/1946

Les fondateurs de la localité lui auraient donné ce nom à cause des roches abruptes de la montagne du Deister qui montent en falaises. Une des « Perles de l’Ardenne » (puisque plusieurs localités revendiquent cette distinction), La Roche est surtout connue pour son château féodal et la Légende de Berthe qui hante encore les lieux. L’Ourthe qui traverse nonchalamment la villette n’est pas étrangère à la renommée de celle-ci.

 

En arpentant le Pays, Edgard Shindeler est souvent passé par La Roche en Ardenne.
Il immortalise aussi bien les personnages que les paysages ou bâtiments de la perle de l’Ardenne, ville qu’il connaît depuis de nombreuses années. Ses premiers clichés remontent à 1932, les derniers à 1946. De nombreuses photos ont servi de cartes postales à la ville.

L’histoire rochoise se déchire entre le 26 décembre 1944 et le 1er janvier 1945, lorsque les alliés bombardent la ville occupée par les Allemands. Sur les 500 habitants que comptait la cité de Berthe durant la guerre, 144 périrent sous les trois vagues de bombardement. Edgard se rend sur place dès que possible et témoigne sur ses photos des dégâts matériels, c’est assez vite résumé, la ville est pratiquement détruite.

Durant l’hiver 2019/2020, une grande exposition a retracé la situation de La Roche avant et après les bombardements.

Découvrez ci-dessous les clichés d’Edgard Schindeler en quatre galeries. Les notes proviennent du carnet de l’auteur, il est probable que certaines légendes soient erronées (ou certaines datations) ; n’hésitez pas à nous le faire savoir si vous reconnaissez les lieux.

Les photos et les notes ont été prises bien avant la fusion des communes de 1976.
Donc, certains lieux sont incorrectement situés à La Roche. Rensiwez par exemple, se trouve sur la commune de Houffalize, ainsi que le rocher du Hérou…

 

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Entre nuages et chlorophylle

Philippe Moës
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20 arbres et arbustes des forêts et bocages ardennais

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Beho : les couleurs du choeur | Gouvy

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La Chronique rapporte que le cheval de Herman II, comte de Salm retour des croisades et bellement pourvu en reliques, refusa obstinément de laisser le village de Beho derrière lui.  Venant d’une destrier rôdé en Palestine, pareil caprice ne pouvait être naturel. Le bagage sacré n’irait donc  pas plus loin : Herman décida d’ériger une chapelle pour y exposer lesdites reliques à la vénération, donnant naissance à la première église de Beho.

Plusieurs siècles durant, le reliquaire va attirer les pèlerins, les trois premiers jours de mai, Durant ces journées solennelles, le desservant  exhibe les reliques une par une depuis la bretèche à loggia qui s’avance toujours à la proue de l’édifice.

Supporté par de bien grimaçantes consoles en mascaron, cet ensemble original est  accolé à une imposante tour carrée dont l’origine remonterait au XI ème siècle, et dont la flèche – bien que redressée lors de la restauration de 1949 – a conservé une inclinaison destinée à mieux résister aux vents violents de S – S-O.

 

 

RELIQUAIRE

 

La première reconstruction de la nef remonte à 1712. Quelques années plus tard, des vandales s’emparent du reliquaire, qu’ils abandonnent dans la campagne voisine après l’avoir saccagé. En foi de quoi les autorités ecclésiastiques ne permirent plus l’ostentation de reliques dont on ne savait plus trop bien à qui, ou à quoi, elles correspondaient.

En 1865, toutefois, le curé obtint l’autorisation d’exposer à nouveau trois d’entre elles : une parcelle de la Sainte Croix, une relique de saint Pierre et une de saint Laurent.

Restaurées pour le dernière fois en 1924 par les Soeurs Victimes de Bommel, elles sont toujours visibles au travers des vingt oculus de la châsse due à Scholtus.

Omniprésent dans les églises et châteaux d’Ardenne à l’époque, le Maître bastognard livre ici, dans son style si particulier où le moindre centimètre d’espace se doit d’être comblé, un mobilier homogène sculpté en bois de chêne de 1713 à 1724.

 

 

LES FEUX DU DESTIN

 

À l’écart des grands axes, cet étonnant condensé de patrimoine ardennais n’échappe pas pour autant aux aléas de l’Histoire et du destin. Deux guerres mondiales, et le feu, ont passé par là.

Ainsi, lors de l’offensive de l’hiver 44 – 45, l’église subit-elle d’importants dégâts, à l’instar de l’ensemble du village. Restaurée en 1949, elle n’est pas quitte pour autant. Le pire, même, reste à venir.

 

 

Car durant la nuit du 14 au 15 février 1954, le curé est réveillé par la sonnerie des heures, au clocher. Six coups. Puis la demie. Puis sept. Or la montre du prêtre indique 4 heures 20 ! Pensant à une panne du système électrique, il décide d’aller couper le courant : on verra bien ensuite.

La suite, en fait, s’avère dramatique. Car c’est un incendie, qui a déréglé le mouvement d’horlogerie. Les villageois luttent contre le feu avec les moyens du bord, en attendant les pompiers de Vielsalm. Lorsque ceux-ci arrivent sur place, le sinistre est pratiquement maîtrisé, découvrant d’impressionnants dégâts. Le maître-autel de Scholtus, entre autres, a particulièrement souffert.

 

 

UNE EXPLOSION DE COULEURS

Il sera restauré. Toute l’église le sera. Le 15 janvier 1955, les adjudicataires se mettent à l’ouvrage. Tandis que deux sociétés grand-ducales effectuent les travaux de sculpture dans l’esprit de Scholtus, l’entrepreneur local Peters attaque le gros oeuvre.

Et Félix Dederichs, sous la direction du coloriste Londot, entreprend de réaliser la polychromie projetée par celui-ci avec l’aval de la Commission des monuments et des sites. Car les travaux de restauration ont révélé la présence de plusieurs couches de couleurs, lors du décapage du mobilier.

 

 

 

Le résultat est celui que l’on découvre aujourd’hui, en pénétrant dans le sanctuaire auquel il donne un cachet incomparable. Car si la polychromie n’est pas exceptionnelle dans nos régions, Londot, en l’occurrence, n’a pas cherché à « faire ancien ». En choisissant de laisser le temps poser sa patine sur des couleurs vives, il a contribué à faire de la petite église de village une oeuvre d’art vivante dont la renommée dépasse le cadre régional.

Le reste est affaire de goûts… et de couleurs… lesquels, c’est bien connu, ne se discutent pas. Reste que, fut-ce par simple curiosité, le déplacement vaut son pesant d’Indulgences.

 

Ecrit par :Patrick Germain /2008

Photos : P.Y. Sougne – Morgane Pairoux 2016

 

Où est Beho

Beho

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La Croix des fiancés de la Fagne à la Baraque Michel

La Croix des fiancés de la Fagne à la Baraque Michel

La Croix des fiancés de la Fagne à la Baraque Michel

Le samedi 21 janvier 1871, François Reiff et Marie Solheid quittent Jalhay pour se rendre à Xhoffraix. C’est là que Marie est née, le 10 octobre 1846. Là qu’il faut se rendre pour se procurer les documents indispensables en vue d’un prochain mariage. La Fagne est couverte de neige. Le ciel plombé, tourmenté de bourrasques qui balaient le plateau. Mais l’amour est aveugle, et Marie entêtée : les fiancés ne reviendront pas.

 

Les fiancés de la Fagne

 

Tout a pourtant bien commencé, quelques mois plus tôt à la kermesse de Jalhay : Marie Solheid, servante de ferme à Haloux, du côté de Limbourg, y fait la rencontre de François Reiff, un solide Bastognard âgé de 32 ans occupé à la construction du barrage de la Gileppe. Coup de foudre ! Et mariage à la clef. Le plus vite possible : Cupidon, à l’époque, rend des comptes à saint Pierre. Et saint Pierre à l’administration.

Ce samedi-là, François et Marie ont donc décidé de rejoindre Xhoffraix. Nul ne saura jamais pourquoi ils ont choisi de se lancer dans une équipée dont la jeune femme, enfant du haut-plateau, ne peut ignorer les périls : 16 kilomètres, au moins, à travers les tourbières enneigées! Quand ils eussent pu, en empruntant le chemin de fer via Pepinster et Hockai, couvrir ensuite sans danger les quelques lieues restantes. Bravade de jeunes amants ?

On sait qu’ils prennent le déjeuner à Jalhay, au Café Mixhe où travaille Lambert Solheid, frère de Marie. Celui-ci, à l’unisson des autres personnes présentes, tente de dissuader les deux jeunes gens. En vain. Sur le coup de midi, ils quittent l’auberge. Des témoins les voient passer peu après, luttant contre la tourmente, sur le chemin de Jalhay à Xhoffraix. Puis plus rien.

 

Les fiancés ne reviendront pas

 

Jusqu’au 16 mars 1871, où le journal verviétois « Le Nouvelliste » relate : « Lundi dernier, vers 5 heures du soir, à environ une lieue en amont de Solwaster, commune de Sart, on a découvert le corps d’un inconnu (…) Il était habillé d’un nouveau sarrau de lin, d’une casquette de velours et d’un pantalon de satin noir. Il portait une nouvelle chemise de lin fin, un gilet de coton rayé bleu et blanc et de légères chaussures à lacets presque neuves (…) Épuisée par une fatigue extrême, la victime a été tuée par le froid (…) » Le jour suivant, l’inconnu a un nom : François Reiff.

Une semaine plus tard, le 22 mars vers onze heures, un douanier prussien effectuant sa ronde découvre le corps sans vie de Marie Solheid au pied de la borne-frontière 151, sur le Sart Lehro. L’endroit est distant de quelques deux kilomètres de celui où François est tombé, et la tradition rapporte que le fonctionnaire trouve sur la jeune femme un mot griffonné au crayon par François :
« Marie vient de mourir et moi je vais le faire ».

 

 

 

 

Une pauvre croix de bois rappelle la fin tragique des fiancés de la Fagne - Photo de Jacques Chouffart

Une modeste croix de bois rappelle la fin tragique des fiancés de la Fagne. Ils seront pourtant séparés à jamais, les parents de Marie firent enterrer leur fille à Xhoffraix, François fut enterré a Sart – Photo de Jacques Chouffart

 

 

 

Mais que s’est-il passé ?

 

Si l’inventaire des vêtements portés par François Reiff en dit long sur l’impréparation ayant préludé au drame, et que le curé de Xhoffraix note dans son livre de décès que le corps de Marie était « intact et bien conservé », on ne peut que conjecturer au sujet des dernières heures des fiancés.

François est-il aux côtés de Marie lorsque celle-ci meurt à quelques centaines de mètres de la Baraque Michel ? Auquel cas, pourquoi retourne-t-il sur ses pas, au lieu d’aller chercher secours auprès des habitants d’un refuge dont sa promise ne peut que lui avoir parlé ? Marie a-t-elle d’abord perdu connaissance plus tôt, sur le vieux chemin de Xhoffraix ? Revenue à elle, la jeune femme se serait alors traînée, seule, vers la Baraque Michel. Jusqu’à l’endroit où l’on allait découvrir sa dépouille.

Quoi qu’il en soit, persuadé – à tort ou à raison – que la femme qu’il aime vient de mourir ; désorienté en ces lieux inconnus noyés dans la tourmente ; trempé jusqu’à l’os, transi de froid et sans doute tenaillé par un lourd sentiment de culpabilité, François Reiff était devenu un oiseau pour le chat.

 

 

La croix du souvenir

 

Située à l’endroit où Marie Solheid rendit l’âme, près de la borne 151, la première « croix des fiancés », datant de 1893, fut remplacée par une autre qui résista jusqu’en 1931, année où le Touring Club offrit une nouvelle croix à laquelle, en 1984, fut substituée une suivante. Voici enfin cette que nous connaissons aujourd’hui, offerte par un groupe bénévoles date de 2019.

 

La croix des fiancés et la borne frontière entre la Belgique et la Prusse.

La croix de 2019, c’est près de la borne 151 que le corps de marie fut découvert.

 

 

Il s’agit là de l’un des monuments les plus connus et les plus visités des Hautes-Fagnes. Voire, en son genre, de l’Ardenne même. Sans doute la tragédie qui s’y rattache, tant humaine, n’est-elle pas étrangère au fait. Combien ont confié à la croix solitaire, l’espace d’un regard ou posant sur ses bras quelques brins de callune, le poids d’amours perdues aux tourbières du coeur et qu’on n’oublie jamais ?

 

La croix des fiancés de la Fagne version 2019

Il est de coutume présenter un hommage aux fiancés. Cela peut être un simple rameau de bruyère accroché à la croix.

 

 

La tragédie des fiancés de la Fagne a marqué les esprits fagnards. La croix est depuis longtemps un lieu de recueillement pour les populations locales, mais aussi pour de nombreux touristes. Très tôt les éditeurs de cartes postales ont consacré des publications dédiées à ce lieu. On remarque qu’un brin de bruyère apparait sur une des cartes, mais surtout les crucifix qu’on ne remplacera pas avec le temps.

Les différentes publications de cartes postales permettent de mesurer l’évolution du paysage fagnard et de la place croissante de l’épicéa dans l’environnement.

(Clic sur les photos pour agrandir)

La photo du titre, ainsi que la seconde photo d’illustration sont dues à Jacques Chouffart.
Découvrir la page Facebook  du photographe >>

Textes autres photos : Mediardenne et Patrick Germain 2020

Note :

*Selon les sources, les Fiancés ont quitté Jalhay le samedi 21, ou le dimanche 22 janvier 1871. La première date, retenue par Gielen et les Amis de la Fagne entre autres, paraît plus vraisemblable : quel qu’ait pu être le degré d’inconscience des deux infortunés – et à moins d’un suicide prémédité – il leur fallait sans aucun doute (Marie, en tout cas) être présents sur leurs lieux de travail dès le lundi.

Source :

  • « La Croix des Fiancés – Quand Fagne et Forêt se souviennent… » Viktor Gielen (Traduit de l’allemand – Ed Markus à Eupen – 1976) « Guide de la Fagne » Antoine J. Freyens (Marabout, chez Gérard à Verviers Vème édition – 1967)

Faire la promenade de la Croix des fiancés

Des promeneurs en Fagnes
Une balade familiale en forme de boucle d’un peu moins de 6 kilomètres

Où est la Croix des fiancés ?

La Croix des fiancés

Au départ de la chapelle Fischbach,
la croix se trouve à peu près un kilomètre plus loin,
le long de la balade qui porte son nom.

 

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Le barrage de la Gileppe, son lac et son lion

Le barrage de la Gileppe, son lac et son lion

Le barrage de la Gileppe, son lac et son lion

Vers le milieu du 19° siècle, les besoins de son industrie textile et le défrichement de la forêt de l’Hertogenwald amènent la ville de Verviers à réclamer l’étude de travaux d’amélioration du régime de la Vesdre. Le barrage de la Gileppe va naître.

 

 

En décembre 1859, l’ingénieur Bidaut dépose un premier projet, mais ce n’est qu’en février 1867 que vont être donnés les premiers coups de pioche de ce qui va devenir le barrage de la Gileppe et dont la capacité initiale sera de 13,26 millions de m³.
Les travaux sont achevés le 1er novembre 1875, les vannes ayant été fermées pour la première fois le 9 mai 1875. Et le roi Léopold II se déplace, trois ans plus tard, pour une inauguration mémorable.

Le 8 juillet 1952, lors de la construction du tunnel de la Soor (long de quelque 2.500 mètres et destiné à capter les eaux du bassin versant de cette rivère), un violent orage surprit huit ouvriers, sept italiens et un belge, ayant décidé de revenir vers la Soor par le tunnel lui-même. Ils périrent engloutis. Une plaque commémorative figure à la sortie du tunnel, côté lac.

Le barrage, fatigué, sera ensuite consolidé et surhaussé entre 1967 et 1971.

 

 

RÉSERVE D’EAU POTABLE

 

Réserve d'eau

 

 

Ce sont aujourd’hui 26,4 millions de m³, qui s’accumulent derrière l’épaisse muraille de ce barrage-poids (le plus ancien d’Europe en son genre) dont le mur, d’un volume 1,4 millions de m³, est complété par un enrochement de 1,2 millions de m³.

Deux tours de prise prélèvent l’eau à partir de quatre capteurs situés entre 260 et 290 mètres au-dessus du niveau de la mer, le fond du lac se trouvant pour sa part à 240 mètres.
En fonction des critères fournis par les appareils de mesure et les analyses, l’eau distribuée est celle qui présente les meilleures caractéristiques. Elle rejoint la station de traitement de Stembert, au-dessus de Verviers, via un aqueduc long de 9 km, haut de 2,4 m, large de 2,25 m et d’une pente de 15 cm/km. L’excédent disponible est pompé dans l’adduction reliant les installations du barrage de la Vesdre (Eupen) à l’agglomération liégeoise.

Le débit journalier distribuable est de 75.000 m³

 

 

UN LION DANS LA QUIÉTUDE

 

Le lion de La Gileppe

 

 

Le niveau maximum du lac est situé à 300 mètres, alors que le mur du barrage culmine à 305 m. Cette marge est calculée pour résister à une crue  » millénaire  » mais, pour parer à toute éventualité, un déversoir permet l’évacuation de 185 m³/sec. En cas de menace de rupture, glissement de terrain ou autre infiltration, le lac pourrait être vidé en trois jours.

Rafraîchi également, le lion du sculpteur Félix Bourré – fort de ses 13,5 mètres de hauteur et de ses 300 tonnes – continue inlassablement de porter son regard vers ce qui fut la Prusse voisine.
Mais si la réserve d’eau potable constitue sa fonction principale, le site vaut lui aussi le détour. Car avec ses 130 hectares enfouis dans la profonde forêt de l’Hertogenwald, le barrage et ses environs constituent un but de promenade qui satisfera à la fois l’amateur de sites grandioses et le promeneur avide de quiétude. Le chemin qui serpente sur ses rives préservées offre quelques heures de bonheur paisible.

Par ailleurs la tour panoramique, d’une hauteur de 77 mètres, et le belvédère, permettent une vue impressionnante sur l’ouvrage et ses environs tout en offrant une infrastructure d’accueil polyvalente.

Écrit par Patrick Germain /2008
photos 2016 : Fr. Rion

Anecdote

Il y a prescription

Comme on peut s’en douter, un tel ouvrage d’art ne va pas sans surveillance. Mais cette surveillance est-elle fiable, me direz-vous ?

Or donc, en ces temps là, j’œuvrais en qualité d’ouvrier forestier au service de ce que l’on n’appelait pas encore la Division nature et forêts.
Théâtre de combats durant la percée alliée vers l’Allemagne, la forêt de l’Hertogenwald restitue régulièrement quelques reliques de l’époque. C’est ainsi qu’un obus croisa un jour la route de l’équipe dont je faisais partie, et notre route commune celle – c’est sa faute – d’un magnifique brasier destiné à nettoyer une mise à blanc.

Faut-il préciser que la combinaison de ces trois ingrédients fut particulièrement détonante ? Et que, trop heureux de nous en être tirés sans mal, nous décidâmes de respecter l’omerta ?

L’engueulade – le terme est faible – du brigadier forestier de l’époque, Octave Techy, n’en fut donc que plus surprenante. Il y avait bien eu comme un bruit, mais…

Bref : je peux vous assurer qu’il y a bien des outils de mesure là-bas. Ils sont sensibles et précis… , la détonation n’a pas ébranlé l’ouvrage. Verviers et la vallée de la Vesdre peuvent dormir en paix.


Vidéo

Le lion comme vous ne l’avez jamais vu : Une vidéo de Jean Marc Charette / LZ créations
N’hésitez pas à regarder en plein écran, et mettez le son.

 

Galerie


Où sont le lac et le barrage de La Gileppe

Lac et barrage de La Gileppe

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La Gileppe

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3 balades à proximité du barrage de La Gileppe

Le hameau d’Ollomont, sa curieuse chapelle et son vieux cimetière – Nadrin/Houffalize

Le hameau d’Ollomont, sa curieuse chapelle et son vieux cimetière – Nadrin/Houffalize

Le hameau d’Ollomont, sa curieuse chapelle et son vieux cimetière – Nadrin/Houffalize

Le hameau d’Ollomont, sa curieuse chapelle et son vieux cimetière – Nadrin/Houffalize

Si Ollomont est connu pour la physionomie intrigante de sa blanche chapelle et du vieux, très vieux cimetière qui en constitue le jardin, le hameau lui-même insuffle un sentiment de sérénité.  Ici, tout est calme, luxe (pour qui convient que la sérénité est un luxe) et volupté (pour qui convient que la sérénité est volupté). Le gentil ruisseau qu’Edmond Dauchot a si souvent photographié s’en va vers l’Ourthe, parfois tumultueuse, parfois apaisée. Pour un explorateur de l’Ardenne, le passage à Ollomont s’impose.

 

 

 

Le hameau d’Ollomont, calme et ramassé, regarde un large horizon de brumes et de bois où l’Ourthe serpente entre les hauteurs. Une butte rocheuse, ceinturée par les vieux murs en schiste du cimetière, le termine à l’ouest. Au milieu des herbes et des tombes aux croix tordues ou droites, noires ou grises, s’élèvent des murs blancs qui intriguent, gais sous le soleil, un peu tristes sous la pluie. Ce sont les vestiges énigmatiques de la chapelle Sainte-Marguerite.

C’est ainsi que Francis Genicot  présente le rapport  de fouilles effectuées au milieu des années ’60 autour de cette mystérieuse chapelle.

L’auteur précise également que l’endroit est « attachant ». Et bien évidemment que l’endroit est « attachant », c’est le moins qu’on puisse dire. Du centre du village de Nadrin, la route qui rejoint le cœur d’Ollomont regroupe les constructions les plus récentes. Elles ne sont que quelques-unes,  et encore, récentes est un grand mot, la plupart sont encore bâties en pierres du pays. Le vieux village s’ouvre très vite sur une placette fleurie et un vieux chariot en bois qui sert de pot de fleurs géant à la bonne saison. Il est vrai que le hameau est inscrit au concours des plus beaux villages fleuris organisé par la province du Luxembourg.

Une vingtaine de bâtisses, parfois fort bien restaurées, parfois pas, composent le quadrilatère de petites routes encerclant la chapelle et le cimetière. Beaucoup de ces maisons sont crépies et blanchies, ce qui est une caractéristique de l’architecture ardennaise ancienne. Les murs extérieurs étaient crépis à l’argile afin de protéger la maçonnerie dont le mortier était lui aussi fait d’argile, beaucoup plus friable que le ciment.
Ces bâtisses sont anciennes, ça se voit, ça se sent, c’est authentique. Mais elles ne sont certainement pas les constructions d’origine du lieu. Car si on ignore avec exactitude à quand remontent les premières habitations, il est établi qu’Ollomont est un des plus anciens villages de l’actuelle commune d’Houffalize. Des indices  archéologiques parleraient de l’an 1015. Il n’y aurait rien d’étonnant  puisqu’on sait  que la région fut fréquentée bien avant cette période ; les traces de la « Villa romaine » de Nadrin en attestent.

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La chapelle Saint-Marguerite et le cimetière.

 

 

Installée sur un surplomb rocheux, la chapelle Saint-Marguerite est encadrée par le cimetière, lui-même ceinturé d’un mur en schiste très ancien dont les pierres du sommet sont mises sur chant (càd dressées plutôt que posées à plat).

L’aspect de cette chapelle est vraiment curieux, « on n’a jamais vu ces formes architecturales ailleurs » se dit le promeneur ou le photographe.
Et pour cause, l’explication  est somme toute fort simple : cette chapelle affiche les vestiges conservés d’une église qui a été démontée pièce par pièce.

Car si l’édifice est un peu moins ancien que les premières habitations du village, l’église (romane) est quand même datée du 12ème ou 13ème siècle. Là encore, les origines restent très floues. La chapelle fut citée une première fois dans des documents de 1354 ; citée ne veut pas dire bâtie. Elle est certainement plus ancienne, probablement édifiée sur les ruines d’une autre église en bois encore plus ancienne. À moins qu’elle ne prenne place sur un ancien ermitage ? Mais que ferait un ermite sur un éperon rocheux, alors qu’un ermite a plutôt pour habitude de chercher solitude et discrétion ? Cet éperon rocheux, n’était-il pas auparavant un lieu fortifié ? Malgré les fouilles organisées en 1965, les questions restent extrêmement nombreuses, de quoi nourrir  les discussions des archéologues et historiens, et de quoi – pourquoi pas – alimenter de nouvelles légendes ardennaises.

Durant sa longue vie de plusieurs siècles, la chapelle, ou plutôt l’église puisqu’elle avait les proportions d’une église avant qu’elle ne montrât son aspect actuel, a subi de nombreuses modifications. Transformée entre 1739 et  1745, elle fut encore agrandie en 1872-1873. Il existe des photos et des croquis présentant l’état  du bâtiment de cette époque, c’était sans conteste la physionomie d’une vraie grande église de village.

En 1907, on la jugeait pourtant vétuste, et la paroisse divisée sur la question depuis quelques années prit clairement le parti de créer un nouveau lieu de culte à Nadrin. L’antique sanctuaire fut donc démonté, les matériaux servirent à l’édification de l’église de Nadrin. On ne conserva que la tour et le clocher ainsi que les absidioles qui l’encadraient.

Et patatras, après 1909, alors que le siège de la paroisse prenait définitivement place à Nadrin, le sommet de la tour s’effondra, sans doute affaibli par le démontage de l’architecture principale. Un toit à deux pans fut placé au niveau où les murs étaient restés debout.

Tant le cimetière que la chapelle sont classés sur la liste des monuments historiques de Wallonie. La chapelle bénéficia d’une réfection importante en 1961.

 

 

 

Restitution de l’église d’Ollomont réalisée par L.F. Genicot. En rouge, nous y avons superposé les volumes subsistants.

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Sainte-Marguerite, fêtée le 20 juillet, est patronne de la paroisse et de la chapelle.

 

 

Née en Syrie à l’époque où Rome et ses légions dominaient le monde connu, Marine comme elle s’appelait avant de devenir Marguerite, se convertit et souhaita vivre dans une communauté chrétienne. Son père outré de colère la chassa.

Après 2 ans de voyage, elle atteignit notre terre d’Ardenne très boisée, rude et sévère, où tout faisait contraste avec la patrie fleurie et riante d’où elle avait fui. Elle tint ce pays pour la borne du monde. En suivant les méandres de la rivière Ourthe, Marguerite parvint un jour à la partie la plus sauvage de la vallée (c.à.d. entre le confluent des deux Ourthes et Maboge). Là, elle rencontra, plantée au bord de l’eau, une haute aiguille de schiste ressemblant à un menhir.

Au pied de cette roche, elle remarqua une excavation assez vaste et haute et bien exposée au midi qui s’offrait à elle comme un gîte sûr. Elle connut à ce signe que là devait s’arrêter sa marche d’errante et que là se fixerait pour un temps sa destinée. Elle rencontra les habitants de l’endroit, des Celtes. Elle aida aux travaux des champs et des bois, donna de si bons conseils que les récoltes furent plus riches que jamais. Tous l’aimaient et la vénéraient.

Pourtant, elle annonça un jour qu’il lui faudrait rentrer dans son pays. Malgré les protestations de ses amis, elle partit.

Revenue en Orient, Olybrius préfet d’Antioche voulut en faire sa femme. Son refus la condamna à mort, le préfet la fit décapiter.

Cependant, si vous avez de mauvaises lectures, vous croiserez certainement un ou l’autre témoignage qui soutiendra que Marguerite n’est jamais passée par Ollomont. C’est faux évidemment. smile

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_d%27Antioche

La Cresse  Sainte-Marguerite

 

 

En 1906 les habitants d’Ollomont déposèrent une statue de la Sainte sur la tête de rocher  où elle vécut, à quelque pas du village. C’est là qu’elle était censée avoir vécu du moins, car de mémoire d’homme, personne ne se souvient d’un quelconque aïeul qui l’aurait connue.

Bien entendu, les légendes locales qui revisitent sans cesse l’histoire donnent au cours des siècles une multitude de versions. Ainsi, Marguerite ne serait certainement pas morte en Orient mais bien là où elle avait passé la majeure partie de sa vie, dans la grotte (une légère excavation en réalité) creusée sous la « cresse », un mot wallon qui signifie « crête ».

Il se dit que, à sa mort, les habitants d’Ortho (ah ! les vauriens) auraient voulu déplacer le corps de la défunte sur un char que les chevaux de l’attelage, pourtant nombreux,  n’arrivèrent pas à déplacer. Il se dit dans d’autres chaumières que ce sont les habitants d’Hubermont (ah ! les chenapans) qui auraient tenté d’emporter la dépouille ; qu’ils échouèrent également. Ce qui rassemble les conteurs autour des âtres villageois d’Ollomont, est que, seul un paysan du hameau put, avec un attelage très léger, déplacer le corps jusqu’au cimetière que nous connaissons bien désormais.

Mais, sans doute, l’appel des racines tenaillait-il Marguerite, même morte. Car le lendemain de son déplacement au village, son corps disparut du cimetière et à la place, on trouva une lourde statue de bois. Ce serait celle qui accueille maintenant les fidèles à l’église de Nadrin.

La petite balade de 4,5 km, au départ du centre de Nadrin, passe par là. Nous passerons sur le seuil de ce qui fut l’habitat de Marguerite, et longerons l’Ourthe sur sa rive droite. Puis il nous faudra remonter vers la route du Hérou. Nous aurons le choix de rentrer par le chemin le plus court pour boucler les 4,5 km, ou de bifurquer vers le Rocher du Hérou qui prolongera un peu la balade. C’est peu praticable avec une poussette, surtout dans la première partie entre Ollomont et la rive de l’Ourthe qui descend par un chemin un peu escarpé.

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Edmond Dauchot, le photographe de l’Ardenne d’autrefois.

 

Edmond Dauchot à sa table de travail – page extraite de « Edmond Dauchot – le photographe de l’Ardenne d’autrefois »

 

Né en 1905 dans la province du Hainaut, au sein d’une famille de petits industriels, Edmond Dauchot ne se sentait pas imprégné du  sens des affaires. L’entreprise, les chiffres ne l’intéressaient guère, il se classait plutôt parmi le « contemplatifs ».

En 1930, avec sa jeune épouse, il quitta la briqueterie familiale et trouva à s’installer dans un petit, très petit, hameau de la commune de Nadrin. Le presbytère d’Ollomont  était inoccupé, il l’acheta et s’y posa.

Il n’était pas fortuné, mais pouvait se prévaloir d’une certaine aisance qui lui permettait de vivre sans excès. On se doute que l’héritier d’une famille de bonne bourgeoisie qui s’installe à Ollomont ne cherche pas la vie de château. Ce qui motive Edmond, c’est l’observation, oui décidément, c’est bien un contemplatif. S’il contemple son nouvel environnement et ses nouveaux voisins, il est amusant de deviner combien il dut lui-même être observé, analysé, jaugé même, par les villageois. Dame, à l’époque, les villages ardennais vivaient en vases clos.

La simplicité, et très probablement la discrétion du nouveau venu durent plaire aux rudes Ardennais. L’intérêt qu’il portait à la vie et aux activités du village l’aida sûrement à passer l’examen d’admission au sein de la petite communauté.

Il tâta un peu de la peinture, fréquenta – toujours un peu – quelques artistes ardennais, mais c’est avec sa découverte de la photographie que son appétit d’observation prit toute sa dimension et s’assouvit. S’il était motorisé – une motocyclette d’abord, une petite automobile par la suite – c’est surtout à pied qu’il se déplaçait. Les quelques clichés rapportés d’une ou l’autre excursion au Grand-Duché sont rares. Par contre, c’est plus de 18.000 négatifs qu’il a laissés de ses expéditions locales. Il avait bien conscience qu’il fallait, d’urgence, immortaliser un monde qui changeait très vite, un monde qui disparaissait.

« Elle [l’Ardenne] vécut ou fut vécue, elle se meurt ou elle est morte sous beaucoup de ses aspects. L’intensif progrès matériel ne l’a pas encore définitivement anéantie, mais il l’a amoindrie, altérée jusqu’à n’en plus laisser subsister que des restants. A preuve, ces bouquets de photographies d’un passé proche, comme des touffes d’immortelles qui se dessèchent lumineusement dans des vases : curieuses, jolies, vives encore et émouvantes de souvenirs. Elles rappellent une belle saison en allée. » (1971)  (note d’Edmond Dauchot relevée par Jacques Cornerotte dans Regards d’Ardenne n°3 – 2013)

Ceux qui aiment l’Ardenne, sa terre, son mirage,  ne lui seront jamais assez reconnaissants d’avoir écrit en images cette vie âpre et paisible que le temps a laissé filer entre nos doigts.

Edmond Dauchot disparut en 1978.

Les livres consacrés à Edmond Dauchot

Ardenne, 35 photographies sur des textes d’Octave Servais – éd. PIM services 1938 (plusieurs bibliographies annoncent la date de 1958, peut-être est-ce une réédition)

Ardenne bien aimée, préface d’André D’Hotel, Duculot 1976

Ardenne Buissonnière, Jean-Pierre Orban, Edmond Dauchot, journal et photos 1937-1971, Duculot 1984

Edmond Dauchot, Le photographe de l’Ardenne d’autrefois, René Hénoumont, introduction de Georges Vercheval – La Renaissance du livre 2000

L’Ardennais, photographies d’E. Dauchot, commentaires d’A. Moxhet, Bastogne Musée en Piconrue 2012

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En 2011, la famille d’Edmond Dauchot a confié la gestion du fonds photographique de son aïeul au Musée de la Grande Ardenne en Piconrue à Bastogne.
Le désir de la famille était de permettre la valorisation de cette oeuvre composée de plus de 18.000 négatifs.

Depuis, le musée relève le défi au travers de publications dont « l’Ardennais », ouvrage de plus de 300 pages publié en 2012 et déjà réédité depuis. Le texte a été confié à un spécialiste de l’Ardenne : Albert Moxhet. Quant aux images, le regard, c’est celui d’Edmond Dauchot, le grand photographe qui sut voir et donner à voir l’Ardenne d’autrefois dans sa vérité singulière.

Vers le musée En Piconrue

Omer Englebert, romancier, essayiste et biographe.

Edmond Dauchot ne fut pas le seul artiste renommé ayant occupé les lieux. Omer Englebert naquit à Ollomont en 1893. À 16 ans, il quitte son village pour faire des études en divers établissements franciscains. Il mena une carrière ecclésiastique, fit de nombreux voyages et donna de nombreuses conférences.

En traversant le village, en parcourant les ouvrages consacrés aux photos de Dauchot, on comprendra pourquoi le « Père Omer » n’a pas pu oublier son village natal. Ses nombreux écrits comptent deux romans dont le titre ne laisse aucun doute sur l’origine géographique qui les a inspirés : « Le curé Pecquet (1934) » suivi de « La sagesse du curé Pecquet (1935) ». Lorsqu’on sait que le nom de famille apparait sur les tombes du vieux cimetière et que ce patronyme si sympathique aux Ardennais et aux Liégeois*  est encore bien ancré dans le village, il n’y a aucun doute sur les modèles qui ont servi au romancier.

* de Pecquet à Peket, il n’y a qu’un pas, à peine une goutte

Anecdote

Pour compléter la série de photos d’illustration, nous sommes passés deux fois à Ollomont. En automne, un jour de semaine en matinée. Là, il était possible de s’immerger dans le calme du lieu, de papoter avec trois ou quatre habitants sympathiques qui vaquaient à leurs occupations. C’est ainsi que j’ai rencontré René, qui me raconta la découverte d’un puits maçonné de six mètres de profondeur alors qu’il aménageait la vieille étable en gîte rural. René a eu le bon goût de préserver ce témoin de l’incroyable labeur dont étaient capables les « anciens ». Où allaient-ils chercher le courage de s’attaquer à de tels travaux, équipés d’un outillage qui paraîtrait dérisoire aujourd’hui ? Le puits fut probablement condamné lorsque les canalisations d’eau courante furent installées.

www.facebook.com/AuVieuxPuitsOllomont

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Rédaction et photos : Fr. Rion – 2020
Sources : La chapelle Sainte-Marguerite à Ollomont – Rapport de fouilles – Ardenne et Famenne n°1 – 1966  /  Trésors d’Ardenne- Musée En Piconrue -1987  /  Service du Livre Luxembourgeois
Syndicat d’Initiative de Nadrin  /  Les ouvrages consacrés à Edmond Dauchot
Merci à Pierre Nicolas pour la relecture

Ollomont

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Balades à proximité d’Ollomont

L’or en Ardenne

L’or en Ardenne

L’or en Ardenne

Au cours du XIXème siècle, des milliers de tertres jalonnaient les rives des maints ruisseaux de la haute Amblève, sans que personne ne puisse expliquer clairement leur origine mystérieuse. En 1841, le savant curé de Daleiden M. Bormann suggérait l’idée que tous ces chapelets de monticules représentaient les ruines d’une ligne défensive contre les invasions. Vingt-cinq ans plus tard, le médecin-historien Dr A. Hecking y voyait plutôt l’image d’une nécropole antique qui s’étendait, le long des cours d’eau, de Waimes à St-Vith. Enfin en 1880, le Dr. Q. Esser, inspecteur de l’enseignement au canton de Malmédy, mais aussi toponymiste-archéologue de renom, posait un premier jalon véridique.

 

 

Sur les lieux, sa trouvaille d’un fer à cheval exigu, d’époque celtique, autorisait le rapprochement avec les innombrables tas de déblais: les Celtes étaient les auteurs vraisemblables de l’orpaillage colossal du bassin de la haute Amblève, car les tertres s’avéraient être des Haldes! Les révélations savantes, même étonnantes, avaient alors une portée qui se limitait aux érudits de la région. Quant aux gens du cru, ces monticules qu’ils dénommaient «Hugelchen» s’intégraient à ce point dans le paysage, depuis la nuit des temps, qu’ils ne se posaient guère de questions sur leur origine. Alors que le Dr. Q Esser s’évertuait en vain à convaincre ses concitoyens, un prospecteur nommé Julius Jung, de passage à Montenau, avait discerné depuis 1875 la nature de ces tertres insolites, amassés le long des berges de l’Amblève et de ses vifs tributaires qui devaient en contrebas du Wolfsbusch. Gardant le secret de sa découverte à son profit personnel, «l’homme du terrain» n’avait eu qu’à se servir de sa batée pour prouver prosaïquement qu’il y avait de l’or en Ardenne-Eifel…

Julius Jung réapparaîtra à Montenau vingt ans plus tard, en 1895. Il était alors épaulé par son fils Friedrich, avec qui il déclenchera une «mini-ruée vers l’or» qui s’éteindra vers 1910. L’ensemble des contrées surnommées Wallonie malmédienne, Hoes Venn et Zwischen Venn und Schneifel garde le souvenir de cette saga eifeloise qui défraya la chronique locale en son temps, car elle avait éveillé la curiosité populaire, des recherches d’historiens du pays, des avis d’ingénieurs-géologues pour lesquels le sous-sol «métamorphique» de la région de Vielsalm, alors frontalière, semblait avoir livré tous ses secrets… mais encore l’étonnement des naturalistes qui comprenaient enfin la réelle signification de ces élévations artificielles le long des cours d’eau.

 

 

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F.Jung, M.Hertkamp et J. Paquay

Au début de notre XXème siècle

Sur la lancée des articles de presse et des avis scientifiques qu’avaient provoqués les déclarations spéculatives des Jung («Le filon d’or venant des environs de St-Vith se prolongerait au-delà de Poteau en territoire belge»!), le vénérable abbé Joseph Bastin présentait en 1911, au Congrès archéologique de Malines, un mémoire intitulé Anciennes mines d’or dans l’Ardenne septentrionale qui apparaîtra comme un raisonnement historique d’exception. En vingt courtes pages et sans possibilité de recourir à l’histoire restée muette pendant vingt siècles, ce document ne cessera d’étonner par sa prémonition insigne. «Des millions de tonnes de gravier ont changé la face de nos vallées sur une étendue de cent cinquante kilomètres carrés, sans attirer l’attention des historiens… Je crois pouvoir les reporter hardiment aux temps les plus reculés et les attribuer aux Gallo-Belges, aux Celtes. Cette hypothèse, certes osée, se vérifiera en 1979-80 grâce aux mesures de la radioactivité résiduelle relevées sur des tertres conservés dans nos réserves naturelles. Et comme s’il pressentait leur destruction progressive, inhérente au genre de vie dit moderne, l’abbé Bastin terminera sa construction historique par: «Les monticules eux-mêmes acquièrent l’importance de monuments archéologiques et méritent le respect à l’égal des tumulus de l’antiquité». Un raisonnement dont personne ne mésestimerait la sagesse, à l’aube du troisième millénaire!

Au fil du temps

Dès les années qui précédèrent la Guerre 1914-1918, des publications savantes vérifièrent peu à peu les vues prémonitoires de l’abbé-académicien. Les collections de haldes se limitaient pas à la haute Amblève, mais se rencontraient entre Faymonville et la Baraque de Fraiture. Si l’on pointe sur une carte de l’Ardenne septentrionale les sites, haldes et trouvailles d’or mentionnés depuis le début du siècle, on remarque combien l’ensemble de trois zones aurifères affecte la forme d’une bande étroite qui s’étend du nord-est au sud-ouest. Des environs du lac de Butgenbach, elle passe par la Warchenne, la haute Amblève et la haute Salm, pour se prolonger jusqu’à la Réserve naturelle domaniale du plateau des Tailles. L’exploitation globale de cette «étendue de cent cinquante kilomètres carrés» fut sans doute l’œuvre d’une colonie celtique dite «orientale», dont les vestiges (places fortes, tombelles, meules d’arkose), datés au Carbone-14, montrèrent que cette zone d’habitat était contemporaine des exploitations aurifères proches. Cette occupation remonte à l‘époque de La Tène. La situation d’une autre colonie celtique dite «occidentale» (Neufchâteau) autorise un rapprochement semblable: zone d’habitat et haldes avoisinantes.

 

 

 

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J.Paquay à la batée dans les années ‘30

Après la disparition des Celtes

L’Arduenna antiqua, prise dans son sens le plus large, connut le partage entre les Gallo-Belges. Ces derniers formaient l’arrière-garde de la nation gauloise, attardée en Germanie et qui achevait le vaste mouvement humain parti d’au-delà du Rhin. Trois tribus dominantes se réservèrent des parts du territoire ardennais où existaient les ressources métallifères. Les Trévires, Nerviens et Eburons réexploitèrent les aurières, d’autant qu’ils détenaient le privilège de battre monnaie, en l’occurrence des statères d’or frappés de leurs marques distinctives. En effet, la présence des haldes ne se limite pas à la zone qui joint les sommets ardennais et qui correspond à la frontière sud de l’antique Eburonie. Des tertres d’orpaillage existent en haute Lomme et à Suxy au sud de Neufchâteau en ex-territoire trévire, mais naguère aussi aux confins ouest de la Nervie, le long de l’Oise et de la Wartoise. Dès lors, comment expliquer ces diverses venues d’or en certains endroits précis du massif ardennais, si ce n’est par la géologie.

 

 

 

Le “long town” est soigneusement ratissé de ses pierres de petit calibre

Le “long town” est soigneusement ratissé de ses pierres de petit calibre

 

 

Le samedi 28 août 1920, la grande salle de l’hôtel ZU Hohen Venn à Sourbrodt accueillait une session plénière de la Société belge de géologie. Les congressistes y débattraient de l’hypothèse avancée par le grand physiologiste Léon Frédéricq qui, naturaliste et «défenseur de la Fagne», considérait le plateau humide et froid de la Baraque Michel comme le reliquat d’un glacier quaternaire. Ce programme, auquel assisteraient d’éminents représentants de diverses disciplines scientifiques, prévoyait aussi la démonstration pratique de l’existence de «l’or dans les alluvions de la Haute Belgique». Cette mission avait été confiée à l’ingénieur-géologue H. Rauw, assistant du professeur Maximin Lohest à la Faculté des Sciences (U.L.G). Le soir, à 20 hrs, en ouvrant les débats à Sourbrodt, ce dernier pouvait proclamer combien l’or de l’Ardenne était devenu une réalité aux yeux de ceux qui avaient suivi l’orpaillage, l’après-midi sur les rives de la Warchenne à Faymonville.

Les recherches de H. de Rauw avaient débuté en 1908

A la veille de la Grande Guerre déjà, il disposait d’une quantité d’or natif recueillie dans une zone qui se situe, géologiquement parlant, en bordure sud du massif cambrien de Stavelot, c’est-à-dire à la rencontre de celui-ci avec son pourtour gedinnien. En termes géographiques, on dirait donc «entre Faymonville et les Tailles». Ce chercheur d’or enthousiaste poursuivra ses recherches, afin de déterminer si le métal jaune ardennais provient du Cambrien ou du Gedinnien… Sur la voie tracée, s’ensuivra une longue série d’études qui, de 1921 à ces dernières années, ne feront état que de maigres trouvailles de paillettes. D’autres géologues s’efforceront de répondre à la question qui reste toujours pendante à l’approche du XXIème siècle: Les filons de quartz qui sillonnent le sous-sol de l’Ardenne sont-ils aurifères? Mais la pénurie chronique des subsides officiels décourage rapidement la poursuite de toute recherche faite «à compte d’auteur». Les chercheurs les plus décidés orientèrent finalement leur carrière vers des perspectives plus lucratives, en Afrique par exemple…

Ecrit par :Lambert Grailet 27-10-2001


 

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Ces dernières années, des mémoires universitaires ont pourtant fourni des descriptions élaborées des sites aurifères de la haute Amblève et de la haute Lomme, au point d’apporter un éclairage nouveau sur les techniques utilisées par les Anciens. Elles donnent à penser que de réels filons peuvent avoir été exploités, aux temps protohistoriques… Des datations au C.14, les résultats des analyses palynologiques, les découvertes récentes de trésors enfouis à la hâte, permettent d’imaginer que les Romains ne profitèrent pas de l’or exploité par les Gallo-Belges ardennais… Après la lecture de l’histoire passionnante qu’a publiée Lambert GRAILET (en 1998), des réflexions viennent à l’esprit. Nos ancêtres auraient-ils remué des millions de tonnes d’alluvions pendant des siècles, pour n’obtenir que des paillettes? La nature aurifère de l’Ardenne est un fait plus réel que mythique.

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Le canal de Bernistap et le tunnel de Buret / Houffalize

Le canal de Bernistap et le tunnel de Buret / Houffalize

Le canal de Bernistap et le tunnel de Buret / Houffalize

Le canal de Bernistap et le tunnel de Buret / Houffalize

L’idée de relier la Meuse au Rhin n’était pas tout à fait neuve lorsque Guillaume d’Orange Nassau se lança dans un des plus grands chantiers de son époque. L’entreprise avortée nous léguera un des sites les plus insolites de toute l’Ardenne : le souterrain de Buret ou le canal de Bernistap.

De la France à la Belgique en passant par la Hollande

Et, saut dans le temps, pour commencer : en 1814, l’Empire français commence à vaciller, l’empereur est exilé sur l’île d’Elbe. Sans savoir que Napoléon reviendra un an plus tard et sera définitivement battu à Waterloo,  le congrès de Vienne confie les destinées de ce qui n’est pas encore la Belgique, ni le Grand-duché de Luxembourg  au roi Guillaume de Hollande. Un garçon bien sympathique, au départ, mais qui va mal tourner. Ses maladresses, comme disaient alors les diplomates, feront qu’il sera rapidement pris en grippe par ses nouveaux sujets. L’imposition du néerlandais comme unique langue nationale, les vexations infligées aux catholiques (les Hollandais sont majoritairement protestants), l’augmentation des impôts, la censure de la presse et la laïcisation de l’enseignement font déborder le vase. Par la révolution de  1830, les Belges et les Luxembourgeois boutent Guillaume dehors et prennent leur indépendance.

 

Un projet pour ouvrir la voie du développement

Guillaume, s’il n’était pas très psychologue avec la diversité de ses sujets, avait cependant une vision économique progressiste. Conscient que le développement passait nécessairement par un réseau de communication efficace, il engagea une série de grands travaux. Et certains, comme notre canal de Bernistap, accéderont au podium des “Grands travaux inutiles”.

Les voies de communication les plus faciles pour l’époque sont incontestablement les voies d’eau, car elles permettent le transport rapide de tonnages importants. Si on conçoit bien aujourd’hui de développer  la mobilité par des liaisons entre deux autoroutes parallèles, il paraissait tout aussi évident au 19e siècle de construire ces liaisons entre deux fleuves parallèles, tels que la Meuse et le Rhin.

Guillaume se donna corps et âme dans ce projet.

L’Ourthe, la Wolz puis la Moselle, et enfin le Rhin

Sur la carte, on voit la Meuse à l’ouest et son passage à Liège qui s’industrialisait déjà en ce début de 19e siècle. On voit, à l’est, le Rhin qui traverse Bonn ou Cologne. Sur la carte, on a vite fait de tracer une ligne droite entre ces grandes cités.

Alors, pourquoi passer en Ardenne pour relier fleuves et rivières qui permettent les échanges commerciaux ? L’Ardenne est si éloignée des grandes activités commerciales.

Parce que, il fallait trouver un endroit où ces deux grands fleuves se rapprochent par l’intermédiaire de leurs affluents. Quitte à remonter aux sous-affluents, voire aux sous-sous affluents.

Et là, quelque part, à proximité des villages de Tavigny, de Buret et de Hoffelt, le ruisseau de Tavigny prend sa source en direction de l’Ourthe puis de la Meuse. De l’autre côté de la ligne de crête naît un autre ruisseau qui lui s’en va vers la Woltz, et puis la Sûre en direction de la Moselle pour rejoindre le Rhin. La liaison à créer entre les deux bassins fluviaux ne représentait donc que cinq kilomètres.

Le tracé est donc dessiné par la nature. Encore faut-il que ces rivières naissantes soient rendues navigables. Ce qui nécessite les grands travaux qui rendent le projet ambitieux et même très ambitieux. Plus des deux cents écluses seront nécessaires entre Liège et Wasserbillig, des kilomètres de chemins de halage, un travail colossal.

Cependant le gros morceau des travaux reste quand même de relier l’Ourthe et la Woltz ; là il faudra vraiment creuser un canal et entailler la colline pour que les rivières se rejoignent, renforcées par les ruisselets qui coulent entre Tavigny et Hoffelt.

Un canal, c’est entendu, mais pourquoi un tunnel ?

Pour joindre les deux bassins fluviaux, il faudra passer de l’autre côté de la ligne de crête en bateau. Par définition, une ligne de crête, c’est haut, à une altitude plus élevée que les deux ruisseaux que nous devons relier par un canal. Tellement haut qu’il faudrait au point culminant creuser de 60 mètres pour rejoindre le niveau qui relierait nos deux sources. Creuser sur soixante mètres de profondeur et sur plusieurs kilomètres, de long c’est un travail énorme avec les moyens techniques disponibles à l’époque. Les ouvriers et ouvrières étaient équipés de pioches, de pelles, de paniers en osier et de brouettes…

Là où il y aurait trop de déblais à évacuer, il est bien plus facile de creuser SOUS la terre et de faire un tunnel pour rejoindre les portions du canal venant de Bernistap à l’ouest et du village de Hoffelt à l’est.

Et voilà l’idée.

Les promoteurs eurent le bon goût de commencer ce grand projet par son passage le plus difficile : le tunnel qui devait s’étirer sur un tracé en ligne droite de 2528 mètres. Bien leur en prit, car la liaison fluviale ne sera jamais terminée.

Peu de temps après les débuts du chantier, les Hollandais furent renvoyés chez eux par les révolutionnaires de la future Belgique. Ils emmenèrent leurs capitaux et leurs finances, laissant le projet de Guillaume d’Orange en plan.
Recapitaliser le chantier par le nouvel état belge était en soi un grand casse-tête, mais surtout, le chemin de fer naissant rendait le transport fluvial beaucoup moins vital au développement économique. La liaison fluviale devenait inutile.

Ainsi donc, de la ferme de Bernistap s’en va un canal abandonné d’un peu plus d’un kilomètre pour arriver à l’entrée d’un tunnel qui devait traverser la colline sur deux kilomètres et demi pour rejoindre la tranchée de Hoffelt et relier l’Ourthe belge à la Wolz luxembourgeoise. Il fut creusé sur la moitié de sa longueur initiale avant l’abandon des travaux. Plus tard, un éboulement l’a bouché à trois cents mètres de l’entrée.

Que d’efforts, que de sueur pour rien, notre époque n’a pas inventé les « travaux inutiles ».

 

 

Le souterrain qui devait être creusé à 60 mètres sous le sommet de la crête ne sera jamais terminé et le rêve de Guillaume ne verra jamais le jour.

100 après

À la fin des années 1920, le canal était devenu ce qu’on appelait alors « un lieu de villégiature ».
Le canotage était une activité très à la mode.
(Photos : Collection Marian Struzik)

La ferme de Bernistap

 

 

La ferme de Bernistap était le point de départ du chantier du canal. On y faisait la cuisine, on y blanchissait le linge des ouvriers. Elle était le « poste avancé » des gestionnaires du chantier. Elle a retrouvé sa pleine fonction d’exploitation agricole dès la fin du projet et cela perdure encore aujourd’hui. En face de la cour de la ferme, le passage qui permet la balade du canal. La balade est réservée aux piétons car l’endroit est désormais classé en zone de protection « Natura 2000 ».

La tornade de juin 2021

Nous ne verrons plus jamais la ferme de Bernistap telle qu’on l’a connue depuis l’époque de la réalisation du canal et du tunnel.
Ni depuis que nous avons réalisé ce reportage en 2018.

Le 27 juin 2021, une terrible tornade s’abattit sur la ferme. En quelques minutes, les bâtiments de la ferme furent jetés à terre comme un château de cartes. Par miracle, il n’y eut pas de victime humaine, mais les bâtiments historiques furent complètement ravagés.

Ci-dessous, quelques photos comparent la situation d’avant (les photos du haut) la tempête et ce qui reste après (les photos du bas). Seul le logis de Monsieur Gerardy a été préservé et la toiture refaite, le reste n’a pas pu être reconstruit. Tout est détruit !
Merci à Monsieur Gerardy et à sa sœur de nous avoir un peu parlé de cet évènement dramatique. Nous pensons profondément au choc qu’ils ont subi ainsi qu’à la perte historique qu’a causée cette tornade.

Le canal est devenu une réserve naturelle (classée Natura 2000)

 

 

De la ferme de Bernistap à l’entrée du tunnel, il y a plus ou moins 1 kilomètre de canal. Arrachés à la colline, les déblais étaient remontés par des femmes portant des paniers en osier sur leurs dos. Lorsqu’on progresse le long du canal, on chemine sur un sentier surélevé constitué de tout le schiste extrait de la tranchée. Il régnait sur le chantier, une agitation sans commune mesure avec la quiétude qui baigne les lieux aujourd’hui. Les castors, qui ont envahi l’endroit, semblent vouloir continuer la tâche en abattant les arbres qui ont pris possession des remblais.

Même l’eau du canal s’est endormie sur ce prestigieux projet. Sans courant, l’eau claire au printemps se couvre de mousse dès la venue de l’été.

Le souterrain, qu’on n’appellera tunnel que plus tard

 

 

Il devait trouer la colline sur exactement 2528 mètres. Les ouvriers progressant d’environ 1 mètre par jour avaient fait la moitié du travail avant l’abandon du projet. Plus tard, un éboulement s’est produit à trois ou quatre cents mètres de l’embouchure. On peut encore distinguer les attaches qui servaient aux bateliers à haler leurs embarcations.

Souterrain ou tunnel ?

Les contemporains des travaux – et la chose n’est pas interdite de nos jours – parlaient de souterrain, à propos de Buret : tunnel est un mot anglais qui n’est apparu que plus tard, dans le sillage du chemin de fer.

Draguer ?

L’entrée de l’ouvrage s’est progressivement envasée au fil du temps. Le tunnel haut de quatre mètres ne laisse plus qu’un passage très étroit. D’aucuns voudraient lui rendre son aspect original, mais le site est désormais rendu à la nature. Le souterrain devenu grotte abrite des espèces protégées de chauves-souris.

Remettre le site en état ? C’est possible, selon un ingénieur retraité : “Tout est possible ! Certaines maçonneries pourraient être remises en valeur sans grande difficulté. Pour le reste, il faut draguer des tonnes de boue, et consolider des versants. Ça aussi, c’est possible, mais il faut amener les machines et le charroi sur place. Ce qui, moyennant une bonne coordination du chantier, pourrait se faire par une voie unique qui n’a pas besoin d’être une autoroute. Reste ensuite à savoir que faire des boues de dragage.

Bateaux

Les plus gros bateaux (des Bètchètes) destinés à naviguer sur le canal mesuraient 25 m de long, et 2 m 50 de large, pour un tirant d’eau de 80 cm. Charge comprise, leur poids maximum atteignait 60 tonnes. L’équipage était composé d’un batelier, de deux mariniers et d’un cheval. Dans les souterrains, la progression se faisait à l’aide de gaffes destinées à haler le bateau en s’accrochant aux barres et autres étriers disposés sur la voûte, à espaces réguliers.

L’illustration extraite de la brochure touristique présentant l’ouvrage montre bien par quelle méthode les bateliers faisaient progresser les « betchettes » à l’intérieur du tunnel.

En savoir plus

Couverture du roman : La rivière contrariée

La rivière contrariée : le roman de Gery de Pierpont

Sur fond de mission économico-politique à l’ancienne, La Rivière contrariée entraîne ses lecteurs dans une passionnante enquête à rebondissements. Ce récit d’aventures, tissé dans une page d’histoire aussi fascinante que méconnue, valut à son auteur le Prix Alex Pasquier (Roman historique) de l’Association des Écrivains belges (2003).

En version « papier » et en version numérique

http://larivierecontrariee.com/le-livre


 

canalmeusemoselle.wordpress.com
Le site du Cercle d’Etudes du Canal de Bernistap-Hoffelt

meuse-moselle1830.be
Le site des recherches historiques de l’auteur du roman


Où est caché ce tunnel ?

Bernistap

Bernistap

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Une brochure explicative et gratuite est disponible au Syndicat d’Initiative de Houffalize. Une balade de 15 Km est également proposée jusqu’à la découverte de l’entrée du canal.

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Récolte de la sève de bouleau

Récolte de la sève de bouleau

Récolte de la sève de bouleau

Récolte de la sève de bouleau

La sève de bouleau est consommée de temps immémoriaux dans les régions sibériennes et scandinaves. Cette pratique ancestrale complète naturellement les très nombreux usages que les peuples nordiques faisaient du bouleau; jusqu’à en faire un arbre sacré tellement il était indispensable à la vie de ces régions. Si on ne fait plus de bougies en écorce de bouleau aujourd’hui, la consommation de sève perdure et la pratique est descendue jusqu’à nous.

kiitos pohjoisen ihmiset (ça veut dire “merci à vous peuples du Nord” en Finnois).

 

Son action diurétique et dépurative est connue pour éliminer les toxines accumulées durant l’hiver. Elle est un draineur activant l’élimination des déchets de l’organisme : acide urique, urée, cholestérol. Elle est également vermifuge dit-on.

Cet “élixir de printemps” peut être consommé frais à l’état pur à raison d’un verre par jour, de préférence à jeun.
Bien qu’elle puisse se conserver à l’aide de différents additifs (alcool), il est très simple de récolter la sève et de la consommer fraîche dès le début du mois de mars dans nos régions, avant l’apparition des bourgeons sur les arbres.

C’est à ce moment que, captée par les racines, elle prend littéralement l’arbre d’assaut pour acheminer la sève brute en direction du sommet. Là, dès qu’il éclora, le feuillage transformera cette sève brute en sève élaborée par le travail de la photosynthèse.

Cette sève montante que nous récoltons est donc composée en grande partie de l’eau du sol, mais enrichie d’une multitude de sels minéraux diversifiés; d’où son nom “d’eau de bouleau” parfois utilisé. On la récolte directement au jardin en forant un trou de faible diamètre dans le tronc (sur une profondeur de 2 à 5 cm.) et en y insérant un tuyau. Ce tuyau coule dans la bouteille de récupération et le tour est joué. L’écoulement est impressionnant, ce petit trou de 12 mm maximum de diamètre remplira votre bouteille d’un litre tous les matins. De quoi traiter quotidiennement toute la famille. Si le temps se refroidit brusquement, comme cela peut se produire au mois de mars, la montée de la sève ralentira, voire s’arrêtera. Cela ne signifie pas que la récolte est terminée, le flux reprendra avec la remontée de la température. La production dure à peu près trois semaines à un mois.

Lorsque la source ne coule plus, il faut reboucher le trou fait dans le tronc de notre cher bouleau au moyen d’une cheville de bois ; inutile de laisser la porte ouverte à l’entrée de bactéries ou champignons qui pourraient s’en prendre à notre « arbre de vie « .

La sève fraîche se conserve à peine quelques jours au frigo, elle devient rapidement trouble, elle fermente et devient acidulée. Il vaut mieux ne plus la consommer à ce stade, bien qu’il soit possible de la laisser fermenter pour en faire un « vin de bouleau » et même un « champagne de bouleau ». C’est évidemment une tout autre technique que nous laisserons aux spécialistes.

Bonne cure.

 

 

La mèche (10/12 mm), le tuyau de même diamètre que la mèche et enfin, lorsque la récolte sera terminée, un bout de branche pourra faire office de bouchon.

La sève est récoltée début mars, avant l’apparition des bourgeons.

Il est très simple de récolter la sève, même en grande quantité. N’oubliez pas de boucher les trous au moyen de chevilles de bois à la fin de la récolte.

 

Fr. Rion 2023
Sources : Le guide du bouleau  par Ph. Andrianne

 

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La forêt ardennaise – Ses gens

La forêt ardennaise – Ses gens

La forêt ardennaise – Ses gens

Photo : Jean-Pierre Ruelle pour Démo Forest à Libramont.

La forêt ardennaise – Ses gens

Au début du 21 ème siècle, la forêt reste indispensable à la vie des humains, tant pour ses ressources économiques que pour l’équilibre naturel qu’elle entretient en hébergeant une riche biodiversité et en régulant le climat.

On avait un peu oublié tout cela.

Ruraux et citadins redécouvrent une forêt enrichie de multiples fonctions jusqu’alors négligées. L’affluence lors des démonstrations forestières organisées tous les deux ans dans le cadre de la Foire de Libramont est un témoin de ce regain d’intérêt pour les diverses facettes du milieu forestier.

(Photo de titre de Jean-Pierre Ruelle – Démo Forest 2022)

A qui donc appartient la forêt ?

Les propriétaires forestiers se scindent en deux grandes catégories : les propriétaires particuliers et les propriétaires publics. Il est important de retenir que où que l’on se trouve en forêt on est sur un territoire qui appartient à une personne privée ou à une structure publique.

Les propriétaires privés

Ce sont des citoyens, des entreprises (banques…) ou encore des structures comme les associations environnementales détenant des réserves naturelles en zones forestières…

Un propriétaire peut orienter sa gestion vers une production de bois d’œuvre ou au contraire convertir son bien en réserve naturelle ou en territoire consacré plus spécialement à la chasse.
Les propriétaires privés gèrent leur bien comme bon leur semble, A CONDITION que cette gestion ne soit pas contraire au CODE FORESTIER. Le code forestier est un ensemble de conditions émises par les états respectifs (France Grand-Duché, Région Wallonne) qui peut intervenir sur certains points de la gestion privée au nom du bien commun.

La forêt privée est en général très morcelée, la superficie moyenne de la propriété forestière privée en Belgique est de 2,5 Ha. Au fil des héritages familiaux et des découpages qui s’ensuivent, il n’est pas rare que des propriétaires aient complètement oublié leur propriété. Lorsque le bien repose, comme c’est parfois le cas, sur quelques ares de forêt, on peut comprendre.

 

Outre la prise en compte économique des intérêts privés, la forêt apparait de plus en plus comme un « bien commun » par son influence capitale sur l’état de l’environnement. Les propriétaires particuliers – grands ou petits – sont confrontés à des impératifs de gestion de plus en plus complexes à organiser. Des structures de soutien se mettent en place partout en Europe afin d’appuyer la gestion des forêts privées. Ici, les propriétaires wallons échangent avec leurs homologues suisses.

Photo : © Office économique wallon du bois

Les propriétaires publics

Ce sont des structures administratives : états, régions, communes, centres d’action sociale ou encore les «fabrique d’église»…
Dans ce cas, les bois et forêts sont gérés par une administration spécifique : l’Office National des Forêts (ONF) en France, le Département de la Nature et des Forêts (DNF) en Région wallonne et l’Administration de la nature et des forêts au Grand-Duché de Luxembourg.

On dit des forêts publiques que ce sont des forêts soumises. Parce qu’elles sont « soumises au régime forestier », c’est-à-dire gérées par les administrations nationales (régionale dans le cas de la Wallonie). Les agents délégués par les administrations ont la charge de la gestion des propriétés : la production de bois, l’exploitation forestière, la chasse, le tourisme, la conservation de la nature. Ces « gardes forestiers » jouissent du statut d’Officier de Police Judiciaire à compétence limitée et à ce titre ont l’autorité de faire respecter la loi forestière.

Vers la réglementation de la circulation en forêt wallonne >>

 

Le « garde forestier » comme on l’appelle traditionnellement est responsable d’un triage, une superficie forestière publique de plusieurs centaines d’hectares. Il gère la production de bois, l’espace naturel et l’accès à la forêt.

On peut être très content de le voir arriver si on est perdu au milieu des bois, moins content si on dissimule sous sa casquette des grives prise au collet.

 

La forêt et ses usagers

Si les paysages forestiers ardennais se sont transformés au cours des siècles, la perception de celle-ci par les humains a également évolué.
Depuis Ambiorix, et même bien avant lui, les Ardennais sont restés dépendants de la forêt ; elle était – et est toujours – leur lieu de vie et leur principale ressource. Elle fournissait le bois pour l’habitat, pour le chauffage, pour les outils agricoles… Elle fournissait la nourriture grâce au gibier (on chassait le sanglier à coups de poings comme il se doit), grâce aux cueillettes (champignons, myrtilles…), grâce aux poissons des rivières vives et transparentes, ou servait-elle encore de pâturage aux animaux domestiques.

Elle était une forêt nourricière, un garde-manger ainsi qu’un toit et un feu.

Dès la fin de la deuxième guerre mondiale et les transitions sociales profondes qui se sont opérées dans la société contemporaine, la forêt s’est ouverte aux loisirs. Grâce à la prise de conscience environnementale face à l’impact écologique de l’être humain et le constat de la nécessité absolue de conserver la biodiversité et de protéger les écosystèmes,  le rôle de la forêt s’est enrichi de nouvelles fonctions.

Elle était nourricière, donc économique. Elle s’est chargée de nouvelles responsabilités : un rôle social et un rôle écologique.

 

 

Fonction économique

La forêt fournit toujours du bois pour nos maisons, pour nos feux, pour la pâte à papier et tous les usages développés à travers l’histoire et ceux, nouveaux, à venir.
Le pâturage en forêt a disparu, la cueillette relève désormais plus d’un loisir que d’une nécessité, ainsi que la chasse. Cette dernière est devenue un pur loisir mais garde un pied dans la catégorie économique par les revenus qu’elle génère auprès des propriétaires forestiers. Les loyers perçus par les communes n’ont rien de négligeable.

Les sylviculteurs cultivent la forêt. Ils sont entre-autres responsables de la production de bois er de leur délivrance au reste de la « Filière Bois » qui exploitera, transformera ou exportera les produits de la forêt.

Ces opérations économiques se sont très fortement mécanisées depuis les dernières années du siècle précédent. Jusqu’alors, rares étaient les jeunes ardennais qui, en attendant le service militaire ou un premier emploi, n’avaient pas passé quelques mois ou quelques années dans un boulot forestier. Il y avait à faire : plantation, dégagements, élagage, abattage, débardage, sciage, fendage…
A l’époque toute récente de l’exploitation encore artisanale de la forêt, la Wallonie pouvait s’enorgueillir de gérer une forêt comptant parmi les plus productives du monde, proportionnellement à la surface disponible évidemment. Car la valorisation des grumes exploitées était poussée à un point tel qu’aucun gaspillage n’était commis.
Est-ce toujours le cas avec la mécanisation et la standardisation actuelle des produits forestiers ?

 

L’exploitation forestière s’est très fortement mécanisée.

 

Fonction sociale

Le développement du chemin du début de l’ère industrielle avait déjà amené un public plutôt privilégié vers les lieux de villégiature comme on disait alors. Spa et ses promenades furent certainement les premiers pôles de rendez-vous ardennais d’une noblesse, puis d’une haute bourgeoisie un peu désœuvrée et trop bien nourrie. Ce n’est pas vraiment la magie des forêts d’Ardenne qui attirait ces premiers touristes, ou alors pour aller se consoler (ou se pendre) dans les bois après avoir perdu une fortune au casino. C’est un peu déplacé de parler de fonction sociale dans le cas de ce public privilégié, nous le concédons.

C’est avec l’avènement de la société des loisirs dès les années d’après-guerre que les portes des forêts se sont ouvert toutes grandes. La petite auto familiale permit les promenades dominicales pour toute la famille. A la belle saison, il était coutume de rentrer en ville avec un bouquet de genêts accroché au pare-chocs de la Renault 4 ou de la Deuche (traduction à l’intention des jeunes générations : la 2 CV  Citroën).

Avec la société qui s’urbanisait de plus en plus, un besoin pressant de ressourcement grandissait en parallèle ; la forêt devint le remède tout indiqué. Au cœur des forêts, on rencontre désormais plus d’aires touristiques que de huttes de charbonnier. Plus de promeneurs que de braconniers – ce n’est pas plus mal – et plus de VTT que de bûcherons.

Parce qu’elle est accueillante et pleine de vie, la forêt est une école de vie ; les mouvements de jeunesse ne nous contrediront pas. De plus en plus, des classes vertes et plus récemment, des Ecoles du dehors  gagnent le couvert pour se reconnecter à la nature.

L’activité touristique (ainsi que la chasse), chevauche le rôle social et le rôle économique ; l’aspect économique de la forêt-loisir est également significatif.

Les trois fonctions de la forêt contemporaine décrétées par l’homme s’entrecroisent intimement, comme la vie de la forêt, elles  sont interdépendantes.

 

Les aménagements touristiques ne sont pas rares en forêt. Les différents utilisateurs doivent se partager l’espace forestier.

Fonction écologique

Il n’est pas nécessaire d’être un écolo radical pour affirmer aujourd’hui que les actions humaines ont un impact tellement important sur la planète que celle-ci est en train de nous exploser à la figure. BOUM, PAF, CRAC, c’est violent !
Pourtant, l’école nous enseigne depuis très longtemps l’importance des forêts sur la régulation du cycle de l’eau et du climat. Le réchauffement climatique, les sécheresses à répétition suivies des inondations tout aussi répétitives, l’effondrement de la biodiversité, nous éclairent sur le rôle de plus en plus évident de la fonction écologique des forêts.

Durant des siècles, l’homme a façonné la forêt selon ses besoins, sans le moindre souci de l’impact créé sur l’environnement, c’est-à-dire sur la nature, c’est-à-dire sur la vie et sa formidable complexité.

En gestion forestière, en sylviculture donc, un grand, très grand pas en avant est en train de se produire en faisant… marche arrière.
Un certain nombre de principes du passé sont très largement remis en cause. Les renards et autres martres et blaireaux ne sont plus qualifiés d’animaux nuisibles. Des arbres morts sont désormais conservés pour servir de refuge à la biodiversité alors que quelques décennies auparavant, ils étaient éliminés pour éviter, justement, d’attirer les insectes. Les zones humides sont protégées et non plus asséchées. Le renouvellement des propriétés forestières après l’exploitation des arbres est de plus en plus conduite par une régénération naturelle plutôt que par plantation systématique de la même espèce…
Alors que, en forêt comme ailleurs, l’homme n’eut de cesse de combattre la nature ; le tournant semble bien amorcé, la nature devient maintenant un allié de l’espèce humaine. Il était temps de comprendre que la forêt est une véritable source de vie du sous-sol à la canopée.

Pourvu qu’il ne soit pas trop tard, pourvu que nous l’ayons compris à temps, l’avons-nous suffisamment compris ?
Rendez-vous dans quelques temps pour le constater !

 

Il n’y a pas si longtemps, un tel arbre cassé et porteur de champignons aurait été évacué rapidement, de crainte qu’il n’attire de « la vermine ».
Aujourd’hui, ce genre de chablis est conservé au bénéfice de la biodiversité.

20 arbres et arbustes des forêts et bocages ardennais

NOUVEAU GUIDE ARDENNAIS

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Cohabitation

La forêt remplit donc plusieurs fonctions simultanées. Ces rôles sont tenus par différents acteurs revêtant chacun son propre costume : le chasseur, le promeneur, l’artiste photographique, le marchand de bois, le naturaliste. On parle donc bien de priorités différentes selon l’acteur et l’usage qu’il fait de la forêt.

La cohabitation n’est pas toujours simple.

Si on prend la peine d’essayer de comprendre le fonctionnement le la vie sur la planète, plus spécialement la vie de la forêt puisque nous y sommes, on ne tarde pas à se rendre compte de l’extême complexité des échanges entre tous les éléments de la vie forestière. Chaque acteur le la vie, du champignon microscopique au cerf majestueux, entretient des relations intimes et discrètes avec son voisin. D’une manière ou d’une autre, ils créent ensemble un équilibre, un milieu qui permet à chacun d’y trouver son compte.

Les événements climatiques qui frappent à nos portes (et même qui enfoncent nos portes) nous apprennent qu’il faut aborder autrement les relations entre les hommes et la forêt.
On sait – il ne manquerait plus que cela – qu’une forêt naturelle favorise la biodiversité. On apprend qu’une forêt gérée selon des principes plus respectueux des équilibres naturels se révèle être plus résistante aux aléas climatiques. Elle est plus résiliente selon le terme qui s’impose de plus en plus dans notre vocabulaire courant.

Une forêt en bonne santé écologique gardera des arbres en bonne santé économique dont le bûcheron bénéficiera à son tour. Les intérêts économiques, sociaux et environnementaux interragissent sans cesse.

Le tout est une question d’équilibre, une fois de plus !

Nous laisserons les derniers mots à Gérard Jadoul qui concluait sa participation à la dernière édition (2017) du Grand Livre de la Forêt sur ces questions pertinentes:

Que vaut la protection des sols ?
Que rapporte la rétention des eaux ou quels coûts en catastrophes naturelles permet-elle d’éviter ?
Quels dommages futurs la société épargne-t-elle en captation de CO2 ?
Combien « vaut » un paysage ?

Bonne question : combien « vaut » un tel paysage ?

Cette photo sélectionnée pour le concours Agrinature 2022 est de Phil Govaerts (>> FB Phil Photography)

Textes : Fr. Rion – Mediardenne -Octobre 2022

 

La photo du titre est de de Jean-Pierre Ruelle à Démo Forest 2022

Merci à Jean-Pierre Offergeld pour la relecture et les précisions techniques.

Pour aller plus loin :

  • Le grand livre de la forêt wallonne – Collectif – Ed. Mardaga 1985
  • Le grand livre de la forêt – Collectif – Ed. Forêt Nature 2017
  • La forêt – Bary-Lenger, Evrard, Gathy – Ed. Vaillant Carmanne 1979
  • L’Ardenne et l’Ardennais – G. Hoyois 1948 (Collector)
  • Terre ardennaises / Revue d’histoire et de géographie locale – L’homme et la forêt – n°8, sept. 1984
Technique
Tourisme

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La chasse infernale du seigneur de Herbeumont

La chasse infernale du seigneur de Herbeumont

ips (bostryche) typographe

La chasse infernale du seigneur de Herbeumont

 

Le thème de la chasse infernale – qui porte aussi de nombreux autres noms – se retrouve avec d’infinies variantes à travers toute l’Europe. Il trouve vraisemblablement son origine dans la chevauchée céleste d’Odin, à la recherche de connaissances qu’il transmet aux hommes. Dans l’imagination populaire, secondée par le fracas des tempêtes d’équinoxe, la portée métaphysique du mythe scandinave s’est incarnée d’une manière assez générale dans l’histoire d’un chasseur maudit dans l’éternité pour ses forfaits terrestres. L’Ardenne n’est pas avare de ces récits dans lesquels, comme c’est le cas pour le sire d’Herbeumont, le personnage central est à la fois un seigneur injuste et cruel et un chasseur impie profanant le repos dominical. L’intervention du diable y est un élément peu fréquent.

 

La chasse sauvage ou Chasse infernale

Die Wilde Jagd (« La Chasse sauvage »). Toile de Johann Wilhelm Cordes, vers 1856. (Wikimedia)

 

Bâti dans le troisième tiers du XIIIe siècle, le château d’Herbeumont était une forteresse tournée vers la France et surveillant une partie de la vallée de la Semois. Un des châtelains qui s’y sont succédé, le comte Renaud, avait la réputation d’être un homme dur pour lequel la chasse était une passion dévorante que six jours par semaine ne pouvaient assouvir. Aussi le dimanche n’était-il pour lui pas plus sacré que les champs prêts à être moissonnés qu’il traversait sans vergogne avec chiens et chevaux.

Un dimanche matin, alors que, sourd aux objurgations de son épouse, il venait de pénétrer avec son équipage sur la colline boisée du Dansau, un endroit redouté aujourd’hui encore pour ses maléfices, il vit venir à lui deux cavaliers. Le premier, jeune et blond, montait un cheval blanc, tandis que l’autre, plus âgé et le teint sombre, menait un cheval noir.
Le comte Renaud les invita à se joindre à sa chasse, mais le jeune homme lui rappela que c’était le jour du Seigneur, tandis que son compagnon, au contraire, incita le sire d’Herbeumont à ne pas s’arrêter en si bon chemin.
Renaud eut vite fait son choix et lança ses chiens à la poursuite d’un cerf à l’imposante ramure.

Le soir n’allait pas tarder à tomber lorsque ce cerf, épuisé, se réfugia dans la chapelle d’un ermite. Celui-ci adjura Renaud de ne pas profaner le sanctuaire. Le comte n’en avait cure: insultant et menaçant le saint homme, il le bouscula pour entrer avec ses chiens dans la chapelle.

Aussitôt, parmi de fulgurantes lueurs, le sol se mit à trembler, Satan apparut et tordit si bien le cou du chasseur que celui-ci, remis en selle, ne pouvait voir que la croupe de son cheval, qui l’emporta au même instant dans une chevauchée éperdue, poursuivi par une meute acharnée, vomie par l’enfer et qui ne devait pas le lâcher avant la fin des temps.

Parfois, au hasard de cette folle randonnée nocturne, le comte Renaud traverse encore les bois du Dansau dans le vacarme des galops et de la meute déchaînée.

 

Nous remercions chaleureusement Monsieur Albert Moxhet pour ce texte (2002)

Le château d’Herbeumont est érigé au sommet d’une crête rocheuse épargnée par la Semois qu’il domine de plus de 111 mètres. Le château est érigé par Jehan de Rochefort, fils de la maison de Walcourt, en l’an 1268. L’escarpement naturel de la montagne a longtemps rendu le château inaccessible de trois côtés. (Photo Denis Maqua)

Plus d’info sur le site de l’asbl SAS, association qui a pour but la sauvegarde et la promotion des monuments et sites archéologiques de la vallée de la Semois et de ses environs

 

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Le château d'Herbeumont

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En forêt | Pirsch ou mirador ?

En forêt | Pirsch ou mirador ?

ips (bostryche) typographe

En forêt | Pirsch ou mirador ?

Ces points d’observation (miradors) placés en hauteur sont souvent appelés à tort « cabanes de pirsch ». En effet, le pirsch est une méthode de chasse individuelle qui se fait au sol, en recherchant les traces de l’animal : l’approche.

Au contraire, la chasse à l’affût se pratique, à partir de miradors placés sur les parcours habituels des animaux à l’aube et en soirée, jusqu’au crépuscule.

Ces deux méthodes sont des méthodes de chasse individuelle.

Lorsque la chasse se mène en groupe, il peut s’agir
– Soit de battue : procédé de chasse à tir pratiqué par plusieurs chasseurs attendant le gibier rabattu par plusieurs hommes s’aidant ou non de chiens ;
– Soit de botte : procédé de chasse à tir devant soi, pratiqué en parcourant, seul ou à plusieurs, le territoire à la recherche du gibier, éventuellement avec l’aide d’un ou plusieurs traqueurs ou rabatteurs, et avec ou sans l’aide d’un ou plusieurs chiens broussailleurs, d’arrêt ou de rapport.

 

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3 balades en forêt

Des caillebotis adaptés aux promenades PMR à Vielsalm

Des caillebotis adaptés aux promenades PMR à Vielsalm

Des caillebotis adaptés aux promenades PMR à Vielsalm

Superbe idée que de permettre à des personnes à mobilité réduite de profiter d’une belle balade au milieu des arbres et des taillis et d’être ainsi en contact direct avec les bruits de la forêt, le murmure et le frémissement des arbres, le chant des oiseaux. Des banalités ? Peut-être pour celles et ceux qui peuvent marcher et courir mais c’est une extraordinaire et bénéfique immersion dans la nature pour les autres…

(extrait de www.salmiens.be)

Au printemps 2019, l’ASPH (Association Socialiste de la Personne Handicapée) et le DNF (gestionnaire de la forêt domaniale) ont créé ce parcours sensoriel adapté. Parce que ce tracé de près d’un kilomètre est spécialement dédié aux personnes à mobilité réduite, les promoteurs ont tenu à ce qu’il soit réalisé par des personnes en situation de handicap de l’asbl des Hautes Ardennes.
Le circuit est parsemé de silhouettes d’animaux en bois à identifier et de plate-formes entourant les arbres.
Le tronçon de caillebotis, long de 200 mètres, est construit en bois de «Douglas», une essence résineuse originaire d’Amérique du nord mais très répandue en Ardenne. Outre que dans ce cas précis, les caillebotis facilitent la progression des voiturettes (fauteuil roulant), ils sont souvent installés pour baliser les chemins de promenade sur des sols qui demandent à être protégés. On les trouve fréquemment dans les réserves naturelles accessibles au public.

 

 

Sur la carte

Les caillebottis de Bêchefa

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Circulation en forêt wallonne – Réglementation

Circulation en forêt wallonne – Réglementation

Circulation en forêt wallonne – Réglementation

La forêt ardennaise est accueillante. Son accès est largement ouvert au promeneur, pourtant, si on trouve rarement des clôtures ou des barrières sur notre chemin, ces espaces forestiers sont bel et bien la propriété de quelqu’un : la Région, une commune, un agriculteur, un groupe d’investisseurs ou elle fait partie de l’héritage familial d’une longue lignée de propriétaires terriens. Tant en Belgique qu’en Ardennes françaises, le domaine forestier se répartit approximativement pour moitié au domaine public (Etat, communes) et pour moitié aux propriétaires privés.

 

Forêt privée ou forêt publique

Lorsqu’on circule en forêt, il est souvent impossible de savoir si on se trouve dans une forêt privée ou dans une forêt publique.

Au demeurant, pour le passant, cette nuance ne présente aucune importance, le même principe s’applique à chaque propriété privée ou publique. Sachant que la loi donne à chacun le droit d’autoriser ou d’interdire l’accès à sa propriété, c’est le caractère apparent de l’accessibilité qui détermine si la voirie est ouverte ou non au public. Si aucun signal d’interdiction ou barrière ne ferme le passage et que des traces de fréquentation sont présentes, on considère que la voie est accessible au public.

C’est simple, et en peu flou en même temps.

Il faut surtout retenir que, même dans les espaces dont l’Etat (ou la Région) est propriétaire, l’accès peut-être strictement interdit, c’est le cas de certaines zones de la réserve naturelle des Hautes-Fagnes. Ces zones de haute protection sont évidemment dûment signalées sur le terrain et renseignées sur les cartes touristiques.

 

Ce panneau d’information signale qu’on pénètre dans une forêt domaniale (dont l’Etat ou la Région Wallonne est propriétaire). C’est toujours bon à savoir, mais pas indispensable.

 

 

Qui peut aller où ?

On distingue plusieurs types de voyageurs : les piétons, les cyclistes, les véhicules à moteur, les cavaliers, les skieurs…

Et on distingue trois catégories de voiries forestières : la route, le chemin et le sentier

LA  ROUTE

Il s’agit d’une “voie publique dont l’assiette est aménagée pour la circulation des véhicules en général”. Les routes se caractérisent par leur largeur (au minimum celle d’un véhicule), mais également par leur revêtement. Les routes sont ainsi généralement pavées, goudronnées, bétonnées ou asphaltées. Les routes sont accessibles à tous, y compris les véhicules à moteur – Sauf si une signalisation spécifique limite l’accès.

LE  CHEMIN

C’est une “voie publique plus large qu’un sentier et qui n’est pas aménagée pour la circulation des véhicules en général”. Sa largeur est suffisante pour laisser passer un véhicule, mais il n’est pas aménagé dans ce but. Les chemins sont généralement en terre ou empierrés. Les cyclistes, skieurs, cavaliers et les piétons se partagent les chemins en forêt.

LE  SENTIER

Il s’agit d’une “voie publique étroite dont la largeur n’excède pas celle nécessaire à la circulation des piétons”. La taille du sentier ne permet pas le passage de deux piétons de front. Seuls les piétons peuvent circuler en forêt sur les sentiers. Les autres utilisateurs ne sont pas autorisés à les emprunter sauf si un balisage le précise.


On l’aura compris, d’une manière générale, les véhicules à moteur (motos, quad, 4×4 etc…) sont proscrits dans l’espace forestier. Seules les routes publiques qui traversent les forêts leur sont ouvertes, et encore, à condition qu’aucune signalisation ne limite cet accès.

Les moyens de locomotion lente (chevaux, vélos,…) sont acceptés sur les chemins, et sur les routes évidemment.

Enfin, les piétons peuvent se déplacer partout. Mais, la forêt constitue un écosystème fragile, peuplé de nombreux animaux sauvages et parfois d’une flore rare. La forêt reste un milieu à protéger. Donc, même à pied, Il est interdit de quitter sentiers, chemins et routes ouverts à la circulation. Pas question de traverser les bois en tous sens pour y laisser nos odeurs, piétiner les jeunes plantes ou surprendre l’un ou l’autre animal.

Par ailleurs, une trouée dans un peuplement forestier ne doit pas nécessairement être interprétée comme un chemin accessible. Il peut s’agir d’un coupe-feu, d’une voie de débardage ou d’un sentier dégagé par un chasseur pour accéder à un poste de chasse. Ce n’est donc pas un chemin à suivre par le promeneur.

 

Une route en forêt domaniale. Ici, le panneau est clair et net, même s’il s’agit d’une route asphaltée, la circulation des véhicules à moteur y est interdite.

 

A droite un chemin, il est large et empierré, il permet le passage des cyclistes et des cavaliers. A gauche, un sentier, seuls les piétons peuvent s’y aventurer. Il faut reconnaitre que la différence entre chemin et sentier n’est pas toujours évidente et que cette confusion possible crée parfois des malentendus entre cyclistes et responsables forestiers.

 

Les chemins balisés

Le meilleur moyen de rester sur la bonne voie étant de suivre les itinéraires balisés proposés par de nombreuses organisations touristiques.

Tous les chemins balisés permanents sont signalés au moyen de signes conventionnels appelés les signes vosgiens.

Les formes appliquées sur des petites plaquettes signalent à quel type d’utilisateur le circuit s’adresse, piéton, cavalier, etc.. Ces itinéraires ne sont bien sûr pas obligatoires, ils ne constituent que des indications sur le parcours proposé par l’organisateur du balisage (les Maisons du tourisme, syndicats d’initiative, etc…). On peut faire confiance à ces structures locales qui connaissent les ressources de leur territoire et les itinéraires les plus adaptés à la découverte de  l’endroit.

Le balisage n’a donc pas pour effet de limiter la circulation, de plus, il permet parfois de déroger à la règle générale. Par exemple un sentier peut être balisé pour des VTT ; l’organisateur du tracé a dans ce cas obtenu une dérogation pour permettre l’accès au sentier à des cyclistes normalement cantonnés sur des chemins.

Les itinéraires internationaux peuvent utiliser des balises spécifiques : les plus connus sont les GR – Sentiers de Grande Randonnée – (bandes blanches et rouges superposées). Les itinéraires GR sont des itinéraires balisés pour piétons. Les cavaliers, cyclistes et skieurs ne peuvent les emprunter en forêt que sur les tronçons empruntant les chemins. Ils ne peuvent suivre le GR sur les sentiers.

 

 

Itinéraire à suivre, ne vous inquiétez pas pour les clous. Ce sont des clous en aluminium, sans danger pour l’arbre ni pour la scie du bûcheron.

20 arbres et arbustes des forêts et bocages ardennais

NOUVEAU GUIDE ARDENNAIS

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Les fermetures temporaires

Les services forestiers peuvent fermer temporairement des voiries vicinales si la circulation présente un danger pour les personnes ou pour la forêt elle-même.
Les plus fréquentes et les plus connues de ces interdictions sont les périodes de chasse.

D’autres fermetures liées aux risques d‘incendies se généralisent par le fait des sécheresses à répétition. La région des Fagnes est particulièrement concernée, un drapeau rouge hissé en bordure des chemins signifie que l’accès est interdit durant cette période, soyez attentif.

Ces fermetures sont motivées et limitées aux périodes strictement nécessaires à la protection des raisons évoquées ci-dessus.

Ces interdictions sont annoncées et signalées au moyen par affichage. Les communes diffusent également les dates de battues sur leur territoire, les syndicats d’initiative et les Maisons du tourisme sont également en mesure de signaler ces dates.

 

Les chiens en forêt

Les chiens en forêt font fuir le gibier, ils dérangent les mises bas ainsi que les couvaisons. Ils peuvent aussi incommoder les autres promeneurs et spécialement les jeunes enfants. C’est pourquoi il est obligatoire que les chiens soient tenus en laisse.

 

Le bivouac en forêt

Les feux et le bivouac sauvage sont également interdits. Certains itinéraires organisés proposent des aires de bivouac, vous les retrouverez sur  l’excellent site de Trekking et Voyage :
https://www.trekkingetvoyage.com/bivouac-en-belgique-ou-camper-librement/

 

La cueillette en forêt 

Pour pouvoir récolter quoi que ce soit en forêt, il convient d’avoir l’accord du propriétaire. Pour les forêts domaniales (propriétés de la Région wallonne), la Région wallonne a donné son accord pour la récolte de champignons ou de myrtilles dans les bois dont elle est propriétaire, aux conditions suivantes :

  • La récolte n’est autorisée qu’entre le lever et le coucher du soleil
  • La quantité maximum autorisée est de 10 litres par personne.
  • L’autorisation est suspendue en période de chasse les jours durant lesquels la chasse a effectivement lieu, et pour autant que cela soit clairement annoncé par voie d’affichage.
  • L’autorisation n’implique en aucun cas l’autorisation d’utiliser un véhicule à moteur sur les chemins forestiers.

Pour les forêts appartenant à d’autres propriétaires, aussi bien publics (par ex. les forêts communales) que privés, l’autorisation du propriétaire est requise. Avant de procéder à la cueillette, il est d’abord nécessaire de connaître le propriétaire de la forêt et d’avoir son accord. Les administrations communales pourront vous renseigner à ce sujet.

 

Important : dans les réserves naturelles, tout prélèvement est interdit.

Sinon,
crac dedans!

D’après la brochure « Circulation en forêt » de la Région Wallonne.
Photo du titre : Danielle Gevaerts / GEIE Destination Ardenne

Les fermetures abusives

Un propriétaire (que ce soit un particulier, la commune ou la Région) a toujours le droit de fermer une voirie dont l’assiette lui appartient. L’interdiction doit être marquée clairement soit par un panneau, soit par une barrière, soit aussi par une perche placée en travers de la voie.

Même les grands domaines forestiers privés sont traversés par des voiries publiques, consacrées par l’usage, et reprises dans le très officiel « Atlas des voieries vicinales » qui date de 1841. Sauf pour des fermetures temporaires décrites plus haut, ces chemins ne peuvent pas être condamnés par le propriétaire des parcelles riveraines. Seule une décision du Conseil communal local peut décider de déclasser ces voiries, c’est extrêmement rare et la décision doit être dûment argumentée. Les fermetures illégales sont cependant assez fréquentes, plus souvent sur les chemins agricoles que sur les voieries forestières. La bonne foi celui qui ferme un chemin n’est pas nécessairement mise en cause ; un grand nombre de passages n’étant plus utilisés depuis longtemps, les traces de fréquentation ayant disparu, un nouveau propriétaire peut ignorer qu’un passage public traverse sont bien. A fortiori si le vendeur a omis de le signaler…

L’asbl « Chemins de wallonie » veille à la défense des chemins et des sentiers publics:

https://chemins.be


 

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Edgard Schindeler, un témoignage photographique inédit

Edgard Schindeler, un témoignage photographique inédit

Edgard Schindeler, un témoignage photographique inédit

Edgard Schindeler, un témoignage photographique inédit

Le photographe Edgard Schindeler est membre d’une famille liégeoise plutôt aisée. Il vit le jour à Seraing en 1880 et décéda en 1951 après avoir laissé un témoignage photographique inédit.

Si son patronyme est de consonance bien peu wallonne, c’est qu’il le doit à l’aïeul fondateur de la famille, un militaire Suisse. Le soldat rencontra une belle hollandaise vers 1758 à Maastricht et fonda un foyer qui s’installa bientôt dans la cité Liégeoise. Sont-ce les origines suisses qui firent que le couple et ses descendants prospérèrent rapidement et, au fil des générations, devinrent fonctionnaires, occupés dans les métiers du droit, de la finance ou encore de la banque ?
Edgard naquit donc sous une bonne étoile mais ne semblait pas être intéressé par de hautes responsabilités, il devint modestement photographe. C’est à la Fabrique Nationale de Herstal (la F.N.) qu’il exerça sa profession de photographe industriel entre 1921 et 1937.

Mais son talent, c’est à travers tout le pays, et principalement en Ardenne qu’il le révéla.

 

Schindeler et l’Ardenne

 

Photo du château de Bouillon

L’ancien corps de garde du château de Bouillon. C’est ainsi que Schindeler a annoté cette photo dans son carnet de notes.
Photo de 1934

 

Grâce à la situation bourgeoise de la famille, et dit-on, grâce à un gain substantiel à la loterie (*voir note), il s’offrit en 1929 une belle automobile ; une FN évidemment. Durant ses temps libres, il sillonne le pays pour fixer, non pas sur pellicule, mais sur plaque de verre de nombreuses scènes de vie, des bâtiments et surtout, des paysages. Son œuvre exceptionnelle est reconnue et appréciée par ses collègues photographes dont la plupart exerce dans le milieu des cartes postales. Cette expression artistique n’a rien de dérisoire, car à l’époque, la carte postale est en effet un puissant vecteur de diffusion d’images.

S’il visite les grandes villes du pays, c’est souvent en Ardenne que son art (et son auto) le ramène. Bouillon, La Roche, Spa, Vielsalm sont devenus ses points de chute réguliers. A Vielsalm, sa fille Fanny épousa le propriétaire de l’Hôtel Belle-Vue qui brûla complètement en 1938, hélas. A La Roche en Ardenne, Edgard lui-même acheta l’Hôtel du Nord qu’il n’exploita cependant jamais personnellement. Il en confia la gestion à une famille rochoise chez qui il revenait souvent. C’est aussi à La Roche qu’il fit ses derniers clichés de la région en 1946, les plus tragiques également. Lors de l’Offensive des Ardennes, la cité fut dévastée par les bombardements de décembre 1944, le photographe fixe les ruines sur ses fidèles plaques de verre.

 

Hotel Belle Vue à Vielsalm

L’Hôtel de Belle Vue où sa fille vécut à Vielsalm. Le bâtiment à été détruit par un incendie et a aujourd’hui disparu.

 

Il décéda à Herstal en 1951, laissant près de 2000 clichés qui forment un témoignage direct et sincère du paysage ardennais de l’entre-deux guerres.
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* Note : L’idée de gain à la loterie bat un peu de l’aile lorsqu’on sait que la « Loterie coloniale », telle qu’elle était appelée à l’époque, fut créée en 1934 seulement.
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D’après le catalogue de l’exposition prévue à Herstal en 2020 : Jean-Claude Massart, Serge Alexandre, Anne-Marie André, Jean-Luc Devillers

Schindeler à La Roche-en-Ardenne en 1945

La Roche 1946

La Roche détruite par les bombardements durant l’Offensive des Ardennes.

En 2019, pour commémorer les 75 ans de la Bataille des Ardennes et la destruction de la cité, la ville de La Roche organisa une exposition des photos d’Edgard Schindeler : 75 photos pour 75 ans.
La salle du CPAS accueillit l’exposition qui retraçait ce qu’était la vie à La Roche avant la guerre. A l’extérieur des photos de plus grands formats illustraient les dégâts des bombardements. Ces photos placées sur les lieux même où elles ont été saisies par Edgard Schindeler permettaient de découvrir la cité rochoise avant et après les bombardements de décembre 44.
La commune de Herstal également se souvient de son citoyen photographe. Une exposition rétrospective prévue en 2020 dut être reportée faute de Covid 19. Partie remise !

Les plaques de verre en photo

Dès 1850, le verre sert de support aux négatifs photographiques. L’émulsion sensible adhère au support grâce à un liant, le collodion humide était le plus utilisé. La gélatine le remplace à la fin du 19ème siècle, elle permet l’utilisation de la plaque sèche rend la manipulation des négatifs beaucoup plus pratique et donc, plus abordable.
La photographie bénéficie de tous les progrès technologiques de l’époque. Les appareils peuvent devenir plus légers et être désormais tenus en mains, ils ne requièrent plus l’usage systématique du pied. La qualité des objectifs s’améliore et les appareils sont équipés d’un magasin à plaques. Edgard Schindeler continue cependant à travailler avec une chambre photographique sur pied. Peut-être est-ce une habitude prise dans l’exercice de sa profession de photographe industriel à la F.N. de Herstal? La qualité de ses cadrages et la précision de l’exposition montrent le soin dont il faisait preuve lors de ses prises de vues.

 

D’après J.L. Devilers

Photo du château de Bouillon

Edgard Schindeler, un témoignage photographique inédit

Schindeler à La Roche 1932/1946

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La frisée aux lardons, un classique de la table familiale

La frisée aux lardons, un classique de la table familiale

La frisée aux lardons, un classique de la table familiale

La frisée aux lardons, patates et côtelettes, voilà un souper très classique sur les tables modestes. Facile à réaliser et délicieux à condition d’avoir les bons ingrédients, comme toujours les plus frais possibles.

Il existe plusieurs variantes de ce repas des plus classiques. Nous avons choisi la méthode paysanne la plus simple, celle qui évite tout gaspillage puisque la graisse du lard fondu est récupérée dans le plat. Ce n’est pas la préparation la plus light, on en convient.

Ingrédients

Pommes de terre, salade, lardons, vinaigre, oignons, crème fraiche.

Les patates

Il vaut mieux choisir une variété qui se tient bien. Contrairement aux potées diverses où la pomme de terre est cuite dans le même pot que les autres ingrédients (d’où le nom potée), celles-ci sont cuites à part et puis mélangées aux autres ingrédients. Pour notre plat, ce sont des patates de la variété Nicolas. Les pommes de terre qui maintiennent bien leur forme conservent bien le croquant de la salade frisée.

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Il faut évidemment une salade frisée. Nous allons la cueillir au potager en ce début du mois d’octobre. Nous en utiliserons la moitié pour la recette.

Les lardons.

Nous avons pris une tranche de lard fumé (1/2 cm d’épaisseur) par personne, ce qui correspond plus ou moins à 200 grammes  pour 3 personnes. C’est suffisant puisqu’on accompagne le mélange salade-patates-lardons de côtelettes. On peut prévoir plus de lard si on ne prépare pas de côtelette.

Des oignons ciboule qui viennent également du potager.

Puisque nous sommes allés au potager, nous en avons profité pour cueillir dans la serre les tomates cerise qui étaient mûres. On peut les ajouter au plat lorsqu’il est terminé, mais nous les avons dégustées à l’apéritif. Les rouges sont de la variété « Philamina », les jaunes des « Cocktail Clémentine », terrrribles ces dernières.

Sur la planche, les oignons ciboule attendent d’être découpés.

Préparation

Cuire les patates à part en les salant normalement. Quantité à prévoir en fonction de l’appétit familial. Les photos illustrent la quantité que nous avons prise pour 3 personnes, des bons mangeurs.

Faire fondre le lard coupé en dés.

Dans un saladier, déposer les patates cuites, ajouter la salade découpée et les oignons hachés. Verser les lardons chauds sur la salade.
La subtilité c’est de conserver la graisse de lard dans la poêle, de recuire cette graisse (ou jus de lard) en ajoutant 2 cuillères à soupe de vinaigre de cidre et
de la crème fraiche. Vérifier l’assaisonnement. Le tout est reversé sur les patates, salade et lardons puis mélangé.

Remarquez l’intérêt grandissant du chien lorsqu’on dépose le lard fumé !

Servir chaud.

Variantes : nous avons utilisé du vinaigre de cidre, mais il existe des recettes au vinaigre de framboise et miel. D’autres déposent également un oeuf poché sur la préparation, il peut remplacer la côtelette.

 

Déposer les patates dans un grand saladier.

Verser les lardons chauds sur les patates et la salade. Le chien a senti les lardons…

La frisée et les oignons

Recouvrir les patates de la demi salade et des oignons ciboule.

Après avoir mis le chien dans l’arrière-cuisine et recuit la graisse des lardons, ajouter le vinaigre et la crème fraiche. Puis mélanger le tout.

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Voilà, si vous avez des variantes ou suggestions, nous serons heureux de les entendre via les commentaires.

La gatte d’or du château de Logne | Ferrières

La gatte d’or du château de Logne | Ferrières

La gatte d’or du château de Logne | Ferrières

La gatte d’or du château de Logne | Ferrières

 
 
Sur les rives de l’Ourthe, le château de Logne occupe un piton rocheux surplombant la rivière. L’emplacement est, comme il se doit pour une forteresse, choisi afin d’offrir un site dominant les alentours et difficilement accessible. En ce temps-là, les châteaux-forts faisaient la guerre, pas du tourisme.

En 1521, Charles-Quint, excédé par les meurtres et les rapines de la famille de La Marck, celle du Sanglier des Ardennes, fit raser le château.

Mais bien plus tôt, en l’an 1100, Waleran, duc de Luxembourg habitait les lieux et régnait sur la région. A quelques lieues de là, son vassal le seigneur de Bierloz avait la charge de sécuriser le domaine car le brigandage était fréquent. De Bierloz remplissait sa mission de police avec une certaine aisance, il avait par contre, beaucoup plus de difficultés à surveiller et protéger sa fille Marthe.
Marthe de Bierloz était d’une beauté fascinante. Son teint légèrement bistré, sa noire et abondante chevelure, ses grands yeux bruns d’où jaillissaient des éclairs, sa taille haute et fine, son port de reine, tout contribuait au prestige d’une merveille devant laquelle on se sentait pris d’une vive admiration.

Ainsi, les prétendants étaient-ils nombreux à s’attarder aux environs de Bierloz. Les palefrois* des chevaliers en visite de courtoisie se croisaient sans cesse sur les chemins, jusque dans la cour du château de Bierloz. La mignonne ne prêtait guère d’attention à ces nobles guerriers, elle n’était pas intéressée par la gloire ou la fortune. C’est Alard qu’elle aimait, un simple page* aux yeux bleus et à chevelure blonde. Le page était lui aussi transi d’amour pour la belle et savait que malgré la différence de rang, il deviendrait bientôt l’époux de Marthe. Le seigneur de Bierloz, brave homme,  donnerait son consentement à cette union, ainsi qu’à n’en point douter, Waleran le maître du page également.

Waleran était bien le seul homme de toute la région à ignorer la beauté et la personnalité de Marthe. En fait, il ne connaissait pas la jeune femme, tout simplement.

 

 

La visite au château, jour maudit

 

 

 

En un jour maudit, le seigneur de Bierloz eut la très mauvaise idée d’envoyer sa fille au château de Logne pour y porter au duc un magnifique coq de bruyère* chassé le matin même. Et bien sûr, le duc fut beaucoup plus séduit par la beauté de Marthe que par la chair du coq de bruyère. Le duc en perdit tout sens du devoir, offrit tant et tant d’or et de bijoux à la jeunette que celle-ci à son tour se laissa séduire. Son cœur fut plus sensible au vil attrait de la richesse qu’à l’amour éperdu que lui portait Alard, elle offrit son cœur et son corps au duc.

Le page en mourut de chagrin peu de temps après. Frappé par le déshonneur de la famille, le père de Marthe le suivit de peu. Marthe elle, restait indifférente au deuil ainsi qu’au mépris et à la réprobation générale. Elle caressait ses bracelets, ses colliers, ses chaines d’or qu’elle amassait sans retenue.

Tant et si bien que, devant une telle avidité, le duc lui-même se détourna de la Belle et finit par enfermer sa concubine dans les souterrains du château. Un jour, on la trouva morte. Son corps était enlacé, emballé peut-on dire, par toutes les richesses qu’elle avait amassées. Les colliers, les chainettes entravaient ses jambes, elle était comme étouffée par ses joyaux. A la Noël suivante, dans les fossés du château, on aperçut une chèvre blanche qui errait. L’animal était couvert de bijoux resplendissants, les témoins reconnurent les parures de Marthe.

Depuis lors, toutes les nuits de Noël, les paysans du voisinage se pressent aux alentours du château, espérant apercevoir et détrousser la chèvre. Ils se défient les uns les autres, soulevant de lourdes pierres, sondant les puits, explorant les creux des rochers.

Beaucoup au cours de siècles aperçurent la chèvre, mais nul n’est encore arrivé à s’en emparer.


 

Gatte : Désigne une chèvre en langue wallonne.

 

Palefroi : Alors que le destrier est la monture réservée à la guerre ou à la chasse, le palefroi est le cheval de parade ou de promenade. Le cheval du dimanche, en quelque sorte.

 

Page : Jeune homme généralement d’origine noble, attaché au service d’un seigneur.

 

Coq de bruyère : Le tétras lyre était une espèce fréquente en Haute Ardenne jusqu’au début du 20ème siècle. Il était un gibier de choix. Aujourd’hui, il est totalement protégé et ne subsiste plus que très difficilement dans les Hautes Fagnes. (Image Wikimedia commons)

Adaptation libre selon la version De Hubert Stiernet pour une édition de l’agence Havas en 1929.
L’illustration par Gustave Flasshoen est également extraite de cette même édition.
L’illustration du titre est créée à partir d’une photo de Logne par Steve Lemoine

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Le château de Logne vu par Steve Lemoine

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Le château de Logne

Le château de Logne

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Le charbonnier : mi homme – mi démon

Le charbonnier : mi homme – mi démon

Le charbonnier : mi homme – mi démon

Le charbonnier : mi homme – mi démon

Il y a quelques décennies déjà que la forêt ne connaît plus l’odeur des fauldes, et qu’il ne reste plus guère du charbonnier que quelques expressions dont l’origine est en passe de devenir définitivement incompréhensible pour ceux-là même qui les emploient à l’occasion. Allons donc à la rencontre des charbonniers, maîtres chez eux, avant que la mémoire se perde.

 

Si tous les métiers de la forêt recèlent leur part de mystère, souvent entretenue par l’environnement forestier lui-même, celui de charbonnier occupe une place particulière entre toutes. Car ceux-là vivaient en forêt plusieurs mois par an, farouches et ressemblant à autant de démons avec lesquels ils partageaient la science du feu.

Dans la hutte qu’il construisait, le charbonnier était bel et bien « maître chez lui », s’affairant nuit et jour autour de la faulde tandis que sa famille procédait aux activités parallèles, conduisant les brouettes, réparant les sacs, sciant les bois destinés à être transformés, cordant les stères et veillant sur le quotidien. Rude quotidien, on s’en doute, dans une promiscuité qui ne laissait guère de place aux grandes envolées lyriques.

 

Hutte de charbonnier, de bûcheron, de sabotier

Hutte de charbonnier, de bûcheron, de sabotier. Les travaux forestiers se faisaient en équipe, et en famille.

 

La plupart des charbonniers exerçaient, hors saison, la profession de sabotier ou de bûcheron. Et certains villages se vidaient littéralement lorsque celle-ci arrivait, à l’image de Presgaux (Thiérarche), où 31 ménages émigraient alors vers les huttes de la forêt.

Tout près de celles-ci, la faulde était tenue à l’œil sans relâche : il ne faut pas confondre quelques morceaux de bois carbonisé avec du charbon de bois. La confection de celui-ci répondait à un savoir-faire précis ne laissant aucune place à l’improvisation.

 

LA FAULDE SANS FAUTE

Le charbonnier délimitait tout d’abord la surface de base de la faulde en plantant un bâton en son centre et, au départ de celui-ci, en comptant un nombre égal de pas déterminant autant de rayons permettant de tracer la circonférence de base. L’aire était alors ratissée, égalisée, et la faulde toujours replacée au même endroit par la suite. Ce qui explique la présence – de plus en plus résiduelle, il est vrai – d’espaces circulaires à la flore particulière dans nos forêts.

 

Hutte d'ouvrier des bois

Les travailleurs des bois installaient toute la famille dans la hutte durant la période d’exploitation de coupe forestière.

 

L’opération suivante consistait à planter trois piquets de la hauteur terminale de la faulde, entourés de rondins empilés triangulairement (croisades) constituant la cheminée autour de laquelle une trentaine de stères étaient empilées verticalement, en bûches de 80 à 90 cm. Le fourneau était ainsi formé, dont les bois les plus fins formaient une manière de coque recouverte de feuilles puis enfin d’une couche de terre. Le charbonnier avait entre temps ôté les piquets centraux et recouvert la cheminée par une tôle ou un gazon.

Pour la mise à feu, il montait à l’échelle, ouvrait la cheminée, prenait une pelle de feu et la descendait, puis il faisait glisser au fond un premier sac de braisettes enfoncées jusqu’au fond à l’aide d’un pieu appelé « avalwè » (avaloir). Cette opération était renouvelée une seconde fois deux ou trois heures plus tard.

La mise à feu terminée, l’évolution du feu devait être surveillée nuit et jour par les charbonniers qui montaient sur la faulde deux ou trois fois par jour, recouvrant la cheminée pour éviter toute entrée d’air. Au bout du deuxième jour, le feu devait être arrivé au sommet de la faulde, qui commençait à fumer.

Le troisième jour, les fauldeurs grimpaient sur la meule et marchaient sur toute la surface. Si celle-ci s’affaissait, ils comblaient les défoncements avec de la terre pour éviter le feu. Le soir, ils veillaient l’apparition des « feuwèes » signalant l’activation du feu à un endroit précis. Celui-ci était dirigé par une douzaine de « trous de pied » à la base de la faulde, ouverts ou bouchés en fonction de l’activation. La faulde était protégée du vent par de grands cadres recouverts de paille ou de sacs : les paillassons.

Le quatrième jour, le feu était cuit et les charbonniers veillaient à ce qu’il n’y ait aucune « feuwette » jusqu’au complet refroidissement. la tête centrale annonçait la qualité du charbon de bois : si elle était trop grosse, le feu avait été trop vite et le charbon serait de moindre qualité.

Une fois la faulde refroidie, les morceaux de bois du pied (piétons) étaient enlevés, la butte peignée et frappée à l’aide d’un râteau à tête large (buchwè) de manière à l’égaliser. Une fois la poussière enlevée, le charbon était prêt à être tiré.

 

EXTINCTION DES FEUX

Comme on peut s’en douter, la confection de savants barbecues dominicaux ne constitua longtemps qu’une partie très anecdotique de l’utilisation du charbon de bois. Celui-ci servait surtout pour la cuisine, le repassage (dans ce type de fer à repasser à couvercle que l’on retrouve encore quelquefois sur les brocantes), le zingage et l’usinage du cuivre.

 

Meule de charbon de bois

La meule est terminée, on va pouvoir la couvrir de terre et y bouter un feu doux. Et puis, l’homme de droite pourra allumer sa pipe 🙂

 

Après la guerre de 14-18, l’électricité et le gaz ont commencé à le supplanter. Et si la guerre suivante rendit un peu d’air aux charbonniers, ce ne fut que de manière très provisoire : le progrès technique a mis petit à petit un terme à cette activité comme à tant d’autres.

Aujourd’hui, ce sont des fours industriels qui produisent le charbon de bois. La masse y a gagné, mais ce fut au détriment de la qualité.

Au détriment d’un type bien particulier de forestier, aussi. Restent quelques sites remarquables par la persistance des traces, quelques reconstitutions plus ou moins heureuses, et, surtout, une légende.

Rencontrant naguère un vieux paysan, je lui demandai ce qu’il pensait de l’évolution des métiers de la terre. La réponse fut sans équivoque : « Plus dur, ça oui. Plus physique. Mais il y avait tout le temps du monde dans la campagne et dans les bois. On s’entraidait, on causait, et ça t’obligeait à réfléchir avant de te mettre en brouille avec quelqu’un. Et puis, surtout, on avait le temps : tu ne savais pas aller plus vite que les saisons, ou que ton cheval. Aujourd’hui, tu ne vois plus grand monde et quand tu vois quelqu’un c’est en coup de vent, à travers une cabine de machine ».

Nostalgie ? Chaque époque a les siennes. Mais il est clair que la mécanisation – contrairement à sa vocation première – ne libère que très relativement les individus. Et qu’elle tue les personnages. Le charbonnier en était un, de fameuse stature.

 

Ecrit par :Patrick Germain 11-11-2008
Source :« En Fagne et Thiérarche » – T 11 – 1970 – Cercle d’histoire régionale de Presgaux.
La photo de l’entête appartient à la collection personelle de Mr Lemaire de Stavelot. L’origine des autres photos est inconnue.

 

Agapit Delmont, le dernier faudeu

 

Agapit Delmont, le dernier faudeu

Agapit, fut très certainement le dernier charbonnier d’Ardenne à produire le charbon de bois de façon artisanale. Il vécut dans les bois des Hauts-Buttés en Ardenne française jusqu’en 1979.

Voyez un reportage de 35 minutes diffusé sur la RTBF en 1978 :

https://www.sonuma.be/archive/chants-de-la-foret-d_ardenne-du-13011979

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Le monument Nicolas Pietkin à Sourbrodt

Le monument Nicolas Pietkin à Sourbrodt

Le monument Nicolas Pietkin à Sourbrodt

Toute langue par ses concepts, ses intonations etc, influence nécessairement le mental de celui qui, bon gré mal gré, la pratique. C’est donc, aussi, un outil politique. En 1876 Bismarck l’a très bien compris, promulguant un « Kulturkampf » auquel un prêtre fagnard va apporter son grain de quartzite. À la rencontre de Nicolas Pietkin.

Un prêtre contre le Kulturkampf

Né à Malmédy le 6 décembre 1849, Nicolas Pietkin fait ses humanités aux collèges de Malmédy et de Neuss, avant d’entreprendre des études de philosophie et de théologie à Bonn. Ordonné prêtre à Cologne le 24 août 1875, il ne supporte pas les contraintes linguistiques imposées à l’avènement de Bismarck : en 1876, entérinant un « Kulturkampf » (combat culturel) amorcé dès 1862, l’allemand devient en effet la seule langue administrative en terre d’Empire, où s’inscrit l’Est de la Belgique actuelle. Enseignement et religion ne tarderont pas à subir le même diktat. C’en est trop pour ce jeune prêtre indéfectiblement attaché à la tradition latine, qui choisit l’exil.

En 1879 toutefois, il se plie au mandement de l’évêque d’Aix-la-Chapelle et va seconder le curé de Sourbrodt, avant de devenir administrateur de la paroisse, puis titulaire de celle-ci en 1881. Persistant dans son opposition au Kulturkampf, il n’hésite pas à s’adresser en wallon à ses paroissiens, et privilégie le catéchisme l’évêché de Liège au détriment de celui l’état prussien. Manière comme une autre de donner des leçons de français aux jeunes, qui en sont désormais dépourvus à l’école. Mais s’il en combat la politique culturelle, Pietkin n’en reste pas moins fidèle à l’Empire allemand jusqu’en 1914.

 

La louve romaine du monument Pietkin

Au sommet du monument se trouve un bronze représentant la louve romaine allaitant Romulus et Remus, symbole de la civilisation romaine et latine.

 

 

Un monument détruit par les nazi en 1940

Arrêté et gardé comme otage plusieurs jours durant, le curé de Sourbrodt prend alors pleinement conscience des finalités du Kulturkampf. C’est désormais un homme déçu – et souffrant – qui va s’efforcer de poursuivre sa mission auprès des familles éprouvées par la guerre, sans distinction d’ordre linguistique.

Après avoir vu avec soulagement l’ancienne Kreis prussienne d’Eupen-Malmédy rattachée à la Belgique en 1919, au titre de dommages de guerre, l’abbé Pietkin est décoré de la Médaille de l’Ordre de la Couronne en 1920. Il meurt à Malmédy un an plus tard, le 9 janvier 1921, et c’est toute une région qui lui rend hommage lors de funérailles impressionnantes.
Homme de conviction, Nicolas Pietkin s’est par ailleurs distingué à travers de nombreux travaux et publications philosophiques ou scientifiques. Musicologue et poète à ses heures, on doit également à ce Fagnard acharné plusieurs études et actions au bénéfice de la région. Il fera entre autres analyser les eaux ferrugineuses du « pouhon « qui porte aujourd’hui son nom, étudiera les vertus des plantes et sera l’un des sauveteurs du Boultè (un monument des Hautes-Fagnes).

Trois années après l’armistice, l’Assemblée wallonne, sous la plume de Remouchamps, invite toutes les communes wallonnes à fêter la Wallonie le 25 septembre 1921. Ce jour-là correspond à la Journée du drapeau malmédien, manifestation organisée en faveur d’un rattachement de Malmédy à la Belgique. Le secrétaire général de l’Assemblée wallonne invite alors chaque commune à arborer au minimum le drapeau wallon et le drapeau malmédien. Celui-ci sera mis en vente et le fruit de celle-ci devra permettre d’ériger un monument en hommage à Nicolas Pietkin.

C’est chose faite le 3 octobre 1926. Mais l’édifice est détruit en 1940, lors de l’annexion au Reich nazi. Reconstruit en 1956 par le sculpteur Maréchal, d’après les plans de l’architecte Gérard, il trône encore au carrefour des routes d’Ovifat et Elsenborn. Le bas-relief en bronze est celui d’origine, coulé par Georges Petit en 1925.

 

 

Portrait de Nicolas Pietkin

Le médaillon en bronze, de 1,2 mètre de diamètre est celui d’origine, coulé par Georges Petit en 1925.

Description du monument Pietkin.

Le Général Baron Baltia fut désigné gouverneur de la région Eupen-Malmedy au mois d’Octobre 1919, à la suite du traité de Versailles qui redessinait la carte européenne après la défaite de l’Allemagne en 1918.

Un timbre à l'effigie de Nicolas Pietkin - 1961

La nation lui rendit hommage une nouvelle fois à l’occasion de l’émission d’un timbre poste en 1961.

Patrick Germain – 2007
  Source : « Guide de la Fagne » – A.J. Freyens 
Photos : Mediardenne – 2020

Sourbrodt

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Le sorbier des oiseleurs

Le sorbier des oiseleurs

Le sorbier des oiseleurs

Le sorbier des oiseleurs

 

De tous les arbres du genre « sorbus », le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) est certainement un des plus présent en Ardenne(s), et certainement le plus apte à se développer dans les landes et les forêts locales. C’est un arbre un peu timide et sans prétention, il se montre discret, sauf lors des années de forte fructification ; alors, ses baies rouges éclatent en feu d’artifice aux yeux des promeneurs.

 

Le régal des oiseaux

 

Répondons immédiatement à la question principale : pourquoi « des oiseleurs ? ».
En été, le sorbier se distingue par ses fruits que sont les petites baies rouges qui crèvent parfois le vert forestier ou le bleu du ciel. Ces baies qui peuvent persister jusqu’aux gelées de l’hiver ont un grand pouvoir attractif sur différentes espèces d’oiseaux, principalement à l’occasion de leurs longues migrations. Parmi ces espèces, les grives qui traversent nos régions par centaines de milliers dès septembre pour rejoindre leurs quartiers d’hiver. Dans le passé, les grives étaient très prisées par les tendeurs pour leur goût délicat au palais des gourmets. Les baies de sorbier constituaient donc l’appât idéal pour les tendeurs aux grives qui utilisaient des collets (appelés aussi des lacets) pour capturer cruellement ces oiseaux par étranglement. Comme c’est sympathique ! La tenderie aux grives est désormais interdite en Belgique mais une pratique encore plus inhumaine, la chasse à la glu, se perpétue hélas encore en France au nom de la tradition. Nous vous laissons le soin de juger le bien-fondé de l’argument.
Un commerce de baies s‘était d’ailleurs développé à l’usage des tendeurs. Un commerce suffisamment florissant pour que le gouvernement prussien, qui au 19 ème siècle occupait les régions à l’est de Malmedy, encourage la plantation de sorbiers le long des routes afin de tirer un revenu de la vente des baies.

 

 

Un grive dans son garde-manger de baies de sorbier

Les baies de sorbier persistent longtemps après fructification, une aubaine pour les grives. Photo de Harry Mardulyn.

 

Le merle au sorbier

Une aubaine pour les grives,… et pour les merles. « Faute de grive, on photographie des merles », c’est bien connu – Photo de Harry Mardulyn.

 

 

 

… et le régal des abeilles

 

Le sorbier est également un arbre mellifère, il attire volontiers les abeilles et autres insectes qui participent à la pollinisation des plantes. Ces visiteurs sont bien-entendu suivis par d’autres oiseaux qui s’intéressent plus à la chasse aux insectes qu’à la consommation des baies.
Par ses propriétés favorisant la biodiversité, le sorbier est remonté dans l’estime de l’administration forestière qui en a longtemps négligé la culture.

 

 

 

Sorbier et gelées

Les baies de sorbier résistent bien aux gelées hivernales

 

 

Le bois du sorbier

 

Le sorbier est plutôt considéré comme un grand arbuste, une hauteur de dix à quinze mètres est la hauteur de maturité. Il aime la lumière pour se développer, c’est la raison pour laquelle on le trouve souvent en lisière de parcelle forestière, dans les landes et les fagnes ou encore comme recru naturel sur les parcelles d’épicéa exploitées en mise à blanc (parcelles où tous les arbres sont abattus en une fois lorsqu’ils sont arrivés à maturité commerciale). Son bois est peu valorisé, pourtant il n’est pas dépourvu de qualités. Par sa dureté et sa compacité, avec un aubier légèrement rougeâtre et un cœur brun plus sombre il est apprécié en sculpture. Il pouvait être également utilisé pour fabriquer des engrenages et des moyeux de roues en bois, à condition de trouver des arbres d’un diamètre suffisant. Sa texture douce au toucher en fait un matériau idéal pour les outils en bois ; enfin, c’est dans la fabrication d’instruments de musique qu’il est encore souvent utilisé.

 

Un sorbier vénérable

Qui a dit que les sorbiers n’étaient pas longévifs ? Voici un vieux spécimen dans la région de Lierneux. Vu son âge, il y a fort à parier que son tronc est creux

 

Le sorbier à la cuisine et dans la pharmacie

Si les baies de sorbier sont un régal pour les grives, les gouter crues ne nous fera pas chanter de joie comme la grive musicienne; ce n’est pas très bon. Ce n’est pas non plus un poison violent, un enfant ne courra pas grand risque à en ingérer quelques-unes, un effet laxatif apprendra aux gamins qu’il vaut mieux cueillir des myrtilles. Cependant, une ingestion en grande quantité pourrait provoquer une détresse respiratoire. Le risque est toutefois limité puisque manger les fruits n’est pas du tout agréable.
Ce sont surtout les fruits des cousins du « sorbier aux grives », les cormiers et autres alisiers, qui peuvent être utilisés cuits en compotes ou marmelades, mais ce n’est pas très courant. La cuisson rend inoffensive l’action des légers poisons qui causent les effets décrits plus haut.

 

Baies et feuilles de sorbier des grives

Baies et feuilles de sorbier des oiseleurs. Les feuilles sont dites pennées. Elles sont composées de 10-15 folioles finement dentées jusqu’à la base.

Les peûs d’havurna, les peûs d’tchampinne

En Belgique, la tenderie spécifique aux grives est interdite depuis les années ’60. En 1993, l’interdiction de la capture s’est étendue à toutes les espèces d’oiseaux migrateurs, par quelque technique que ce soit.
Jusqu’alors, la tenderie était un loisir de petites gens. Les bourgeois chassaient, les ouvriers tendaient.
C’est de cette époque, celle où papa tendait le dimanche, que m’est restée dans l’oreille la formule des « peûs d’havurna », les pois de sorbier qui étaient toujours mis à sécher au grenier et utilisés pour attirer les oiseaux. Pauvres oiseaux.

La prise de conscience environnementale, les empoisonnements causés par les pesticides agricoles et les larges abus perpétrés par les braconniers ont amené à interdire la pratique.
Si la tenderie officielle est devenue prohibée en Ardenne belge et dans tout le pays, le braconnage subsiste. En 2018 encore, une saisie record de 670 oiseaux eut lieu en région verviétoise. Il existe encore de véritables réseaux organisés pour écouler les prises.

Tout ça est bien loin de la tenderie de Papa ou de mon vieux voisin décédé aujourd’hui, que je voyais de temps en temps revenir discrètement du bois avec une petite besace récupérée de l’armée américaine. Que pouvait-elle bien contenir ? Une grive ou deux et un « lacet » fait de crin de cheval, certainement. Mon vieux voisin est pardonné, il était de cette génération qui cultivait un autre rapport avec la nature. Autres temps, autres mœurs. C’est différent maintenant, et c’est bien ainsi.

 

Il est appelé  « Branzière » en Ardennes françaises et « Pêtchi » en wallon de Saint-Hubert.

François Rion – Mediardenne 2020

Sources et biblio :
2014 l’année du sorbier – SPW éditions
Arbres et arbustes de nos forêts – Vedel, Lange & Luzu – Editions Fernand Nathan
La flore médicale wallonne – Robert Boxus (1939)
Les plantes de la Wallonie malmédienne – Abbé Joseph Bastin (1939)

Merci à Harry Mardulyn pour les corrections, les conseils et les photos.

Voir la vidéo de Harry Mardulyn et Lohan Duchâteau : Les baies d’automne.

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Les grandes heures de Spa, histoire d’une ville d’eaux

Les grandes heures de Spa, histoire d’une ville d’eaux

Les grandes heures de Spa, histoire d’une ville d’eaux

Un très bon film historique sur Spa proposé par l’univeresité d’Evry ( Paris) sous la conduite du professeur Stéphane Blond.

Après un rappel historique sur Spa au 18ème siècle, le film suit une promenade virtuelle de plus de cinq kilomètres à travers l’environnement naturel de l’Ardenne belge avant le 20 ème siècle, avec pour étapes les sources et les fontaines !

Les objectifs scientifiques et historiques de ce projet portent sur l’analyse de l’exceptionnelle attractivité dont bénéficie la ville de Spa au cours du XVIIIe siècle. En effet, chaque année, la cité de la principauté de Liège accueillait des centaines de visiteurs provenant du continent européen, avec à la clé une croissance spectaculaire qui lui vaudra le surnom de « Café de l’Europe ».

Fondé sur l’analyse de nombreuses sources historiques, le travail de recherche et de restitution comprend plusieurs volets : un travail d’inventaire par l’accumulation de plusieurs centaines de documents de nature variée (ouvrages, gravures, plans, cartes, listes de visiteurs…) ; la réalisation d’une base de données iconographiques et textuelles; l’analyse comparée des documents ; la restitution en trois dimensions du centre de Spa et des huit sources et fontaines les plus fréquentées (le Pouhon de Spa, le Tonnelet, Nivezé, Watroz, la Sauvenière, Groesbeek, la Géronstère et Barisart).


La photo du titre représente le Pouhon Pierre le Grand vers 1900. L’illustration est issue de Wikipédia, cette image est disponible sur la Prints and Photographs division de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. Auteur inconnu.

 

Légende de la Fée de la Lienne

Légende de la Fée de la Lienne

Légende de la Fée de la Lienne

Deux chevaux : l’un est noir, l’autre blanc. La rêne les tient en avant. Qui tient la rêne, noir et blanc ? Et ces chevaux qui sont-ils donc ? Les lunes passent, passeront, tant se posera la question.
Les pierres s’en souviennent : en ces années vivait Rambert, un hobereau dont la motte castrale se dressait à Grimbiémont ; non loin d’une rivière dont on avait perdu le nom, mais dont les eaux cristallines n’en finissaient pas de subjuguer le modeste seigneur. Celui-ci, il est vrai – tout redoutable combattant qu’il fut – nourrissait un goût prononcé pour le beau. Esthète, érudit, poète à ses heures, s’il pratiquait la chasse c’était bien davantage pour se nourrir que par amour de l’acte, au contraire de ses turbulents voisins.

 

Ainsi l’aube venait-elle d’étaler ses brumes dans la vallée, ce jour-là, quand Rambert, au sortir d’un taillis, tomba nez à nez avec une biche magnifique. Celle-ci le regardait innocemment tandis qu’il bandait le puissant arc d’if, s’apprêtant à décocher un trait mortel. Mais le jeune homme n’alla pas au bout de son dessein : baissant son arme, il regarda l’animal s’en aller lentement vers la rivière, puis s’endormit au pied d’un bouleau dont le tronc tourmenté plongeait ses racines sous l’herbe tendre du printemps.

Son instinct de guerrier le fit sortir de sa torpeur : quelqu’un était là, tout près ! Les yeux mi-clos, le chevalier s’apprêtait au pire, laissant glisser sa main vers la dague qu’il portait à la ceinture, dans un geste de dormeur. S’il fallait vendre sa peau, ce serait au prix fort. Quelque chose, pourtant, lui disait qu’il n’avait rien à craindre. Mais allez donc savoir : deux chevaux. L’un est blanc, l’autre noir. Qui tient les rênes, s’il les tient ?

 

 

Le doute fut dissipé lorsque, prêt à toute éventualité, il ouvrit les yeux et se tourna vers la présence. Celle-ci, une jeune femme aux cheveux blonds ondulant en cascade jusqu’au creux de ses reins, d’une beauté irréelle, voilée à peine par un tissu léger où le soleil faisait chanter les pleins et les déliés, le regardait paisiblement. Et ces yeux ! Il les connaissait bien, ces yeux : ceux de la biche, tout à l’heure ! Une petite chèvre au poil doré se tenait aux côtés de cette apparition dont Rambert était certain qu’il ne l’avait jamais rencontrée sur ses terres, ni sur celles d’alentours.

Ils se regardèrent longuement, sans mot dire, avant que le jeune homme rompe enfin le silence : « Je suis Rambert, seigneur en ces terres, et vous, belle dame, qui êtes-vous ? » « Appelez-moi Lienne, gentil seigneur ». Un silence, encore. De ces silences habités où tout s’exprime sans un mot. Où tout peut – où tout doit – se décider, faute de passer à côté de l’un de ces rendez-vous que la vie place sur le parcours. Deux chevaux : l’un est blanc, l’autre noir. Leurs rênes sont à l’encolure : nul ne les tient, qui les prendra ?

« Je… », balbutia Rambert. « Vous ? » répondit la femme en souriant. « Je… Je ne sais quels mots… vous dire… ». « Alors, à moi donc », enchaîna la belle : « Je suis la fée de cette rivière. Et comme tu l’as deviné, j’étais dans le corps de la biche, tout à l’heure, que tu as épargnée. Tu ne me connais pas, mais moi je te connais. Peu importe comment, mais je te connais. Et te sais différent des autres hommes… Attends, laisse-moi achever » fit-elle, coupant tendrement la parole au jeune homme. « Je sais quel est ton voeu, et combien grande est mon envie d’y répondre. Mais tu dois savoir que cinq années seulement nous seront données, au bout desquelles je devrai te quitter pour rejoindre le royaume des dieux anciens. Dis-moi, à présent que tu sais, ce que ton cœur brûle de me dire. S’il le veut toujours ». Rambert ne dit mot : il s’approcha d’elle et l’étreignit.

 

 

Ils ne rentrèrent que quelques jours plus tard au château, où l’inquiétude suscitée par cette absence inhabituelle fit rapidement place à la liesse des épousailles auxquelles la petite chèvre au poil doré assista, sagement allongée aux pieds du couple.
Les mois, les années passèrent, durant lesquels le sombre donjon de Grimbiémont se transforma en bienheureux séjour couru par tout ce que l’Ardenne et les pays alentours comptaient de musiciens, de ménestrels, d’érudits. Grâce à la chèvre, dont il suffisait de tondre les poils d’or – car c’était bien de l’or – pour payer bâtisseurs, orfèvres et autres marchands d’étoffes exotiques, la maison de Grimbiémont devint prospère. Reconnaissant, Rambert la fit même figurer sur ses armoiries.
Les mois, les années passèrent. Deux chevaux : l’un est noir, l’autre blanc, la rêne les tient en avant. L’un des deux s’en ira pourtant, Rambert ne voyait que le blanc : les hommes font ainsi, souvent.
Vint le jour des adieux. Là même où ils s’étaient connus, Lienne et Rambert se rendirent, seuls. La fée, émue, posa un ultime baiser sur les lèvres de son bien-aimé, qui ne pouvait retenir ses larmes : « Tant de bonheur, Lienne… » Mais elle, déjà, se transformait en brume et disparaissait, laissant Rambert à son chagrin. Il rejoignit tristement le château ou les cabrioles de la chèvre d’or, que son amour avait laissée, ne parvenaient plus à le distraire. Ménestrels et montreurs d’ours se firent de plus en plus rares. Un vieil homme, borgne et manchot, était devenu la seule présence que Rambert tolérait lorsqu’il s’en allait, des heures durant, arpenter les berges de la rivière à laquelle il avait rendu le nom de celle qu’il espérait toujours retrouver : Lienne. Désespéré, il partit pour la croisade et se couvrit de gloire, faute d’y mourir comme il l’eût souhaité.

À son retour, il quitta Grimbiémont, qui s’enfonça dans les broussailles et, grâce aux poils de la chèvre d’or, fit construire un nouveau château à Grimbièville, quelques lieues plus loin. Peu après, il épousa Brunehilde, la fille d’un seigneur voisin. Très pieuse, celle-ci séjourna peu auprès de Rambert : cette chèvre d’or et les bruits qui courraient au sujet des amours de celui-ci avec une fée lui faisaient redouter ce séjour. Où elle ne se trouvait d’ailleurs que pour obéir à son père. Elle donna descendance à son époux, puis rejoint un cloître lointain selon son plus ardent désir. Le chevalier pour sa part, devenu Baron, vécut quelques années encore avant d’expirer dans les bras de son seul ami, le vieillard borgne et manchot, tandis que la chèvre d’or lui léchait le front. C’était, le croiriez-vous, en bord de Lienne ; et Rambert rendit l’âme dans un sourire tandis qu’ un voile de brume se posait sur la scène.

Longtemps encore, les sires de Grimbièville vécurent prospères grâce à la chèvre d’or. Mais la peste survint, qui fit des ravages, n’épargnant personne : le dernier descendant de Rambert et ses trois fils périrent dans d’atroces souffrances. Le château fut abandonné, et avec lui la chèvre de Lienne. Un soir, un terrible orage s’abattit sur les murs désertés, rendant la pierre à la pierre, le bois à la forêt qui avait envahi les essarts et jusqu’au parc du bâtiment. Dans un éclair, on vit la chèvre d’or s’élever dans les nuées, pour disparaître à jamais.

 

Voilà : l’histoire est dite. Ou presque. Car si, par bonheur, vos pas vous mènent en bords de Lienne par un beau matin d’été, quand la brume gorgée de soleil étend sa gaze sur les prés, il ne tiendra qu’à vous d’être attentifs pour apercevoir la fée qui, cinq années durant, fit le bonheur de Rambert sur cette terre. Avant de l’accueillir de l’autre côté du miroir, un matin qu’il partit aux Iles Bienheureuses.
Deux chevaux : l’un est noir, l’autre blanc. La rêne les tient en avant. Qui tient la rêne, noir et blanc ? Vous la voulez ? Je vous la tends. Passe passant les fils d’argent, rênes des rêves et du temps : qui les a faites nous attend.

Ecrit par : Adaptation libre de Patrick Germain 24-10-2007
À la mémoire de mon père, François Germain.

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Reinhardstein vu du ciel

Reinhardstein vu du ciel

Reinhardstein vu du ciel

Construit au pied des Hautes Fagnes à partir de 1354  par Renaud de Waimes, Reinhardstein devient la propriété de la famille Nassau-Metternich jusqu’à la révolution française. Progressivement laissée à l’abandon, la propriété se dégrade au fil du temps. Ce n’est qu’en 1965 que le Professeur Overloop tombe amoureux des ruines ; il acquiert la propriété et la restaure.

Aujourd’hui géré par l’asbl Reinhardstein, le château est devenu un musée ainsi qu’un lieu d’exposition.

http://www.reinhardstein.net/fr/

 

La vidéo est de LZ créations

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La bataille des Ardennes | Vidéo | Documentaire 50 min.

La bataille des Ardennes | Vidéo | Documentaire 50 min.

La bataille des Ardennes | Vidéo | Documentaire 50 min.

16 décembre 1944, Hitler lance sa dernière grande offensive. Son objectif : stopper les Alliés qui avancent par l’ouest vers l’Allemagne.

La bataille des Ardennes qui se joua en 6 semaines du 16 décembre 1944 au 26 janvier 1945 est un résumé parfait de ce qui s’est déroulé au cours de la seconde guerre mondiale. Une attaque éclair imprévisible, de type Blitzkrieg, une percée spectaculaire, un écrasement des divisions adverses puis l’organisation d’une défense et d’une contre-attaque alliée et finalement la défaite des armées de Von Rundstedt nommé par Hitler pour diriger cette opération de grande envergure. Dans cette vidéo aux images d’archives et aux explications stratégiques illustrées, viennent s’ajouter nombre d’événements surprenants et d’anecdotes parfois drôles qui mettent en scène Eisenhower, Bradley, Patton, Skorzeny et ses commandos, le Général Mc Auliffe et sa célèbre réponse  » Nuts !  » (des clous !) aux propositions de reddition à Bastogne.

 


 

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Le mémorial du Mardasson | Bastogne

Le mémorial du Mardasson | Bastogne

Le mémorial du Mardasson | Bastogne

C’est en 1950 que fut inauguré l’un des monuments les plus connus d’Ardenne : le Mardasson. Érigé en l’honneur des soldats américains tombés en Belgique durant toute la seconde guerre mondiale, il est généralement associé à la bataille « du saillant » dans la mémoire collective. Et pour cause : les pertes en vies humaines y furent plus importantes que durant les combats du débarquement en Normandie.

Le fait, tout déplorable soit-il, mérite d’être rappelé : les combats de l’Offensive des Ardennes furent les plus meurtriers qui se soient déroulés sur le front occidental durant la seconde guerre mondiale. Dans le triangle Elsenborn – Echternacht – Celles, les historiens militaires s’accordent généralement sur les chiffres, côté américain, de 8.607 tués, 21.144 disparus et 47.139 blessés.

Le Mémorial du Mardasson représente l’hommage du peuple belge à la nation américaine à travers celui rendu aux combattants tombés sur son sol. Sa réalisation est due à une initiative de l’ « Association Belgo-Américaine », groupement constitué en 1945 et comprenant diverses personnalités belges désireuses de perpétuer le souvenir.

Bastogne fut choisie pour ériger ce mémorial du souvenir, parce que l’effort américain y fut le plus décisif. Pour les Américains, Bastogne symbolise leur esprit légendaire de résistance, mais aussi leur sens de la contre-attaque victorieuse.

Le 4 juillet 1946, là où allait se trouver le point central du Mémorial, un peu de terre était prélevée et déposée dans un coffret, bientôt scellé en présence de l’ambassadeur des USA et expédié par avion spécial vers Washington. Une délégation belge, conduite par le ministre de la Défense Nationale, remit ce coffret sacré au président des États-Unis d’ Amérique, Harry Truman.

 

 

 


C’est au-dessus de ce point central que se trouvera la dalle en pierre du pays, portant l’inscription:
LIBERATORIBUS AMERICANIS
POPULUS BELGICUS MEMOR
4. VII. MCMXLVI
(Le peuple belge se souvient de ses libérateurs américains – 4 juillet 1946)

Le monument fut inauguré le 16 juillet 1950, en présence des plus hautes autorités belges et américaines; des délégations anglaise, française, hollandaise et luxembourgeoise renforçaient le caractère international de l’événement. Les associations de vétérans étaient évidemment du nombre. Sans oublier l’architecte, lauréat d’un concours de projets, Monsieur Georges Dedoyard et l’entrepreneur Monsieur Félicien Calay. Dans les fondations se trouve, scellé, un parchemin signé par différentes personnalités belges et américaines.

 

L’étoile à cinq branches

Le Mémorial affecte la forme de l’étoile de la Libération, à cinq branches dont chacune mesure 31m de longueur. Le diamètre de l’atrium central est de 20m et s’élève jusqu’à 12m; le sommet de l’édifice est parcouru par une galerie circulaire conduisant aux tables d’orientation, une par branche de l’étoile.

 

 

 

Sur la couronne figurent les noms des 48 États constituant les USA de l’époque. A l’extérieur également, les badges des différentes grandes unités ayant participé à la bataille du Saillant. Sur les parois internes, le déroulement de cette bataille est expliqué en langue anglaise et en dix tableaux.

 

 La crypte dédiée aux héros

 

 

 

Une crypte fut également creusée dans la roche; elle rappelle le sacrifice de 76.890 héros américains tués, blessés ou disparus dans cette bataille.

 

 

 

Trois autels sont consacrés respectivement aux cultes catholique, protestant et juif. Les mosaïques aux couleurs chatoyantes sont de l’artiste français Fernand Léger.

Tout proche, le Bastogne War muséum accueille les visiteurs désireux d’en savoir davantage sur les combats meurtriers qui se déroulèrent en Ardenne durant le terrible hiver 44-45.

 

Ecrit par : Patrick Germain 07-11-2007


 

Où est Bastogne

Bastogne

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Le Mardasson

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La Baraque de Fraiture

La Baraque de Fraiture

En d’autres lieux, on aurait certainement baptisé l’endroit : le Col de la Baraque de Fraiture. Parce que le site culmine à 652 mètres d’altitude, il est ainsi la deuxième « montagne »  de Belgique après le plateau des Hautes-fagnes englobant la Baraque Michel et le signal de Botrange et la « Weisser Stein » de Bullange.

 

La « Fagne de Bihain » illustre bien le cadre désolé de l’endroit avant que les routes ne traversent la région.

 

Il paraitra sans doute prétentieux de parler de montagne, mais il est un fait que la flore naturelle du plateau des Tailles qui entoure le carrefour de la Baraque est comparable aux plantes de montagne, et même de montagne nordique. La linaigrette par exemple qu’on retrouve également en Hautes-Fagnes. Avant l’introduction massive de l’épicéa en Haute Ardenne, le paysage la plupart du temps les pieds dans l’eau et la tête dans le brouillard, se montrait fort inhospitalier. Les landes désertiques couvertes de bruyères, n’étaient parcourues que par les sangliers, quelques  loups, les réfractaires fuyants les conscriptions napoléoniennes ou quelques intrépides marchands que leurs affaires obligeaient à passer par là.

En 1838 seulement, les routes se dessinèrent plus précises, de Liège vers Bastogne et de La Roche vers Vielsalm et la Prusse. Un habitant du village de Fraiture – un malin ce Pierre-Antoine Molhan – bâtit au croisement des routes une masure en argile et torchis où ne tardèrent pas à s’arrêter les voyageurs. Le malin Molhan avait bien compris l’importance stratégique de l’endroit ; d’où qu’on vienne, il fallait grimper longtemps pour arriver au croisement, c’était assurément là qu’il fallait offrir boissons et collations aux bêtes comme aux gens. Bien vu Pierre-Antoine !

Molhan fit fortune, aménagea de mieux en mieux sa bicoque de paille pour la transformer en un solide bâtiment en pierres qui résistait sans trop se plaindre au climat de l’endroit. Le bâtiment existe toujours aujourd’hui ;  Molhan n’y est plus mais les voyageurs sont toujours soulagés de trouver boissons et bon repas à l’Auberge du Carrefour.

 

Une vue des nombreuses apparences subies par la Baraque de Molhan. Cette « version » de l’édifice fut détruite durant la guerre 40’/45′

 

Le Major Parker et la Bataille des Ardennes

Molhan avait pressenti l’importance stratégique du carrefour, il ne fut pas le seul.

Le 19 décembre 1944, cela fait trois jours que l’armée allemande a lancé la contre-attaque. Se repliant de l’Eiffel en passant par Salmchâteau, le major  Arthur Parker et la centaine d’hommes qui lui reste passe au Carrefour de la Baraque de Fraiture. Il y a là un incessant balai de transports de troupes et de matériel américains allant dans tous les sens ; ceux qui se replient, ceux qui vont renforcer les positions et certainement, ceux qui ne savent pas où aller. Le carrefour routier est un passage obligé, impossible de le contourner vu l’état impraticable du terrain sur un large périmètre autour du site.

Parker l’a bien compris : c’est aussi par là que les troupes allemandes devront passer. Jusqu’au 23 décembre Parker (qui fut blessé) et ses hommes tiendront tête aux Panzers allemands. Ils retarderont considérablement la percée nazie.

En 1994 un monument fut inauguré à la mémoire du courage de la troupe « Parker ». Un canon Howitzer 105 mm identique à ceux dont disposait Parker fut amené des Etats-Unis. Pour les américains, le carrefour de la Baraque est connu sous le nom de Carrefour Parker.

 

Canon Howitzer

Le canon Howitzer datant de 1941. L’aire du Souvenir sur laquelle il prend place est dédiée « aux Etats-Unis d’Amérique et à ses valeureux combattants », comme le dit la plaque commémorative.

Promenades et ski

 

Un bel enneigement permet la pratique du ski de fond, mais aussi du ski alpin et de la luge

 

Plusieurs établissements, offrant un large choix de restauration, sont venus s’ajouter depuis à l’Auberge du Carrefour dont l’enseigne voisine avec des aménagements dignes d’une fréquentation croissante.

L’or blanc n’y est pas étranger. Chaque années des milliers de visiteurs fréquentent les pistes de ski alpin qui, longues de 300, 700 et 1.000 mètres, sont équipées de remonte-pentes, éclairées à la nuit tombée, et complétées par une piste de luge. L’enneigement voulu y règne en moyenne 20 jours par an, et bien davantage pour les skieurs de fond qui trouveront sans peine des pistes balisées dans toute la région. Une autre piste de ski alpin est également accessible à Lierneux.

Qu’il neige ou qu’il fasse plein soleil, la Baraque de Fraiture constitue un point de départ idéal pour rayonner à-travers une région qui fait la part belle au tourisme familial. Des animations les plus connues aux vallées les plus secrètes, rien n’est jamais bien loin de ce carrefour qui ne ressemble à aucun autre.

 

Un site en altitude offre évidemment des points de vue d’une très grande beauté,… par temps clair.


Sources : Vieilles images sur toits de cherbins – Robert Nizet – 1986

Le CRIBA – Centre de Recherches et d’Informations sur la Bataille des Ardennes


La Baraque de Fraiture vue du ciel

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Où est la Baraque de Fraiture

Baraque de Fraiture

Les Pieds verts

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Balades à proximité de la Baraque de Fraiture

Burtonville (Vielsalm) : Les bords de la forêt.

Burtonville (Vielsalm) : Les bords de la forêt.

Burtonville (Vielsalm) : Les bords de la forêt.

Flanqué en lisière de la forêt domaniale du Grand-Bois, le village compte une soixantaine de « feux ». C’est sans doute parce qu’il était à l’écart des voies de communication de grande et moyenne importance et par sa proximité avec la forêt que ses habitants ont hérité du sobriquet de « Leus » (les loups en wallon).

Nous avons deux excellentes raisons de vous présenter Burtonville. D’abord parce que c’est un très charmant village, ensuite  parce que c’est là que siège MediArdenne.

Il faut attendre1574, pour trouver la première mention de Burtonville. Et le dénombrement de 1575 pour en obtenir la première description : «Burtonville, qui sont maisons nouvellement érigées»… disent les registres dans le langage de l’époque. Ces faits, nous dit Gaston Remacle, portent à admettre que la localité est née dans la deuxième moitié du XVIème siècle.

 

 

Cette imposant bâtiment blanc à l’est du village abritait naguère les douaniers qui gardaient la frontière prussienne toute proche.

 

 

Burtonville serait, semble-t-il, le « village de Burton ». Ce dernier terme sera repris, à la fin du XVIème siècle, comme surnom de «Jehan marteau dicte Burthon», habitant et originaire de l’endroit, et souche de la famille Burton, de Burtonville. Ne faut-il pas y voir une déformation de « Breton » ? Nationalité de l’un des tout premiers habitants de la localité ? C’est ce que semble penser Remacle.
L’extrémité du village, côté Est, compte des maisons fort anciennes, situées au carrefour de deux voies dont l’origine se perd dans la nuit des temps, d’une source où abonde une eau de qualité, et d’un ruisselet issu de Laguespré. La logique tend à faire de ce quartier le plus ancien de Burtonville. Aujourd’hui, le ruisselet est capté et le Laguespré alimente en eau, non seulement le village, mais une bonne partie du centre de la commune.

Ce qui n’empêche nullement les autres parties de la localité de présenter de forts beaux exemplaires de patrimoine bâti régional, où la pierre d’arkose prédomine. Judicieusement restaurées, en activité ou à la retraite, toutes ces constructions témoignent du laborieux passé agricole du village.

 

 

Une restauration dans l’esprit du lieu. Les ardoises découpées en rond sont clouées sur l’extrémité des poutres portant le toit. Le bois est ainsi protégé de la pluie.

La chapelle Saint-Fiacre

Et, pour une fois, l’église est loin d’être au milieu du village.
Elle est toute petite, mais tellement jolie. Bâtie en pierres d’arkose elle aussi, avec des encadrements de fenêtres et du porche en pierre blanche de France et bien-entendu un toit en ardoises. Son architecture dégage de belles proportions, tandis que le ciselage des encadrements fait preuve de finesse et de modestie à la fois.

Elle fut inaugurée en 1880, sur l’emplacement d’une précédente chapelle bien plus modeste encore.

A peine fut-elle terminée qu’une anecdote la priva du vicaire qui avait lui-même initié la construction de l’édifice.

Nous sommes à la Saint-Isidore, une soirée dansante et un cabaret s’étaient organisés dans une grange à deux pas de la chapelle. Le vicaire Raskin  – puisqu’il s’agit de lui – était très strict sur la conduite à tenir par ses ouailles. Il se posta donc pour observer qui s’adonnait à ces festivités fort peu chrétiennes, et le dimanche suivant lors de la messe matinale, il enguirlanda et montra du doigt ces jeunes fêtards qu’il considérait comme dépravés.

Cela ne plut évidemment pas du tout à la jeunesse, dès les vêpres (la messe du soir) du même dimanche, ils menèrent un tel chahut, menaçant le prêtre que celui-ci dut interrompre l’office et décamper. Un des frondeurs aurait, dit-on, commis le sacrilège de cracher sur l’Autel.

Informé des faits, l’évêché prit la décision de déplacer le vicaire et de priver le village de la parole divine. Ce n’est que trente ans plus tard, en 1910 qu’un nouveau prêtre prit ses quartiers à Burtonville.

Aujourd’hui, une seule messe est encore célébrée dans l’année, appelée la « messe des morts », elle a lieu le lundi de la fête du village (la Saint-Fiacre), le premier lundi de septembre.

 

La chapelle Saint-Fiacre.

La chapelle Saint-Fiacre.

 

Le porche de la chapelle Saint-Fiacre

L’encadrement du porche, comme ceux des fenêtres sont en pierre de France et sculptés sans prétention mais avec très bon goût.

 

La bataille.

Comme tant d’autres villages ardennais, Burtonville fut ravagé lors de l’Offensive des Ardennes. Dès le début de la contre-attaque allemande (le 16 décembre 1944), le bruit des canons se fit entendre au loin ; jusqu’au 18 janvier 1945, date à laquelle les GI’s libérèrent définitivement le village. Plusieurs bâtiments furent atteints ou détruits, ainsi la ferme qui abrite aujourd’hui MediArdenne fut-elle entièrement rasée par un incendie et le cheptel périt dans les flammes. Les victimes civiles furent nombreuses dans tout le village, huit personnes seront atteintes par des obus ou fusillés sur les chemins et les ruelles. Le curé d’alors fut attaché à l’extérieur et abandonné au gel de l’hiver, il en mourut. Sa servante, choquée et probablement maltraitée le suivit rapidement.

 

 

La ferme incendiée

Celle que les voisins appelaient « la grosse ferme » ou « la ferme Lambert » fut incendiée volontairement par les soldats américains. Ils ignoraient que plus de 60 personnes civiles étaient réfugiées dans les caves. Tous les civils ont pu se sauver dans d’autres caves du village avant que les américains ne lancent l’attaque pour la reprise du village. C’est pour éclairer la scène d’action qu’ils avaient tiré des balles incendiaires vers le bâtiment.

 

La ferme rénovée

On distingue encore nettement le sous-bassement à partir duquel le bâtiment à été reconstruit.

 

En 2005, lors du centenaire de la fondation du comité des fêtes du village – qui porte toujours le même nom : l’Aurore – les habitants érigèrent un monument à la mémoire des victimes civiles et militaires tombées sur le territoire de Burtonville. Comme il se doit, le monument est constitué d’un piétement en pierres maçonnées et d’un énorme bloc d’arkoze. Sur celui-ci sont apposés les noms des habitants disparus ainsi qu’un hommage au soldats de la 75e division US qui libéra le village.

 

En 2015, le village participa activement aux commémorations du 70éme anniversaire de la Bataille des Ardennes qui eurent lieu à travers toute la région. De nombreuses personnes présentent à Burtonville durant ces événements tragiques avaient répondu à l’appel.


Téléchargez la brochure éditée lors des commémorations de l’Offensive en 2015

burtonville-brochure-commemoration-2015


La proximité de la forêt

 

 

Influencés par le cadre forestier qui baigne le village, de 1996 à 2006, les habitants organisèrent chaque année un concours de débardage au cheval. Dans une série d’épreuves d’adresse et de puissance, les concurrents reproduisaient le quotidien du couple homme-cheval qui sont chargés d’extraire de la forêt les grumes abattues par les bûcherons.

Près d’un siècle plus tôt, les agriculteurs s’étaient déjà réunis pour former une coopérative agricole, la bien nommée : « Les Bords de la Forêt. »

 

Dans les années ’70, l’agriculture était encore une activité familiale paisible. Les cruches à lait attendent l’heure de la traite. A coup sûr, le lait sera gardé au frais.


Fr Rion – 2017

Sources :
Vielsalm et ses environs – Gaston Remacle – Commune Vielsalm – 1957
Burtonville autrefois – Marcel Dewalque
… et le fait de se réveiller et de s’endormir tous les jours dans ce beau village…

 


Où est Burtonville

Burtonville

Burtonville

Burtonville

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Le genêt à balais, un colon ardennais

Le genêt à balais, un colon ardennais

Le genêt à balais, un colon ardennais

Le genêt à balais, un colon ardennais

Végétal du printemps, la floraison du rude genêt à balais parsème d’éclats jaunes plus ou moins étendus l’émeraude dominant les paysages d’Ardenne. Allons à sa rencontre.

Peut-on trouver végétal plus emblématique du printemps ardennais que le genêt à balais ? Il était naguère impensable, pour un visiteur s’en retournant vers les basses-terres, de ne point adorner la calandre de son automobile de quelques branches fleuries attestant son passage en Ardenne. La mode a passé avec celle des belles carrosseries dont les chromes rutilants faisaient la joie des petits et des grands.

 


Une pratique qui a disparu : décorer les pare-chocs des voitures d’un bouquet de genêts fraîchement cueilli.

 

Ceci dit, je ne surprendrai pas grand monde en énonçant que ledit genêt doit son qualificatif à l’intervention de ses rameaux séchés dans la confection des ramons (ou balais, en français commun) spécialisation qu’il partageait avec les ramilles de bouleau.
Moins nombreux sans doute sont ceux qui conservent le souvenir des abris recouverts de genêts, qu’un art consommé de l’agencement rendait  imperméables aux intempéries. Il en est encore, çà et là, mais le tour de main se perd et c’est ma foi bien regrettable.

Pour le reste, ce rude gaillard fait partie des colonisateurs-nés s’emparant allègrement des friches, essarts et autres bords de chemins auquel il apporte un son et lumière estival du meilleur aloi. Occupation des sols oblige, ces refuges deviennent moins courants et le genêt avec eux, dont le claquement des gousses fait partie des ambiances estivales au même titre que le froissement des sauterelles dans l’air brûlant chargé d’odeurs.
Il atteint une hauteur de 1 à 3 mètres, rarement davantage. Le diamètre des branches maîtresses peut atteindre de 5 à 10 centimètres, elles se ramifient d’abondance et portent de petites feuilles caduques tandis que la floraison s’étend de mai à juin.

 

D’un jaune presque aveuglant.

 

Côté médicinal, on lui reconnaît depuis toujours une efficace action tonicardiaque. Cette propriété a été confirmée depuis qu’on en retire la spartéine, alcaloïde fort précieux. C’est aussi un excellent diurétique permettant l’élimination des chlorures et on en recommande l’emploi contre la goutte, les rhumatismes, l’hydropisie ainsi que dans les affections pulmonaires comme les pleurésies et la pneumonie et enfin pour élever la tension artérielle trop basse.
Complet et utile, sans doute, mais à n’utiliser qu’avec précautions : la cytisine et la spartéines sont toxique pour l’homme même si le bétail s’en accommode très bien.

 

Il colonise volontiers les espaces déboisés. Ici, sur les hauteurs de La Gleize en montant vers Spa.

 

Et enfin, faut-il estimer rassurant, à l’heure où la chasse aux essences exogènes envahissantes sévit en Ardenne, de savoir que notre cher genêt à balais est considéré comme une vraie peste en Californie et en Nouvelle-Zélande ? Après tout, pour peu que l’on se penche sur les multiples disséminations végétales et animales consécutives aux croisades, par exemple, l’actuelle extension des berces du Caucase et autre balsamine de l’Himalaya n’a rien d’exceptionnel.

Patrick Germain

Le genêt et le bétail

Bien avant que les animaux d’élevage ne passent l’hiver dans des étables équipées de citerne à lisier directement sous les bêtes, la paille était rare en Ardenne. L’agriculteur offrait  un peu de confort à ses bêtes avec ce qu’il trouvait sur place, les fougères, les feuilles mortes, la bruyère et le genêt. Ces plantes étaient récoltées et séchées durant la bonne saison, comme la paille ou le foin. La dureté des tiges du genêt, si c’était une qualité pour la fabrication des balais, nécessitait un traitement « assouplissant ». Les fagots de la plante étaient étalés sur les chemins et dans les ornières creusées par le passage fréquent des chariots attelés. Ainsi, les pas des bœufs, des chevaux et les lourdes roues en bois écrasaient les tiges et en faisaient une litière d’une douceur acceptable et plus absorbante.

Bouquet de genêts

Nos lecteurs ont bien travaillé sur la page Facebook de Mediardenne.

Odile nous rappelle qu’on se servait des fagots bien séchés pour allumer les poêles et surtout les fours à pain. Avec les tiges défibrées, on pouvait aussi tresser des cordages.

Brigitte nous parle de teinture à partir des fleurs, mais il semble qu’il s’agisse d’une autre variété de genêt:  Genista tinctoria, alors que notre genêt à balais porte le nom latin de Cytisus scoparius.

Agnès se souvient que es fleurs étaient récoltées pour les petites filles qui les lançaient lors des processions aux reposoirs dans les villages à la fête du Saint Sacrement. Les rameaux séchés étaient utilisés pour nettoyer les « buses » (les tuyaux) d’évacuation des fumées des poêles à bois.

Et, plus surprenant, Philippe note qu’il était aussi utilisé, non fleuri, dans les cas de diarrhées des lapins domestiques…

Genets sur une mise à blanc


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20 arbres et arbustes des forêts et bocages ardennais

NOUVEAU GUIDE ARDENNAIS

Simple, convivial et bien illustré

Le lac, le barrage et le lion de La Gileppe | Vidéo

Le lac, le barrage et le lion de La Gileppe | Vidéo

Le lac, le barrage et le lion de La Gileppe | Vidéo

Vers le milieu du 19° siècle, les besoins de son industrie textile et le défrichement de la forêt de l’Hertogenwald amènent la ville de Verviers à réclamer l’étude de travaux d’amélioration du régime de la Vesdre. Le barrage de la Gileppe va naître.

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Une vidéo de Jean Marc Charette / LZ créations

 

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Le domaine et la chapelle de Farnières | Vidéo

Le domaine et la chapelle de Farnières | Vidéo

Le domaine et la chapelle de Farnières | Vidéo

Farnières est un hameau de la commune belge de Vielsalm, située en Wallonie, dans la province du Luxembourg. Avant la fusion des communes de 1977, il faisait partie de la commune de Grand-Halleux. Une foire annuelle, notamment pour le bétail, s’y tenait au début du mois de septembre. Le château que vous découvrez fut construit par Fernand Orban de Xivry. Le baron meurt au début des travaux en 1926, mais la construction fut achevée par sa veuve en 1929. Cette année-là, elle cède toute sa propriété aux Pères salésiens de Don Bosco. L’établissement fut d’abord un noviciat pour la Congrégation. Une école d’horticulture y fut ensuite fondée en 1935, ainsi qu’une école d’agriculture en 1944. Elles ont subsisté jusqu’en 1967. Ce fut ensuite un Centre spirituel accueillant des retraites. Aujourd’hui, l’origine de ce domaine majestueux situé en plein cœur de la nature n’est pas toujours bien connue… Même ici, en Haute-Ardenne, qui sait réellement que Farnières est devenu un Centre de Rencontres et d’Hébergement? Ce CRH est même reconnu par la Fédération Wallonie Bruxelles pour le projet pluraliste qu’il développe au profit de tous les jeunes. Il est géré par des laïcs et forme tous les jeunes à la citoyenneté en proposant notamment des Classes Citoyennes. Découvrez sans plus tarder la Haute-Ardenne et rejoignez avec vos élèves un projet pédagogique développé au profit de tous les jeunes…

http://www.farnieres.be/

 


 

Une vidéo de Jean Marc Charette / LZ créations

 

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La moissonneuse trévire

La moissonneuse trévire

La moissonneuse trévire

Trévire, ou gallo-romaine ? La moissonneuse décrite par Pline l’Ancien, au premier siècle, conserve bon nombre de ses secrets. Une reproduction, fonctionnelle, en est visible à la ferme gallo-romaine de Malagne.

Pline l’Ancien, au première siècle, évoque l’outil dans son « Histoire naturelle » : « Dans les vastes domaines des Gaules, une grande caisse dont le bord est armé de dents et que portent deux roues, est conduite dans un champ de blé par un boeuf qui la pousse devant lui : les épis arrachés par les dents tombent dans la caisse. » Palladius, trois siècles plus tard, voit fonctionner le vallus décrit par Pline l’ancien : « Le bouvier, qui suit par derrière, dirige la marche du chariot en l’élevant ou en l’abaissant suivant le cas ». On en retrouve les traces épigraphiques à Trèves, Arlon, Coblence et Reims.

La moissonneuse en action

La moissonneuse reconstituée est visible en action à l’Archéoparc de Malagne, près de Rochefort.

 

Mais la découverte déterminante est faite par J. Mertens, en 1958, sur le site de Montauban (Buzenol). C’est elle qui permet d’établir la corrélation entre les textes et un autre bloc sculpté, découvert à Arlon en 1854, qui représente la partie arrière du dispositif.

Bloc calcaire sculpté à Montauban.

Bloc calcaire sculpté découvert – et toujours présent – à Montauban. www.museesgaumais.be

 

 

D’autres renseignements ont été obtenus depuis, grâce au moulage d’une pièce d’époque, découverte en Allemagne.

ÇA MARCHE !

Quoi qu’il en soit, à force d’essais, l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et la ferme gallo-romaine de Malagne (Rochefort) sont parvenues à réaliser une reconstitution de la moissonneuse trévire. Et ça marche : « L’âne est placé entre les brancards, la tête tournée vers la caisse. Le jouguet, placé sur son encolure, est attaché aux brancards au moyen de cordes. Lors du travail, le conducteur se tient à l’arrière et, outre son rôle de contrepoids, dirige la moissonneuse vers la droite, la gauche, le haut ou le bas. Un conpulsor, placé à l’avant, pousse, à l’aide d’un outil au long manche, les épis qui viennent engorger le peigne. Cette moissonneuse ne fonctionne qu’avec des céréales cassantes comme l’épeautre ou l’amidonnier. Les épis viennent se loger dans les fentes qui prolongent les dents. Ils se brisent à la base et tombent dans le bac de récupération. L’ouvrier devra effectuer un aller et un retour sur une même bande afin de ramasser les épis versés à contresens. Un récolte régulière est rapide, très efficace et ne laisse que peu d’épis sur le terrain ». La première moissonneuse sort de la nuit des temps. Et un pan de notre culture avec elle.

Patrick Germain 2007


Découvrir :

Archéoparc de Malagne : www.malagne.be

Les Musées gaumais : www.museesgaumais.be


Le Vallus en vidéo

 

Le cimetière militaire de Recogne – Vidéo

Le cimetière militaire de Recogne – Vidéo

Le cimetière militaire de Recogne – Vidéo

Depuis 1947, les corps de 6.807 soldats allemands reposent par groupes de six, sous de rustiques croix de petit granit, à Recogne. Avec Lommel (Léopoldsburg) c’est la plus grande nécropole du genre en Belgique.

Une vidéo d’André Bossicar – Méolice informatique à Bastogne

www.meolice.eu >>

 

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Restauration d’un toit en chèrbins à la ferme de Filly – Vidéo

Restauration d’un toit en chèrbins à la ferme de Filly – Vidéo

Restauration d’un toit en chèrbins à la ferme de Filly – Vidéo

Le chèrbin, prononcé hèrbin en Ardenne liégeoise et dont le nom signifie « éclat » en allemand (« scherben »), est une pièce d’ardoise en forme d’écaille asymétrique dont la découpe implique une pose particulière : toujours entamée en bas de versant sur la droite, elle gravit la toiture en diagonales parallèles jusqu’au faîte sur la gauche en recouvrements progressifs, tout en diminuant la taille des chèrbins et du pureau (partie non recouverte de l’ardoise). Le chèrbin présente une courbure à son point inférieur, de manière à conduire l’eau du haut vers le bas.

Un film de l’asbl Cultura Europa en 1996

Durée : 8.43 mn.

 

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Le goût de l’écorce

Le goût de l’écorce

Le goût de l’écorce

Le goût de l’écorce
Un poético-documentaire de Martin Dellicour

Martin Dellicour et son équipe nous emmènent chez Joost, aux sources de l’Ourthe, pour un somptueux film au cœur de l’Ardenne. Dix minutes (et quelques…) d’immersion totale là où vivent Joost et ses voisins : les blaireaux, castors, bernaches, chevreuils et renards. Ils partagent la forêt et la rivière en bonne entente. Les surprenantes images de castors ont demandé plus de quarante heures de « planque » au bord de l’eau. Avec ce poético-documentaire, Martin Dellicour entame une série qui nous conduira à la rencontre d’artistes et artisans qui puisent leur énergie et leur créativité dans la vie sauvage et les paysages de l’Ardenne.

A visionner en plein écran : cliquez sur cet icône icone-plein-ecran-blanc qui apparait dans le fond à droite lorsque vous passez la souris sur la vidéo.

Le goût de l’écorce : Avec Joost Vanvoorden | Réalisation : Martin Dellicour | Image & son : Anne Leidgens, Martin Dellicour | Musique : The Deranged Pinguins (Reprise de Timber Timbre), Tenacious Orchestra

www.ardennesauvage.be

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Bataille des Ardennes – Le cimetière allemand de Recogne

Bataille des Ardennes – Le cimetière allemand de Recogne

Bataille des Ardennes – Le cimetière allemand de Recogne

Depuis 1947, les corps de 6.807 soldats allemands reposent par groupes de six, sous de rustiques croix de petit granit, à Recogne. Avec Lommel (Léopoldsburg) c’est la plus grande nécropole du genre en Belgique.

 

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Le bloc de granit gravé à l’entrée du cimetière

 

Décembre 44 : Hitler lance l’offensive « Wacht am Rhein », qui va déboucher sur l’un des plus grands carnages de la seconde guerre mondiale du XXème siècle, sur le front occidental. Les pertes humaines, de chaque côté, dépassent celles enregistrées durant le débarquement en Normandie. Actuellement, on cite les chiffres, côté américain à 8.607 tués, 21.144 disparus et 47.139 blessés ; côté allemand à 17.236 tués, 16.000 disparus et 34.439 blessés. Sans commentaire.

 

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La chapelle accueille les visiteurs.

 

Le service d’inhumation américain aménage un cimetière de regroupement situé de part et d’autre de la route de Noville. On y enterre, séparément, 2.700 soldats américains et 3.000 allemands.
Durant les années 46 / 47, les morts américains sont transférés à Henri-Chapelle, tandis que les services d’inhumation belges réunissent les allemands à Recogne. Aux 3.000 du départ vont se joindre les soldats tués dans d’autres endroits de la province de Luxembourg, du sud de la province de Liège et des Cantons de l’Est. Y reposent également les dépouilles de militaires tués dès le début de la guerre, et l’occupation.

Réconciliation par-dessus les tombes

En 1956, un camp de jeunesse international fut organisé. Son thème : « Réconciliation par-dessus les tombes ». Ces jeunes, venus de six nations, aidèrent à l’aménagement du cimetière et à la construction du mur d’enceinte, en grès rose de l’Eifel. Le 25 septembre 1960, le cimetière fut officiellement inauguré.

 

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Sous chaque croix, gravée recto/verso, reposent six dépouilles de soldats. Beaucoup n’ont pu être identifiés.

 

Sous chaque stèle de petit granit, gravée recto-verso, reposent six corps, dont certains n’ont jamais pu être identifiés. Aucune distinction de grade : officiers et soldats sont ici réunis dans la mort.

D’une même sobriété, une chapelle a été élevée, dont les murs sont décorés de bas-reliefs : l’un représentant st Michel portant la balance, et l’archange Gabriel portant la lumière.

On pourrait gloser à l’infini sur les tenants et les aboutissants de cette tuerie qui, sous des dehors idéologiques, a bel et bien constitué un exploit de plus à mettre au crédit d’une certaine forme d’économie. Foutaises, que le reste ! Fables tragiques avalées par les peuples pour justifier, et commettre, l’injustifiable. Et les archives auront beau faire, révélant le cynisme sous-jacent des assassins aux mains blanches : l’humain, on peut le craindre, ne comprendra jamais.

Mais la paix de ce cimetière. Mais la lumière rasante qui joue sur les stèles. Un jour, peut-être…

 

Ecrit par Patrick Germain 07-11-2007


 

Galerie


 

Vidéo

Auteur : Méolice

Où est Recogne

Recogne

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Le cimetière allemand de Recogne

Décembre 1944, le massacre de Baugnez à Malmedy

Décembre 1944, le massacre de Baugnez à Malmedy

Décembre 1944, le massacre de Baugnez à Malmedy

Outre les innombrables destructions et morts dues aux tirs d’artillerie et aux bombardements aériens, tant alliés qu’allemands, nombre de massacres furent commis durant l’offensive Von Rundstedt.
Leur liste s’égrène comme un chapelet : Baugnez, Bourcy, Noville, Wibrin, Stavelot, Bande, Steinbach …
Fait de troupes fanatisées, ivres de vengeance ou conscientes de l’inexorable échec du  » Reich millénaire « , ces massacres constituent un douloureux martyrologe ardennais.

La 1ere SS Panzer Division (LAH) commit de nombreux crimes de guerre lors de sa percée au Nord du saillant.
Celui de Baugnez, sur les hauteurs de Malmédy, est sans doute le plus connu : quatre-vingt-six GI’s y furent assassinés, dans une prairie située à l’angle des routes de Waimes et de Ligneuville.
La raison en demeure incertaine.

Les faits

Le 17 décembre 44, le 285eme bataillon d’observation d’artillerie de campagne US, aux ordres du lieutenant Lary arrive à Malmédy. Averti de la présence de blindés allemands à Bullange, celui-ci décide néanmoins de suivre la route qui lui a été assignée ; et l’unité s’engage sur la N 23.
Elle arrive au carrefour de Baugnez au moment même où une avant garde de la colonne Peiper y parvient.
Un violent engagement s’ensuit, et les véhicules sont bousculés par les blindés allemands de tête, qui poursuivent leur route. Mais le reste de la colonne est là, et Lary comprend que la situation de sa troupe est désespérée. Il décide de se rendre.
Le commandant Poetshke, qui est laissé avec les prisonniers, distrait deux Panzers de la colonne. Soptrott, commandant l’un des deux blindés, aurait alors reçu l’ordre d’ouvrir le feu. En tout cas, son canonnier, le soldat Fleps, abat le chauffeur du lieutenant Lary d’un coup de pistolet, puis les mitrailleuses des chars entrent en action. Des pionniers du génie allemand, de jeunes recrues, entrent ensuite dans le champ pour achever les survivants.

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Baugnez (source USArmy) : Enfouis sous la neige, les corps des soldats assassinés à Baugnez ne seront inhumés qu’une fois le carrefour repris par les alliés, un mois après les faits ; et le travail d’une commission d’enquête effectué.

La prairie Sacrée

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On dégagera plus de 80 corps de la neige

Volonté délibérée ? Effet d’entraînement, après le coup de feu de Fleps ? Que s’est-il passé, à Baugnez ? Les historiens eux-même s’y perdent. Restent les faits. Sans excuse.
Le procès de ce massacre eut lieu à Dachau en 1946, et Jochen Peiper fut condamné à mort. Il est prouvé aujourd’hui qu’il ne se trouvait pas à Baugnez au moment des faits.
La prairie abreuvée par le sang des malheureux fut longtemps laissée à l’abandon. Enfant, nous passions régulièrement à cet endroit, dont nos parents nous avaient maintes fois raconté l’histoire.
Elle était devenue sacrée, à nos yeux, et l’est restée.

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Un zoning artisanal est à présent établi derrière le monument commémoratif. Reste un souvenir tenace.

 

Un long chemin d’horreur

Mais les massacres ne se limitèrent pas à celui de GI’s désarmés. Les civils payèrent également un lourd tribut à la folie meurtrière des SS les plus fanatiques, dans le secteur.
La liste n’est pas exhaustive : sur la route, entre Stavelot et Trois-Ponts, vingt personnes – hommes, femmes et enfants – sont abattues. Vingt-quatre, à Parfondruy, dont deux femmes enceintes. A Reharmont, une douzaine de civils trouve la mort.
Plus loin, sur la route de Coo, les nazis abattent encore une vingtaine de personnes.
Un long chemin d’horreur, dont toute l’atrocité nous a sauté au visage, par delà l’espace et le temps, lors d’un reportage dans la Bosnie ravagée.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

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Stavelot, cité martyre. Quelles que puissent être les circonstances, rien n’excusera, jamais, les massacres commis au nom d’une idéologie. Quelle qu’elle soit.


Peiper

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La condamnation à mort de Jochen Peiper fut commuée, le 30 janvier 1951, en détention à perpétuité. Le 22 décembre 1956, il était libéré sur parole jusqu’au 21 juin 1958, date à laquelle cette mesure prit fin. Le 14 juillet 1978, celui qui n’a jamais renié son attachement au nazisme était assassiné à Tarves (France) et sa maison incendiée.

Ecrit par le major anglais Reynolds, le livre  » L’adjudant du diable  » (De krijger – 2000 – ISBN 90-72547-97-7) retrace le parcours de Peiper, tout particulièrement lors de l’offensive. Ce livre, particulièrement fouillé, en dira plus au lecteur intéressé.


Virgil Lary mourut d’un cancer, en 1981. Dans une lettre à un ami, il confiait que, de toute manière, il était déjà mort dans le champ de Baugnez, en 1944.
Textes : Patrick Germain | Crédit(s) photographique(s):US NARA


 

Liens intéressants

Sur les archives audiovisuelles de la Sonuma

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Aux Etats-Unis, Baugnez est l’épisode le plus tristement célèbre de la Bataille des Ardennes : le 17 décembre 1944, un convoi de l’artillerie US est arrêté par la colonne allemande de Joachim Peiper. Faits prisonniers, les GI sont brutalement fusillés par les SS. Ce crime de guerre coûte la vie à 84 soldats. Mais que s’est-il réellement passé au carrefour de Baugnez? L’Américain George Fox, vétéran de la 285ème artillerie miraculeusement rescapé du massacre, et l’Allemand Rolf Ehrhardt, vétéran de la 1ère Panzer SS, donnent chacun leur version des faits.

 

Sur Youtube

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Des interviews (en anglais) de vétérans qui ont connu cet épisode dramatique. Quelques images d’archive des faits sont mixées, probablement, avec des images de propagande. Les films de propagande étaient très utilisés, tant dans le camps US que dans le camp Allemand.

 

 


 

Où est Baugnez et la commune de Malmedy

Baugnez

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Les corps des GI’s enfouis sous la neige

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Le brame

Le brame

Le brame

Rendons une visite – distante – à Sa Majesté le cerf au moment où il fait trembler la forêt d’Ardenne au rythme d’une fête sauvage dont les échos venus du fond des âges réveillent, même chez l’homo internetus, d’étranges sensations.

“ La fièvre l’a saisi à l’improviste, un soir de septembre (…) il a senti l’odeur des biches, et l’impétueux instinct a soudain transformé son comportement. D’abord, il a apaisé sa nervosité avec de furieux coups de tête sur le premier arbuste qu’il a rencontré en quittant sa reposée (…) puis, il s’est brusquement retourné, a vu son compagnon habituel marcher sur ses talons. Pendant un long moment, il l’a toisé d’un regard dont toute aménité était absente. Voila que, subitement, cette présence, pourtant appréciée pendant tout l’été, lui était devenue insupportable „

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Ils se toisent

 

En quelques lignes, Roger Herman (1) vient de brosser le portrait psychologique du premier rôle de ce qui constitue sans doute l’événement le plus impressionnant de l’année ardennaise : au sombre des forêts le brame peut commencer ; drame épique dont les échos se répercutent depuis le fond des âges avec une même force brute, chargé d’émotions contradictoires auxquelles nul ne peut échapper en ses intimes

Sinon, comment expliquer cette mystérieuse pulsion qui, quelques semaines durant, va faire affluer vers l’Ardenne et ses forêts plusieurs milliers de personnes de tous âges et de tous sexes ? Comment expliquer que le plus blasé des coureurs de bois ne peut rester indifférent à ce qui, somme toute, ne constitue qu’un instant de l’année parmi d’autres sans cesse renouvelés?
Car, au fond, le brame n’est jamais que le rut du cerf. Notre plus grand mammifère sauvage, certes, et le plus expressif en la matière sans doute, mais encore ?

 

LE BRAME : MODE D’EMPLOI

 

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En voilà des manières !

 

Pour ce qui concerne les faits, le brame correspond à une période allant grosso modo du début septembre à la fin octobre, durant laquelle les cerfs en majesté rejoignent les hardes de biches en vue de s’accoupler. Le reste du temps, ils vivent seuls, ou en petits groupes.

D’un tempérament généralement flemmard, le cerf titillé par ses hormones devient alors un personnage irascible qu’il est très fortement déconseillé de rencontrer au détour d’un taillis sans avoir pris rendez-vous : quand quelque 150 à 200 kilos d’os et de muscles pour un mètre cinquante au garrot, surmontés d’une tête de furieux pourvue de bois redoutables quel que soit le nombre de leurs andouillers, décident de vous faire part de leur plus vif mécontentement, ça craint, croyez-m’en ! (voir anecdote)

 

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Lorsque vous assistez à une telle scène, il y a vraiment intérêt à rester à distance.

 

Bref, restez prudemment en-dehors du coup, laissant à ces messieurs le soin de s’expliquer en comité restreint. Un rituel immuable qui débute par un stade d’observation durant lequel les seigneurs en présence vont se jauger, avant de fuir ou de se rentrer littéralement dans le lard, entrechoquant leurs bois avec une violence inouïe car le combat ne mettra jamais en lice que des adversaires de puissances similaires. Il peut durer plus ou moins longtemps, selon la vigueur des cerfs aux prises et/ou la gravité des blessures reçues. Quelquefois, tous deux mourront d’épuisement, le bois inextricablement entremêlés. Tout qui, même à distance, a pu entendre le choc des ramures, peut se faire une idée de la sauvagerie de l’affrontement.

 

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Les grondements dans la forêt.

 

Les grondements rauques qui résonnent alors dans la forêt constituent à la fois une manière de revendiquer le territoire avec les femelles qui s’y trouvent, et de provocation envers les rivaux potentiels. Avec un peu d’oreille et de pratique, il est possible de les bien imiter à l’aide du verre d’une ancienne lampe à pétrole. Mais ne venez pas vous plaindre ensuite si vous vous retrouvez contraint de passer la nuit dans un arbre

 

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Le repos du seigneur

 

Ceci dit, vous y auriez tout le temps de compatir au sort du Seigneur de nos forêts qui, non content d’en prendre plein les ganaches pour conquérir son harem est ensuite contraint de veiller doublement au grain. Premièrement parce que les biches ne sont – individuellement – réceptives qu’une seule journée par an ; et deuxièmement parce que les cerfs plus jeunes, qui ont assisté de loin au choc des Titans, ne se privent pas de leur faire à l’occasion un (en)faon dans le dos.

 

LE GRAND CORNU

Voilà qui nous dresse le portrait d’un animal “ solaire „ brillant lors du brame d’un feu “ fixe „ qui, comme tous ceux de son espèce, peut à la fois être générant et destructeur dans un même élan. D’un animal qui impose le respect par sa stature et son allure, tout en représentant à bien des égards une puissante métaphore de la vie. De là à en faire un dieu il n’y a qu’un pas.

 

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Cernunos : la divinité

Franchi depuis plusieurs millénaires, les meilleures sources s’entendant pour prêter à la divinité celtique Cernunos une antériorité historique qui en fait sans doute, avec les divers avatars de la Terre-mère, l’une des plus anciennes du Panthéon occidental. Tout ceci pourrait n’être malgré tout que pure spéculation si Cernunos, avec quelques autres comme Épona, n’avait par ailleurs fait l’objet d’une christianisation insistante dont la figure la plus célèbre est sans conteste le cerf de saint Hubert. Et ça, c’est un indice de taille.
Quant à savoir s’il existe un lien entre le brame et le sabbat qui, avec ses bacchanales, ne serait que l’avatar dévoyé de rituels plus anciens, c’est une autre histoire. Reste qu’il existe de troublantes similitudes.

À titre purement personnel, mes affinités électives iraient plutôt dans le sens de la vision que Jean-Claude Servais a donné du brame au mois de septembre (2) de son “ Almanach „. Très émouvant.

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Jean-Claude Servais : « L’Almanach » – Septembre / Adrien

Alors, au bout du compte, trouvez donc votre chemin vous-mêmes dans l’infinité de lectures possibles qu’offre un symbole. Laissez-vous imprégner par l’ambiance du brame en commençant par les odeurs et le climat de la forêt d’Ardenne à l’automne ; montez en puissance avec le cerf en ne négligeant aucune sensation, fut-elle dérangeante pour la morale du temps, car nul ne connaît la lumière s’il n’a affronté l’ombre. Que chaque froissement, chaque odeur, chaque cri, chaque choc rapporté par l’écho, pénètre en vous jusqu’à en devenir intime. Vous fasse prendre conscience de votre unité avec le tout. Il se peut bien qu’alors des choses surprenantes se produisent en vous et autour de vous. Attentifs, Pèlerins, soyez attentifs.

 

AU CERF,  LA BIÈRE !

Bien-sûr, tout ceci suppose idéalement que vous ayez le bonheur de découvrir le brame seul, ou en compagnie d’un familier de la forêt qui saura vous guider et, le cas échéant, vous protéger.
Car on ne martèlera jamais assez, tout particulièrement à cette époque, le vieil adage de vénerie : “ au sanglier, le mire (médecin) ; au cerf, la bière (rien à voir avec le houblon) „ !

À défaut, il vaudra donc mille fois mieux rejoindre l’un des nombreux groupes de naturalistes qui organisent des soirées “ brame „ voire l’un des lieux de concentration tolérés par la DNF, que prendre des risques inutiles : l’instant recèlera de toute manière sa part d’intense magie.

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Texte Patrick Germain / 2007
Crédit(s) iconographiques :Jean-Claude Servais
Photos : Daniel Pigeon
Voir la page Facebook de Daniel
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Anecdote

Je dois au maître-traqueur José Léonard l’une des trouilles de ma vie lorsqu’un jour de battue en Hertogenwald il me chargea de “ rester pour retenir les chiens „ au sortir d’une clôture à gibier mal fermée dans laquelle il rentra en prononçant le “ on ne sait jamais… „ annonciateur des grands désastres. Quelques instants plus tard, au terme d’une fantasia de branches brisées, de cris et d’aboiements furieux, je me retrouvai nez à nez avec un cerf dont la seule chose que je puisse dire est qu’il était de très méchante humeur et qu’il me laissa juste le temps de me jeter à plat ventre dans un fossé dont je sortis ensuite couvert de boue et d’une verdure poisseuse qui seyait à merveille à mon teint du moment. C’était, me dit-on, un “ beau douze „ et j’avais tenu mon poste jusqu’à l’extrême limite : l’honneur était sauf. C’est fou ce qu’on vous observe, en forêt, dans ces instants de pur hasard…

Source :
•    (1)  “ Bêtes sauvages d’Ardenne „ – Roger Herman – Paul Legrain éd. 1976
•    (2)  “ L’Almanach „ – Jean-Claude Servais – Casterman 1988 – ISBN 2-203-38009-8
•    “ Les Celtes „ – Collectif – EDDL Paris éd. 2001 – ISBN 2-23700-484-6 et “ Chasse – Pêche „ – Cours technique secondaire de l’IPEAFP La Reid 1975


 

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Les ponts de chayes, témoins discrets de la vie rurale

Les ponts de chayes, témoins discrets de la vie rurale

Les ponts de chayes, témoins discrets de la vie rurale

Les ponts de chayes, témoins discrets de la vie rurale

Avant l’apparition des matériaux modernes, le schiste fut longtemps mis à toutes les sauces dans une grande partie de l’Ardenne, où on le rencontre à profusion. Cherbins et ardoises, bien-sûr, mais aussi pavements, bacs ou autres abreuvoirs – sans oublier l’art funéraire – contribuèrent ainsi au rayonnement de certains gisements bien au-delà de notre aire géographique. Plus discrets, mais combien typiques, sont les “ponts de chayes„.

 

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Le pont d’Odrimont

 

C’est peu dire que l’aménagement des voiries a profondément remodelé le visage de la campagne ardennaise au fil du temps, et tout particulièrement ces dernières décennies. Quand ils n’ont pas été purement et simplement abandonnés ou intégrés plus moins légalement dans les propriétés riveraines, nombre d’entre eux sont devenus de larges assiettes empierrées, voire asphaltées, aux cours sévèrement rectifiés.
Quelques-uns, pourtant, poursuivent discrètement leurs carrières tout au long de tracés dont l’origine se perd souvent dans la nuit des temps. Voies de pèlerinages ou simples raccourcis entre hameaux, ils constituent autant de vestiges du maillage qui parcourait la campagne aux temps pas si lointains où elle se vivait à pied, ou au pas des chevaux.

 

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Le pont sur la Lienne

 

Les chemins de traverse

Le tourisme lent les a pris en affection, et rien n’interdit de penser qu’ils pourraient bien connaître un regain d’intérêt beaucoup plus basique avant longtemps. Quoi qu’il en soit, leurs cours sont généralement d’un grand intérêt : que ce soit en matière de biodiversité ou de préservation du petit patrimoine, vivre à l’écart de l’agitation ambiante présente quelque avantage.
Ainsi faudra-t-il emprunter les chemins de traverse pour découvrir, voisinant le plus souvent un gué, les derniers exemplaires de ces ponceaux typiques composés d’imposantes dalles de schiste posées sur des piliers de même nature ou de blocs de quartzite. Et les surfaces polies des “ ponts de chayes „, puisque c’est d’eux dont il s’agit, témoignent à suffisance de l’usage intensif dont ils firent longtemps l’objet.

 

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Le pont du Tienmesse, une carte postale de chez « Nels »

 

Certains d’entre eux sont célèbres. Ainsi le pont de chayes du Tiennemesse qui, à Vielsalm, connaît ses heures de gloire annuelles lors du Sabbat des Macralles et quand bien même sa configuration actuelle n’a plus grand rapport avec celle de son imposant aîné.
D’autres accueillent avec une ténacité bienveillante le pas des promeneurs modernes après avoir évité le bain de pieds aux voyageurs de jadis lors de leur traversée de la Lienne, par exemple. À l’occasion, ils permettent même quelques instants de rêverie.

 

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Le pont du Tienmesse aujourd’hui

 

Dans ce coin de Haute-Ardenne, leur imposantes couvertures proviennent des carrières de Joubiébal où l’on extrayait, aisément semble-t-il, des dalles de belles dimensions exportées dans une vaste zone géographique. Il est toujours possible de s’en faire une certaine idée en fréquentant le parc public qui, désormais, occupe une partie de leur emplacement au carrefour des routes de la Baraque de Fraiture et de Sart-Lierneux. Là ou ailleurs, les ponts de chayes auraient sans doute disparu l’un après l’autre si les collectivités locales n’avaient, depuis quelques années maintenant, pris conscience de l’importance de ce genre de témoin du quotidien de nos Anciens. N’hésitez pas à leur confier vos foulées, et à profiter des sensations générées par le cadre bucolique dans lequel ils s’inscrivent généralement.

Ecrit par Patrick Germain 09-01-2008

Crédit(s) photographique(s):Patrick Germain (Région de Lierneux – et merci à Élisabeth Guillaume pour sa doublement gracieuse collaboration) Sauf reproduction de carte postale : Nels éd.
Source :
•    “ Autour et à l’entour du tram de Lierneux „ – Collectif – Robert Nizet éd. à Vielsalm – 1997 “ Vieilles images sur toits de cherbins „ – Robert Nizet – ibid 1986 – “ Vielsalm „ – Plaquette commémorative éditée à compte d’auteur par Jean-Marie Hurdebise – Vielsalm (année ?) – 129

 

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Le pont d'Odrimont

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Sur la lienne

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Les fortifications celtes du Cheslé à Bérismenil

Les fortifications celtes du Cheslé à Bérismenil

Les fortifications celtes du Cheslé à Bérismenil

L’Ardenne regorge de sites jadis occupés par les Celtes aux différentes époques. Nombre d’entre eux restent sans doute à découvrir. Ce n’est pas le cas du Cheslé, à Bérismenil (La Roche en Ardenne), l’une des forteresses les plus vastes de la Belgique actuelle.

Texte : Patrick Germain 2007
Photos : Fr. Rion 2016

 

 

L'accès au Cheslé nous fait emprunter ce chemin forestier taillé dans le schiste.

L’accès au Cheslé nous fait emprunter ce chemin forestier taillé dans le schiste.

 

 

Au départ de l’église de Bérismenil, c’est à une remontée dans le temps que nous convient les Celtes, et, surtout, les archéologues: à quelques deux kilomètres de là se trouvent les vestiges de l’une des plus vastes enceintes fortifiées d’origine celtique recensées dans la Belgique actuelle.
Porté sur la carte Ferraris en 1777, reconnu en 1867 par Sulbout, le Cheslé – vocable dérivé de « châtelet » ou « château » – a fait l’objet de nombreuses campagnes de fouilles, depuis 1905 (Loë). Le site, sur lequel les recherches se poursuivent, a livré un matériel archéologique varié, dont la datation de certaines pièces au carbone 14 fait remonter la première occupation aux alentours de 519 avant notre ère. Au premier âge du Fer, donc, ou Hallstatt. Elle est donc antérieure d’au moins 400 ans aux écrits de César, sur lesquels nous reviendrons plus loin.

 

 

Situation topographique et stratégique

 

Au fond de la vallée, l'Ourthe coule..., pas toujours paisiblement.

Au fond de la vallée, l’Ourthe coule…, pas toujours paisiblement.

 

 

Le Cheslé est juché au sommet d’un éperon rocheux étranglé, en aval du Hérou. Les versants y sont raides, avec des dénivelées de l’ordre de 70 mètres. Il s’agit donc d’un site isolé, mais qui n’occupe pas une position prédominante : son sommet est situé sous l’altitude du plateau ardennais, qui l’entoure. Le contrôle qu’il a pu exercer, s’étonne-t-on parfois, n’a dès lors pu s’exercer que sur les versants du méandre, et sur le « gué des Haches ».
C’est faire peu de cas de l’importance stratégique de l’Ourthe, et de cet endroit en particulier. Quelles que puissent avoir été les qualités – avérées – des voies celtiques majeures, à la mauvaise saison les routes d’Ardenne deviennent généralement impraticables. C’est une des raisons qui peuvent expliquer l’utilisation de l’Ourthe, pourtant tortueuse et dangereuse, comme voie de communication. Et d’invasion.

 

Disposition, architecture

 

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Les fortifications réhabilitées s’étendent sur deux sites. Ici, la « porte » sur le versant le plus accessible.

 

Le rempart est long de 1700 mètres, et ceint quelque 13 hectares de terrain rocheux
En 1997, sous la houlette du professeur Bonenfant, de l’Université libre de Bruxelles, le site fait l’objet de fouilles. Dans sa publication, le scientifique mentionne que : « Le réexamen d’une coupe stratigraphique a monté trois états : une petite construction limitée à un chemin de ronde palissadé, dominant la longue pente dévalant à 45° vers l’Ourthe ; une construction plus élevée, bâtie en pierre et bois, formée d’une maçonnerie de moellons bruts assemblés à sec, raidie par des poteaux en façade et des traversines engagées dans l’œuvre ; en troisième lieu, une construction plus importante, mais de même style (…). Ces trois états s’étagent de bas en haut, ce qui paraît bien correspondre à leur ordre chronologique relatif. »

 

 

 

De la

De la « porte », on peut néanmoins surveiller l’Ourthe. Au fond, l’île du Meunier.

 

 

Un type de construction étendu à une grande partie du territoire celtique, et qui semble n’avoir guère du subir de modifications puisque, dans le livre VII, chapitre 23 de sa « Guerre des Gaules », César écrit : « Telle est à peu près la forme des murailles dans toute la Gaule: à la distance régulière de deux pieds, on pose sur leur longueur des poutres d’une seule pièce ;  on les assujettit intérieurement entre elles, et on les revêt de terre foulée. Sur le devant, on garnit de grosses pierres les intervalles dont nous avons parlé.  Ce rang ainsi disposé et bien lié, on en met un second en conservant le même espace, de manière que les poutres ne se touchent pas, mais que, dans la construction, elles se tiennent à une distance uniforme, un rang de pierres entre chacune. Tout l’ouvrage se continue ainsi, jusqu’à ce que le mur ait atteint la hauteur convenable. Non seulement une telle construction, formée de rangs alternatifs de poutres et de pierres, n’est point, à cause de cette variété même, désagréable à l’oeil ; mais elle est encore d’une grande utilité pour la défense et la sûreté des villes ; car la pierre protège le mur contre l’incendie, et le bois contre le bélier ; et on ne peut renverser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées ensemble dans l’intérieur. »

 

Restauration, fouilles

 

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Le rempart principal, le premier a avoir été restauré. Au pied de ce talus, caché par les fougères, un fossé ralentit d’autant plus la progression des agresseurs.

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La construction volontairement inachevée illustre bien la technique. Un squelette de poutres entrecroisées traversant l’épaisseur des murs de pierre et de terre. Indestructible.

 

Une reconstitution, accessible au public, de l’ouvrage a été réalisée par la Société nationale des fouilles. L’effet est à la fois didactique et saisissant. Les photos utilisées dans cet article et dans la galerie d’images ci-dessous en témoignent à suffisance.

 

Légende et méditation

 

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Est-ce ce rocher ou un autre qui dissimule le repaire de la Gatte d’Or.

 

 

Un puits, dit la légende locale, se trouverait au centre de la forteresse. Gardé par une chèvre d’or, un trésor y sommeillerait, prêt à se livrer à celui qui, durant l’élévation de la messe de minuit – à Noël donc – offrira une poule noire, et ne profèrera aucune parole. Faute de quoi, le coffre contenant le trésor se transformera en une bête gluante, dont les yeux lancent des éclairs qui pulvérisent l’imprudent.

La légende est, tous les amateurs de ce genre de récit l’auront noté, de facture classique. Tout comme est classique, à proximité de ruines, la présence des Elfes. Les dieux ne meurent pas: ils se transforment.
Pour nous, cette visite aura surtout été l’occasion de retrouver des sensations ancrées tout au fond d’une mémoire plurielle qui ne manque jamais au rendez-vous, sur de tels sites. Qui ? Quoi ? Comment ? Tout ça importe peu, et nous appartient.
Reste que de tels lieux, chargés d’histoire et d’émotions, parlent à qui les veut écouter. Témoignent d’un passé qui fut nôtre et que, pour autant de raisons, l’Histoire de Belgique et d’ailleurs a longtemps – et sciemment – occulté. De nouvelles générations de chercheurs et d’historiens ont succédé aux Pirenne et consorts : puissent-ils être remerciés pour un travail que la topographie ardennaise ne simplifie pas ; comme ne les simplifient pas certaines difficultés d’un tout autre ordre – humaines, en l’occurrence – de moins en moins opérantes, il est vrai.

Puisse, par ce biais et par d’autres, l’Ardenne retrouver ses racines profondes. Tel est notre souhait, et, sans doute, celui de ceux qui, invisibles, poursuivent leurs vies dans le Sidh.
Ambiorix, par exemple, qui a peut-être fréquenté les lieux ?

________________________________________
Source :
•    Collectif : « Province de Luxembourg : Le pays des roches et des méandres » – Maisons du tourisme et SI


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Le Cheslé

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Les fortifications du Cheslé

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La Porte de Trèves à Bastogne

La Porte de Trèves à Bastogne

La Porte de Trèves à Bastogne

Puissante tour carrée de quelques huit mètres de côté pour dix-sept de hauteur, la Porte de Trèves est un des derniers vestiges des fortifications qui entouraient Bastogne au Moyen Âge. Gros plan sur une vieille dame qui a beaucoup souffert.

 

 

 

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Par sa charte du 12 juin 1332, Jean l’Aveugle, comte de Luxembourg et de La Roche, roi de Bohème et de Pologne, affranchit les bourgeois de Bastogne, confirmant ainsi la localité dans son statut de « Ville ». Le château ayant été détruit par les Liégeois en 1236, Bastogne est reconstruite et fortifiée dans la foulée. En échange de quoi, la Ville eut pour obligation d’entretenir les remparts et les bourgeois d’en assurer la garde.

La Porte Basse, comme son nom l’indique, constitue alors l’accès principal à la localité par sa partie basse.

En 1602, Louis de Nassau assiège vainement Bastogne. Les remparts tiennent bon. Quelques années plus tard, comme en tant d’autres lieux, ils seront pourtant démolis sur l’ordre de Louis XIV, alors occupé à asseoir son pouvoir.

 

 

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Les remparts détruits, il ne reste que la porte.

La Porte Basse est ensuite restaurée, au XVIIIème siècle, devenant «Porte de Trèves» puisqu’ ouvrant la route dans la direction de ce centre alors important. Elle est convertie en prison et maison de passage, jusqu’à la guerre de 14-18.

Une première série de travaux de restauration est effectuée au XIXème siècle ; et le 22 février 1938, la Porte de Trèves est classée monument historique. Mais le tragique épisode de l’hiver 44-45 la laisse en ruines.

Relevée depuis lors, et gérée par le Cercle d’Histoire local qui y propose un intéressant panoramique de la préhistoire au Moyen Âge, le monument peut être visité sur rendez-vous. Des expositions temporaires y sont également organisées.

Non loin, l’église Saint-Pierre – édifice des XIIè-XVIè siècles – inscrit le hourd de bois cernant sa massive tour carrée dans le paysage bastognard.

 

 


Ecrit par : Patrick Germain 10-01-2008

Crédit(s) photographique(s) : Patrick Germain sauf carte postale ancienne
Crédit(s) iconographiques : gravure : tirée de « La Belgique Illustrée »

Sources :
•    « Communes de Belgique » – Collectif – 1980 – Crédit Communal de Belgique à la Renaissance du Livre éditeurs –
•    « La Belgique illustrée » – 1890 – Bruxelles, chez Bruylant ed. –
•    « La Belgique pittoresque » F. Alexis – M.G. – 2ème édition Grand IN-8″ – 1905 – Liège H. Dessain, imprimeur – éditeur –


 

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Où est la Porte de Trèves

Porte de Trèves

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La porte de Trèves

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Le plateau des Hautes Fagnes, le toit humide de la Belgique.

Le plateau des Hautes Fagnes, le toit humide de la Belgique.

Le plateau des Hautes Fagnes, le toit humide de la Belgique.

Le promeneur avide de grands espaces qui s’aventure dans la réserve des Hautes Fagnes, là du côté de Botrange, s’imagine souvent découvrir des étendues désertes… de toute éternité. C’est faire fi de l’histoire du Haut Plateau que le travail des hommes a lentement façonné…

 

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Juché au faîte de la Belgique, ce territoire présente un sous-sol foncièrement imperméable. Cette caractéristique lui vient de ses argiles, fruits de la désagrégation de très vieilles roches d’origine cambrienne.

Il constitue, de plus, le premier obstacle que doivent franchir les nuages saturés d’eau poussés par les vents dominants, d’origine maritime. Ainsi s’explique ces records annuels de précipitations : 172 jours de pluie, 43 de neige…

Ces pluies abondantes s’infiltrent dans les bordures limoneuses des crêtes pour resurgir plus bas, sur les versants, sous forme de bas-marais suintants. Ces derniers sont bientôt colonisés par des mousses particulières, les sphaignes, et par les linaigrettes.

 

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Rendu très acide par la nature de son sous-sol, ce milieu aquatique n’est guère favorable à la présence des organismes décomposeurs: ce qui y meurt ne pourrit pas, il s’accumule sous forme de couches mortes que les siècles accumulent. Ainsi naît la tourbe, matière végétale pratiquement non décomposée… La tourbe forme les tourbières, écosystèmes inféodés à l’eau: nappes sur lesquelles baignent les tapis de sphaignes et eau de pluie… Si notre promeneur pouvait, par la magie d’une machine extraordinaire, remonter le temps d’une dizaine de milliers d’années, il découvrirait, de la crête de Botrange, (comme partout ailleurs sur le territoire de l’actuelle Belgique) une forêt immense aux essences variées, seulement entrecoupées par ces « clairières » bombées que formaient alors les tourbières… La hêtraie s’imposait près des crêtes, la chênaie-boulaie (chênes et bouleaux) sur les sols plus humides des versants, l’aulnaie près des suintements d’eau ou bas-marais.

 

 

Et puis vinrent les villageois…

Malgré la rudesse de ce micro-climat froid, généré notamment par l’évaporation excessive de cette région à forte pluviosité, les voici qui exploitent la forêt, inlassablement : les besoins sont nombreux, bois d’œuvre, de chauffage, charbonnage des matières ligneuses…

Peu à peu dénudées, ces zones découvrent ces landes superbes que nous admirons tant, aujourd’hui. Elles deviennent propices à la pâture des cheptels villageois : moutons, bœufs et génisses, vaches…

La tourbière est drainée puis asséchée. Elle offre alors sa tourbe, combustible du pauvre…

 

 

Les voici qui exploitent la forêt…

 

 

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La Fagne s’est ouverte. Grâce au travail de l’homme, elle a, peu à peu, pris le visage que nous lui connaissons aujourd’hui…

Fruit d’un fragile équilibre, menacée par la pollution atmosphérique, le piétinement, l’invasion de graminées, elle présente les caractéristiques d’un climat « boréo-montagnard » voire même « atlantique ». Sa flore est spécifique des zones montagnardes de 1000 mètres d’altitude ou des régions de l’extrême nord de l’Europe. On y trouve aussi des espèces inféodées aux côtes des pays scandinaves.

 

Les plantes sibériennes

Les linaigrettes, les plantes sibériennes

 

Oui, la Fagne est bien un joyau fragile et méconnu… qui valait bien d’être mis en « réserve ». Cette opération commença en 1957. Depuis lors, son accès commence à être réglementé. C’est que le propre d’une réserve naturelle est de protéger la faune et la flore, de préserver les paysages. Ici, le promeneur est toléré, sans plus. Avec l’apparition des « Zones C », les territoires les plus fragiles ou les plus menacés ne sont plus accessibles qu’à certaines périodes de l’année sous la conduite d’un guide mandaté par la Région wallonne.

Il fallait bien cela pour protéger un patrimoine d’une telle valeur.

 

 

Ecrit par : Michel Caps 29-10-2007

Photos : Francis Gengoux / François Rion

 

 

 

Où est la Maison du Parc – Signal de Botrange

Botrange - Maison du Parc

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La glacière de Hermanmont – Vielsalm

La glacière de Hermanmont – Vielsalm

La glacière de Hermanmont – Vielsalm

La glacière de Hermanmont – Vielsalm

C’est dans la seconde moitié du 19ème siècle que fut édifiée la glacière de Hermanmont. Un édifice que d’aucuns confondent encore avec une chapelle, restauré à la fin du siècle dernier, et visible depuis la route menant à Recht, à la sortie de Vielsalm.

Jusqu’à la moitié du 19ème siècle, le « mont de Herman » ( du nom d’un comte de Salm de la deuxième moitié du 11e ou de la première moitié du 12e siècle) n’a comporté que les bâtiments d’une exploitation agricole. Peu après 1850 arrive à Vielsalm, où la chasse à courre s’implante,  monsieur Théophile Grart d’Affignies qui se loge d’abord dans la localité puis, dès 1854, à Hermanmont. Il devient propriétaire du domaine par acte du 16 novembre 1858 passé devant le  notaire Jacques  et pour un prix de 58.000 francs.
À son décès en 1879, le bien passe à Camille de Jacquier de Rosée et à son épouse Marie de Seyssel d’Aix. De plus ou moins 1858 à 1895 au plus tard, date du décès du baron, va s’aménager un fameux domaine qui comprend outre un réseau hydrographique assez particulier ( 3 étangs, 2 canaux, 1 mare, 1 cascade , l’alimentation de la roue du moulin) une série de constructions : une ferme, un château, un chenil, deux maisons, un pavillon, un moulin…et une glacière.

 

 

 

 

La glacière bordant la route vers ville-du-Bois

 

Le principe de la glacière est simple et on en trouvait presque partout en Belgique ( et à l’étranger), en général à proximité des châteaux ou, comme à Spa, des hôtels. Il s’agit d’une construction, enterrée et isolée le mieux possible. Dans le fond, un système d’évacuation des eaux vers un puits perdu permet de conserver la glace prélevée aux étangs voisins jusqu’en été. La glacière permettait de présenter à table glaces, sorbets ou autres préparations et se montrait fort utile pour l’élaboration de compresses et médications diverses.

La baronne de Rosée écrivait dans ses souvenirs le mercredi 6 août 1914 : « J’ai été interrompue par les dames Beaupain qui venaient voir si j’avais encore un peu de glace pour une pauvre dame qui vient d’avoir une attaque d’apoplexie. » Et dans une note de fin d’ouvrage : « on venait parfois en demander pour l’asile des fous de Lierneux ».

 

 

SAUVÉE DE LA RUINE

 

 

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Son petit-fils, Carlo Cardelli indiquait en note complémentaire aux souvenirs de sa grand-mère :  » Un escalier tournant conduisait à une basse terrasse couverte par le toit d’ardoises. Les feuilles mortes amoncelées par le vent sur les dalles en pierre offraient une belle tentation pour allumer un feu. La glacière proprement dite était en-dessous. La porte, arrachée, montrait un grand trou béant, duquel montait l’odeur nauséabonde de quelque animal, chat, oiseau taupe qui y avait trouvé la mort.
Autrefois, on y plaçait des gros blocs de glace, taillés dans l’étang, qui se conservaient jusqu’à l’été. Grand-papa en donnait généreusement à qui en demandait. Maman racontait que, souvent, on en envoyait quérir de l’hospice des fous de Lierneux. »

La glacière de Hermanmont est surtout connue pour sa partie visible, un petit édifice en briques avec toit pointu, sous des grands hêtres. En 1918 on vit des Allemands s’y agenouiller et prier, la prenant pour une chapelle.
Avec la généralisation de la distribution d’électricité, la glacière fut peu à peu délaissée dès après la première guerre. Lors de la seconde, elle subit certains dégâts puis le toit s’effondra, les arbres furent abattus, la route élargie, la végétation reprit ses droits si bien qu’au début des années nonante, la glacière n’était plus que ruines.

En 1992, sur proposition du Collège des Bourgmestre et Echevins, le Conseil communal de Vielsalm approuvait à l’unanimité l’achat par la Commune de ces ruines : les étapes de la restauration pouvaient s’enchaîner pour déboucher sur l’inauguration de la glacière restaurée lors des journées du Patrimoine des 9 et 10 septembre 1995. A cette occasion fut éditée une petite brochure reprenant toutes les données techniques aussi bien de la cuve que du petit édifice la surplombant.

Ecrit par :Robert Nizet 09-09-2008


 

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Où est la glacière

La glacière de Hermanont

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La glacière

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Le Boultê : histoire controversée d’un repère en Hautes-Fagnes.

Le Boultê : histoire controversée d’un repère en Hautes-Fagnes.

Le Boultê : histoire controversée d’un repère en Hautes-Fagnes.

A quelques pas de la Baraque Michel, en contrebas de l’assiette de la grand-route qui traverse la Fagne, un curieux monument ne manque pas d’attirer l’attention. C’est « Le Boultê ». Une colonne en arkose de Waimes, haute de quelques 4,50 m et surmontée d’une pigne, dont la seule certitude est sa vocation de repère.

L’on s’entend généralement pour faire remonter son érection, en 1566, par les familles Hauptmann-Panhaus (Panhuys, en fait) dans la foulée d’autres colonnes et croix destinées à guider les voyageurs sur : «la grande Faigne au chemin royal tirant de Limbourg à Trèves». Certains historiens ajoutent que ces monuments seraient également liés à la Réforme, dont les familles Hauptmann et Panhuys avaient embrassé la foi. Ils auraient ainsi jalonné les itinéraires vers les lieux de rassemblement protestants.
D’autres prônent toutefois l’antériorité du Boultê, qui aurait servi de modèle aux colonnes Hauptman et Panhaus. Il semble néanmoins exclu que cette colonne ait pu constituer un milliaire, ou tout autre édicule romain.

Quant au vocable « Boultê », il faudrait y voir une corruption de la forme « boule », plutôt que de la  « baratte » parfois évoquée. Ce terme proviendrait de l’époque où, suite à la dégradation du monument, seule subsistait la partie inférieure, tronquée.

 

Le Boulté surmonté d'une croix

Une colonne en arkose de Waimes, haute de quelques 4,50 m et surmontée d’une pigne dont l’origine n’est pas déterminée. Et bien-entendu, le tout surmonté d’une croix présente sur tout monument qui se respecte en Ardenne.

 

Brisée en 1749, la colonne est renversée en 1878 par l’administration allemande afin d’éviter toute confusion avec les bornes frontières. En 1905 ce qui reste du Boultê est à deux doigts de finir en caillasse. Mais quelques fagnards éclairés veillent. Aidés par les abbés Pietkin et Beeckman, ils obtiennent que le monument soit non seulement redressé, mais aussi restauré. C’est chose faite en 1906.
Il est alors couronné d’une pomme de pin et d’une petite croix. Cette pigne proviendrait de l’ancien perron de Malmédy ou de la Colonne Hauptman, selon les sources. En 1945, le Boultê est à nouveau renversé par les troupes américaines, lors des travaux de rectification de la route. « Les Amis de la Fagne » le redressent en 1947, et le déplacent ensuite lors de l’élargissement de la chaussée. Il figure depuis sur l’insigne de l’association.

Écrit par :Patrick Germain /2007

Source :
•    « Guide de la Fagne » – A.J. Freyens – Vème édition, chez Marabout (Ed Gérard, Verviers) –

 


 

Baraque Michel

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Notre-Dame des malades, au Mont-Saint-Martin – Gouvy

Notre-Dame des malades, au Mont-Saint-Martin – Gouvy

Notre-Dame des malades, au Mont-Saint-Martin – Gouvy

 

 

Entre Beho et Bovigny, sur la rive droite du Glain, une route forestière escalade le Mont-Saint-Martin, conduisant au sanctuaire de Notre-Dame des Malades. Un lieu d’histoire, et de mémoire.

 

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Le chemin de terre vers la chapelle Saint-Martin.

 

La vallée du Glain constitue une véritable mine d’or pour l’historien et l’archéologue Mine d’or qui est bien loin d’avoir livré tous ses secrets. L’occupation des lieux remonte à des temps immémoriaux. Bien avant qu’on ne parle de la villa royale de Glain, dont la première mention en tant que telle, date de 720, quand Charles Martel y rend sentence en faveur de l’abbé de Stavelot.
Le 1er octobre 814, la villa est à nouveau citée. Cet écrit révèle que la chapelle de Glain était non seulement église de chef-lieu, mais église régionale, au vu des dîmes. Les auteurs admettent généralement que cette chapelle se soit trouvée sur la colline devenue  » Mont-Saint-Martin « . Au fil des ans, le nom du patron de l’église aura prévalu sur celui du domaine qui, pour sa part, restera propriété des empereurs jusqu’au début du XIIIe siècle.

 

Jours de colère

 

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Un calvaire de croix de schiste borde le chemin

 

 

Guerre de trente ans, scission des Pays-Bas, contre-réforme… les temps sont troublés. Et la région voit se succéder les troupes en marche. Mal payées, quand elles le sont ; le plus souvent composées d’individus sans aveu aux ordres de capitaines peu regardants, ces bandes dévastent le pays.
Pour le territoire de la seule ancienne commune de Bovigny, on estime à une dizaine le nombre de villages et hameaux qui vont disparaître. Celui de Saint-Martin est du nombre.
C’est aux environs du lieu-dit  » Doyards  » que l’on situe Saint-Martin, autour de la butte où se dressait l’édifice du culte. Si l’on s’accorde pour laisser la date précise dans le vague, la tradition conserve mémoire des dernières heures du hameau, qu’elle rapporte en décrivant le massacre perpétré par des  » sarrasins  » armés de haches, se précipitant sur les habitants. Les quelques villageois qui se réfugient dans l’église n’auront pas plus de chance.

 

Notre-Dame des Malades

 

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La chapelle et son terrain bien entretenu

 

Curieusement, l’édifice ne connaît pas l’incendie et la ruine. Et si le clergé, ne desservant guère que des villages déserts dans un pays soumis à la violence, décide de résider à Bovigny, diverses dépenses sont effectuées, qui attestent de la survie de l’église du Mont-Saint-Martin. On sait qu’en 1631, sa réédification est réalisée, grâce au prélèvement d’une taxe. Le 16 août 1717, toutefois, le Prince-Evêque de Liège, Archevêque de Cologne, désigne Bovigny en qualité d’ église mère. A partir de la translation, le temple va se vider de son contenu, et ses murs s’effondrer. En 1849, ses derniers vestiges sont démolis.

Sur cette élévation consacrée – est-ce un hasard ? – à Saint Martin, grand assimilateur des lieux de cultes anciens, l’appel semble venu de la nuit des temps, qui incite, dès 1850, l’abbé Debra et ses paroissiens à construire une chapelle. Elle sera dédiée, outre au patron traditionnel des lieux, à Notre-Dame des Malades.

 

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Un mur circulaire de pierres sèches restauré.

 

Après avoir gravi le chemin menant au sanctuaire, bordé de croix de schiste, attestant le talent des Piette et autres artisans régionaux , le promeneur découvre un édifice à plan rectangulaire, et trois pans coupés, vers l’est. Au couchant, un petit porche, bordé d’une charmille, donne accès à la nef. Un clocheton surmonte la construction, dont le gris des ardoises tranche sur la blancheur du pignon. Dans son écrin de verdure, bordé d’un mur circulaire, en pierres sèches, restauré par les membres de l’asbl qui veille sur elle, Notre-Dame des Malades appelle au recueillement.

 

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Un autel extérieur, et une chaire, en pierre, complètent l’ensemble.

 

Les fouilles de 1968, et 1995, ont mis à jour les traces des configurations successives de l’église, et plusieurs sépultures. On enterrait probablement dès le VIII° siècle, autour du bâtiment, qui était déjà clôturé d’un mur, dont l’enceinte actuelle ne semble pas avoir repris les limites. Seules traces, discrètes dans la pelouse désormais régulièrement entretenue, quatre dalles sur lesquelles nous reviendrons prochainement.

La nef a retrouvé son cachet en l’an 2000. Deux séries de trois fenêtres y apportent la lumière du jour, on y pénètre par une porte encadrée en plein cintre. Un banc de communion sépare l’officiant des fidèles, donnant accès à l’autel, restauré  » à l’authentique  » par un artisan de Deux Rys, près de Manhay. Cette pièce est l’œuvre d’un nommé Valentin de Cierreux. Le meuble est surmonté d’un dais abritant une polychromie en plâtre, représentant Notre-Dame des Malades, un lambris le prolonge, de part et d’autre. A l’une et l’autre extrémité, saint Martin et saint Hilaire, crossés et mitrés, veillent.

À l’abri

 

 

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L’autel de la chapelle Notre Dame des Malades.

Les temps ont passé, restent les  » sarrasins « . Pour les préserver des pilleurs d’art religieux, et du vandalisme, une Pieta, la statuette de sainte Anne Trinitaire et celle de saint Martin en Charité, ont été placées en lieu sur. Ce sont leurs reproductions que l’on peut découvrir dans la nef. Et pour donner à la visite l’attrait supplémentaire d’une petite chasse au trésor : à vous de découvrir leur emplacement actuel.

Les deux premières sont en bois polychrome, d’une hauteur de 60 cm environ. Toutes deux remonteraient au XVI° siècle. La statuette de saint Martin, pour sa part, est en chêne, porte les traces d’une ancienne polychromie, et mesure 97 cm. Elle est datée du XVII°. Seuls les drapés leur servant de support, lors des pèlerinages et autres festivités, se trouvent à demeure dans la chapelle. Faisant partie du mobilier de l’ancienne église, on ne sait quand, ni comment, ces objets sont parvenus dans les familles qui les ont été conservés durant deux siècles environ, à Beho, et à l’église d’Aldringen, s’agissant de saint Martin.

Ecrit par :Patrick Germain 06-11-2007
Crédit(s) photographique(s):Patrick Germain

Note :
Si le site est classé, depuis 1973, l’idée de créer une asbl, en vue de l’entretenir et de le promouvoir, remonte aux lendemains des grandes tempêtes de 1990. Saint-Martin disparaissait sous la masse des frênes arrachés, d’autres arbres menaçaient de tomber : il était grand temps de se pencher au chevet d’un patrimoine qui se dégradait. En 1993, l’association existait effectivement. Petit à petit, grâce à ces bénévoles, la chapelle a retrouvé son lustre d’antan. Un pèlerinage y a lieu, le 16 août.
Source :
•     » De Saint-Martin à Bovigny « , que vous pouvez acquérir moyennant finances auprès de l’asbl Notre-Dame du Mont-Saint-Martin, Courtil 4b – B 6671 Bovigny – Belgique
•    Renseignements chez le secrétaire de l’association, au +32 (0) 80/214192


 

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Où est la Chapelle Saint-Martin

Chapelle Saint-Martin

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La Chapelle Notre Dame des Malades au Mont Saint-Martin

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La truite, l’anneau et le miracle

La truite, l’anneau et le miracle

La truite, l’anneau et le miracle

Pâques 2016, la Fédération Sportive de Pêche Francophone Belge organise cinq jours de stage à destination des jeunes.
Les 24 stagiaires sont reçus à Engreux, près de Houffalize, mais les séances d’entraînement sont itinérantes. Un peu en eaux vives, au bord de l’Ourthe, un peu en étang.

C’est à l’étang de Basse-Bodeux, à Trois-Ponts que le miracle se produit pour un des plus jeunes stagiaires. Timour a dix ans seulement, mais le gamin est déjà sacrément doué et bardé d’une solide d’expérience (le lecteur pardonnera certaines familiarités de langage et une évidente propension aux superlatifs concernant le jeune pêcheur, mais l’auteur de ces lignes n’est autre que le grand-père du stagiaire…).

Pourtant, ce matin-là, et malgré le talent incomparable du jeune génie de la pêche… ça fait quand-même beaucoup de superlatifs… Soyons raisonnable, ce matin-là, ça ne marche pas très fort pour Timour, les touches se font attendre. Tout à coup, les poignets du garçon vibrent sous « un départ appuyé », une grosse touche courbe la canne. Un poisson de cette force et de cette taille, cela ne peut  être qu’une grosse carpe.

« Non, non c’est une énorme truite, s’écrie un des stagiaires, je viens de la voir »

Au bord de l’étang, y compris chez les moniteurs, l’incrédulité règne ; une truite de cette taille c’est rarissime.
Sous la terrrrible traction, la canne se tord et se courbe mais ne rompt point. La ligne se tend mais le fil résiste à la traction, alors que les nerfs du gamin résistent à la pression. Timour, entouré de ses congénères et rejoint par les moniteurs, travaille le poisson avec l’aide et les conseils des enseignants. Vingt minutes d’âpre lutte se sont écoulées. Tous revivent l’aventure du vieux pêcheur d’espadon qu’Ernest Hemigway a décrite dans le « Vieil homme et la mer ». C’est homérique. (Je rappelle à l’auteur qu’il faudrait y aller mollo avec les superlatifs…)

Et, catastrophe, une fois de plus, le matériel trahit l’homme. Dans un invraisemblable fracas (?), comme le déraillement d’une locomotive à vapeur, la ligne se brise. Ou plutôt, et plus simplement, l’anneau porteur de fil, au bout de la canne, se décroche. Ce qui fait nettement moins de bruit qu’un déraillement, mais pour les acteurs de la scène, le résultat a dû paraître identique.
Le moniteur, Julien, aux réflexes prompts comme doit les avoir un homme d’action, lance sa propre ligne. Il espère emberlificoter son fil à la ligne du malheureux stagiaire. Il y réussit, le diable d’homme (nous verrons plus bas que cette expression est un peu malheureuse). Ainsi à deux, les héros ramènent sur la berge, via une trop petite épuisette, une énorme truite mâle de soixante-trois centimètres. Soixante-trois centimètres ET DEMI précise Timour, en bon pêcheur qu’il est devenu.

C’est seulement à partir de cet instant que l’épopée devient miracle.

Reprenant leurs esprits, les stagiaires immortalisent l’exploit par quelques photos d’usage. La truite combattive retrouve le chemin de l’étang, fatiguée et vaincue mais libre et vivante.

Les pêcheurs entreprennent alors de démêler la victorieuse paire de fils emberlificotés à dessein.
Le croirez-vous : au moment où les cloches de l’église proche sonnaient l’Angélus, stagiaires et moniteurs découvrirent que les fils n’étaient pas le moins du monde emmêlés, mais…, mais… ( j’en perds le souffle) ; mais, que le crochet de l’hameçon de la ligne lancée à la rescousse, s’était glissé à l’intérieur de l’anneau défaillant. Il y avait à peu près une chance sur quinze milliards que cela puisse arriver. C’est arrivé, c’est un miracle, l’Angélus le confirme.

Est-ce étonnant, sachant qu’il y a quelques siècles déjà, à Orval, une truite rapporta l’anneau d’or que Mathilde avait laissé glisser dans l’onde de la fontaine. Décidément, les truites,  l’Ardenne et les miracles sont liés à jamais.


La photo est de Benoit Sottiaux.
Le reportage (plus objectif celui-là) est paru dans « le Pêcheur Belge »  de mai 2016
www.lepecheurbelge.be

 


 

L’ offensive en quelques lignes

L’ offensive en quelques lignes

L’ offensive en quelques lignes

Après les combats de Normandie, le rouleau compresseur allié s’est mis en route, et son avance est foudroyante. Elle se poursuit d’ailleurs au nord et au sud du front. Au centre : l’Ardenne, où quasiment personne n’envisage même l’éventualité d’une attaque.

 

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Von Rundstedt

Le général Von Rundstedt fut chargé par Hitler de préparer le plan d’attaque. La bataille est aussi connue sous le nom d’Offensive Von Rundstedt. Photo: Deutsches Bundesarchiv

 

Pour défendre cette partie du dispositif, Middleton dispose d’un groupement de cavalerie muni d’armes légères, d’une division blindée et de quatre divisions d’infanterie. Les 99ème et 106ème ne comportent pratiquement aucun soldat aguerri ; les 28ème et 4ème sont au repos après avoir livré les violents affrontements de la forêt de Hürtgen.
De son côté, Hitler se rend compte que les armées alliées, bien que stoppées depuis septembre, vont venir à bout de ses forces.
Contre l’avis de la plupart de ses généraux, il prescrit une offensive par trois armées, sur un front de cent vingt kilomètres.
L’effort principal sera dirigé vers Anvers, et couvert par la 150ème brigade blindée S.S. commandée par Otto Skorzeny, revêtue d’uniformes américains, qui aura pour mission de désorganiser les lignes de communication ennemies.
D’autres opérations devront ensuite être lancées, au nord et au sud de la percée.
Le but recherché, outre de démoraliser des Alliés, est avant tout, en atteignant le port d’Anvers, de tarir leur approvisionnement.

 

Une contre-attaque surprend les alliés

 

Tigre royal

Le terrible « Tigre Royal » allemand, il fera des ravages dans les lignes alliées. Celui-ci est conservé dans le village de La Gleize.

 

 

Hitler rassemble alors vingt-huit divisions, pour la percée des Ardennes ; et six pour attaquer en Alsace. Le 15 décembre 1944, 350.000 combattants, 1.900 canons, 970 chars et canons d’assaut sont en place, derrière le front.
Le plan est audacieux. Il aurait pu réussir, comme en 1940. A tel point que Patton, lui-même, va douter un moment de l’issue de la guerre.
Et les préparatifs Allemands vont être si bien gardés, que la surprise va être totale pour des troupes que rien ne prépare à soutenir une contre-attaque.
Eisenhower a disposé ses unités de façon offensive, laissant la portion de front qui va supporter la contre-attaque aux mains des 80.000 hommes de Middleton soutenus par 24O chars, 190 canons auto-tractés et 390 pièces d’artillerie.
Le rapport de forces est clair, et l’on a vu ce qu’il était des troupes de ce secteur. Pourtant, beaucoup de ces  » bleus  » et ces soldats épuisés vont aller jusqu’au bout de l’héroïsme.

 

Le 16 décembre 1944, la bataille commence

 

Des SS à l'approche de Malmedy

Des SS à l’approche de Malmedy. On a longtemps cru que l’officier portant le képi pouvait être Peiper lui-même, il n’en est rien.

 

L’offensive est lancée le 16 décembre entre Monschau et Echternach.
L’assaut de l’aile droite de la VI° panzers S.S. de Dietrich est stoppé par une vigoureuse résistance américaine devant Monschau. La colonne de tête, commandée par Peiper, atteint toutefois les faubourgs de Stavelot.
L’aile gauche perce. Elle contourne Malmédy et s’empare d’un point de traversée sur l’Amblève, le 18 décembre. Elle n’ira pas plus loin.

 

Von Manteuffel

Von Manteuffel, l’aristocrate qui donnera des conférence sur la stratégie déployée après la guerre, aux Etats-Unis. Photo: Deutsches Bundesarchiv.

 

D’autres unités allemandes traversent l’Our, en direction de Bastogne.

A l’extrême sud du front, la VII° armée allemande (Brandenberger) doit progresser vers Mézières via Neufchâteau, pour protéger l’avance de Von Manteuffel.

Au sud, la V° Panzer de Von Manteuffel débute dans de bonnes conditions et perce le secteur du Schnee Eifel. Encerclés, deux régiments de la 106ème division US vont résister jusqu’à l’épuisement des munitions, avant de capituler le 19. Ce jour-là également, Saint-Vith est attaqué. Mais la 7ème division blindée US va s’y accrocher.

 

Réaction américaine

 

 

La neige et le froid sont omniprésents.

Les GI’s réagissent. La neige et le froid seront des éléments omniprésents durant toute la bataille. Photo : Archives US Gov.

 

 

Ce n’est que le 17 au matin qu’Eisenhower prend conscience de l’importance de l’offensive Allemande. Bradley ordonne alors à la 10ème division blindée de faire route vers le nord et avalise la démarche du général W.Simpson, de la IX° armée, qui avait envoyé sa 7ème division blindée vers le sud, en direction de Saint-Vith, afin de canaliser l’avance Allemande dans un couloir étroit.

 

Les chars Sherman auront fort à faire face aux terribles blindés allemands

 

Seule réserve stratégique dont disposent les alliés, le 18ème corps aéroporté (Ridgway) est engagé : les paras quittent Mourmelon en toute hâte. Initialement dirigée sur le secteur de Bastogne, la 82° airborne (All Americans) est finalement acheminée vers Werbomont ; et c’est la 101° division aéroportée (Screaming Eagles), confiée au général Mac Auliffe, qui reçoit l’ordre d’avancer sur Bastogne.

 

 

Le tournant de la bataille

 

 

Mac Auliffe

Mac Auliffe, le héros de Bastogne. Une formule très courte le rendra célèbre : « Nuts ». La place principale de la ville de Bastogne porte désormais son nom : la Place Mac Auliffe. Photo : Archives US Gov.

 

 

Les assauts des Allemands échouent, Von Manteuffel encercle la ville, puis la contourne pour reprendre sa progression. Cette défense l’oblige à distraire une part importante de ses forces de la percée vers la Meuse.
Le 22 décembre, Von Lüttwitz somme Mac Auliffe de se rendre. La réponse est entrée dans l’histoire : »Nuts ». Autrement dit :  » c’est la même chose qu’allez-vous faire foutre « , précise le colonel Harper à l’attention des émissaires.
Un détachement Allemand parvient le soir du 23 décembre à Dinant. Ces soldats seront les seuls à atteindre l’objectif. Ils y attendront des renforts et du ravitaillement qui ne viendront jamais.
Peiper, encerclé à La Gleize commence à se replier le 24 décembre en sabordant ses véhicules, eux aussi privés d’essence.
Sur le front commandé par H.Von Manteuffel, des éléments des 3ème et 7ème divisions blindées américaines s’interposent toujours, entre St Vith et Vielsalm. St Vith est enlevé par les Allemands, mais ce succès n’est pas exploité.
Le 20 décembre, Eisenhower place Montgomery à la tête des forces situées au nord.

 

Stoppés

 

L'aviation peut intervenir

Le ciel s’est dégagé, l’aviation US peut enfin ravitailler Bastogne. Photo : Archives US Gov.

 

 

Le jour de Noël, les Allemands lancent toutes leurs forces pour s’emparer de Bastogne. En pure perte. Et le 26, vers 17 heures, la 4ème division blindée US, l’une des unités de Patton, opère sa jonction avec la garnison.
Au sud, la VII° armée Allemande est contrebattue et repoussée sur sa ligne de départ. La pointe extrême de l’avance de Von Manteuffel est arrêtée à Celles. Le 26, c’est le repli. De même, l’armée de Dietrich, qui avait reçu l’ordre d’avancer vers le sud-ouest, est épuisée par les terribles combats pour Manhay.
La situation devient intenable, et les Allemands réalisent qu’il va leur falloir retirer leurs troupes, pour leur éviter l’écrasement. Mais Hitler refuse. Pire : il ordonne la reprise de l’offensive. Le 3 janvier, un assaut spectaculaire est encore lancé, en vain, contre l’obsédante garnison de Bastogne.
Le même jour,  » Monty  » engage la contre-attaque au nord. Le 9, la 3ème armée Américaine contre-attaque elle aussi, en direction d’Houffalize ; sur ce qui constitue désormais les arrières allemandes. Car le 8 janvier, Model a enfin reçu la permission de reculer.
Le 16 janvier, les 1ère et 3ème armées américaines opèrent leur jonction à Houffalize, et poursuivent les Allemands battant en retraite. La 1ère armée reprend Saint-Vith, dévastée, le 23 janvier.
Plus d’un mois après le déclenchement de l’offensive, les Allemands se retrouvent sur leur ligne de départ.

 

Un bilan terrible

 

 

Les généraux américains après la bataille.

Après la bataille, Eisenhower, Bradley et Patton à Bastogne. Photo : Archives US Gov.

 

Cette bataille, tant par les conditions climatiques que par la sauvagerie des combats, est l’une des plus terribles de celles livrées sur le front de l’Ouest.
Les Allemands y perdent environ 120 000 hommes, 600 tanks et camions, 1 600 avions et 6 000 véhicules. Les pertes Américaines sont aussi sévères: plus de 80 000 hommes ; soit environ 10 000 tués, 48 000 blessés, 23 000 prisonniers ou disparus. 733 chars et canons anti-tanks ont été perdus.
Les Allemands ont sacrifié leurs dernières réserves opérationnelles. Quelques semaines plus tard, les alliés seront au Rhin : Hitler a entraîné son peuple dans une spirale de mort, qui trouve son épilogue dans un Reich dévasté. La capitulation n’est plus qu’une question de temps.

 

Patrick Germain / 2007

 

Les photos proviennent des archives US et des archives de guerre allemandes.


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Décembre '44 | La Gleize

Des collections d’une richesse inégalée sur la Bataille des Ardennes.

V2 : une sinistre « première » à Sterpigny (Gouvy)

V2 : une sinistre « première » à Sterpigny (Gouvy)

V2 : une sinistre « première » à Sterpigny (Gouvy)

 

Les faits rapportés ici sont strictement exacts et se sont déroulés quelques jours avant la première libération de septembre 1944. Ils sont le résultat d’une recherche par Lambert Grailet de documents dans les archives des armées allemandes et alliées et sont basés sur les témoignages de personnes qui assistèrent sans savoir ce qui se passait à la montée des premières fusées dans notre ciel. Un an après la première information donnée par L.Grailet, l’autorité allemande et les historiens confirmaient ces faits.

 

Le liégeois Lambert Grailet est l’auteur de nombreuses publications intéressantes sur les environs de Liège mais aussi sur ceux des Tailles dont il était devenu second résident. Il se mit sur la piste de révélations inédites à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire des événements de 1944-45 : ce fut la découverte et l’identification précise des sites de lancement mobiles des tout premiers V2 allemands.

 

 

 

 

Contrairement à la fausse impression laissée par des clichés de l’époque, la retraite en septembre 1944 des Allemands ne s’opérait pas comme un recul désordonné mais la manœuvre s’accomplissait sans précipitation. Des groupuscules protégeaient les arrières et un système équivoque fait de harcèlements sur le flanc des colonnes libératrices et de décrochages après l’ébauche d’une contre-attaque attirait à sa suite depuis la France une avance américaine trop rapide qui étirait à l’extrême ses lignes d’approvisionnement : l’intendance US ne suivait plus. C’est à ce moment que l’ordre de se déployer à contresens du mouvement de repli général de l’armée allemande  était donné à un détachement d’artillerie mobile : les fusées balistiques allaient apparaître officiellement pour la première fois ! Et ce début de l’ère spatiale aurait pour théâtre notre Ardenne, terroir si réservé que les témoins ne se manifesteront qu’après un demi-siècle d’hésitations trop prudentes alors que la libération de 1944 aurait dû être marquée par la révélation de cet événement exceptionnel.

 

De l’Allemagne vers l’Ardenne

 

v2_sur_sdkfz8Le 2 septembre, un énorme convoi quitte Euskirchen pour gagner dans le plus grand secret les abords de la Baraque de Fraiture . Dans la file des camions s’intégraient des tracteurs qui tiraient une longue et robuste remorque d’une conception remarquable, aux nombreux trains de roues couplées, les Meillerwagen. Sur ces dernières reposaient des sortes de fuselages d’avion sans aile, recouverts de bâches épaisses sous lesquelles on devinait la forme des empennages. Suivaient dans la colonne des camions-citernes chargés de véhiculer les tonnes d’agents propulseurs (oxygène liquide et alcool), les réserves de carburant nécessaire au déplacement, l’explosif dont l’ogive des fusées serait pourvue, la logistique assurée par un détachement de techniciens très compétents formés notamment sous la direction de Werner von Braun, des camion –  ateliers. Enfin, la protection du convoi était assurée par des blindés légers. Des témoins virent passer, de nuit, cet impressionnant convoi entre Stavelot et Trois-Ponts et à Grand-Halleux.

 

 

Les remorque d’une conception remarquable, les Meillerwagen

Les remorque d’une conception remarquable, les Meillerwagen.

 

 

Quel est l’objectif des V2 se Sterpigny

 

Le 6 septembre, deux Meillerwagen  portant chacune une fusée quittent leur cachette de La Baraque pour les environs de Petites-Tailles : pas besoin d’un grand mouvement de véhicules pour la mise en place et à la verticale, l’équipe est bien rôdée et a fait de nombreux essais. L’objectif visé n’est ni plus ni moins que Paris ! A 10 heures a lieu la mise à feu de la première fusée mais il ne se passe rien. Un heure plus tard, même chose avec la seconde. Les premiers essais tournent donc court en raison, semble-t-il, de l’humidité. Tout est remballé et les Allemands vont chercher un site de remplacement. Le convoi se retire partie à Aldringen et partie à Grûfflingen.

 

Décollage d'un V2

Photo d’illustration : décollage de la base de Peenemünde qui était était à la fois, entre 1936 et 1943, un centre de fabrication et un site d’essais de missiles.

 

 

Le 7 septembre, le tout est ramené dans les environs de Gouvy et le 8 à l’aube, les Meillerwagen se dirigent vers Sterpigny et déposent leur chargement dans une chemin forestier à quelques mètres de la route principale, au lieu-dit â Beûlèu et les différentes phases de préparation des fusées telles qu’elles s’étaient déroulées aux  Petites-Tailles deux jours avant débutent.

 

Décollage d'un V2

Photo d’illustration : décollage de Hollande

 

Le 8 septembre, à 8h40, un bruit terrifiant réveilla Gouvy

 

Tout à coup à 8h40, en ce vendredi 8 septembre 1944, un bruit terrifiant déchira le calme que connaît la région. D’après les témoignages, le vacarme inexplicable fut suivi d’un « coup de canon ». L’air ambiant vibrait comme si une catastrophe naturelle était en train de frapper le pays. Les témoins ( un groupe d’Allemands prenant son déjeuner dans une ferme de Halconreux et ignorant tout de ce que préparait leur propre camp juste à côté, des paysans au travail dans leur ferme et dans leurs champs, un groupe de maquisards cantonnant à 400 m, l’instituteur du village …) assistaient malgré eux à un spectacle des plus extraordinaires pour l’époque : ils furent les premiers civils dans le monde à pouvoir observer le tir d’une fusée balistique en campagne. Ils avaient fortuitement aperçu l’envol de la première des deux fusées qui avait surgi de derrière les frondaisons de la forêt. Alors que son grondement dantesque et le frémissement de l’air ambiant s’amenuisaient, elle filait de plus en plus vite avec son panache de flamme orange.

 

 

V2 en vol vers Paris

Le premier missile n’atteindra pas sa cible.

 

 

L’impact de ce premier V2 n’a jamais été retrouvé : sans doute s’est-il désintégré en altitude.

 

Alors que le bruit se répandait dans les villages voisins qu’un énorme canon allemand du type Grosse Bertha de 14-18 avait tiré sur Paris depuis le « Beûleû « , à 11 heures, la deuxième fusée était tirée, répandant la même terreur, non seulement cette fois sur le site du lancement mais, hélas, cinq minutes plus tard sur Maisons-Alfort au sud-est de Paris où six personnes étaient tuées et trente-six blessées. Cette réussite dramatique était donc une grande première mondiale.

 

 

V2 sur Londres

Dommages causés par des attaques à la roquette V2 en Grande-Bretagne, 1945. Appartements en ruine à Limehouse, East London. Photo publiée par l’Imperial War Museum.

 

Situation des sites de lancement

 

De tout ceci, on n’a rien su durant cinquante ans, jusqu’à ce que Lambert Grailet ne le révèle grâce à ses recherches. La rumeur se limitait à celle du gros canon. Il s’en était pourtant fallu de peu. Le 10 septembre, parmi les Américains libérant Houffalize se trouvait un correspondant de guerre particulier : le futur Prix Nobel de littérature 1954 Ernest Hémingway. Le lendemain, la progression américaine continuait vers Sterpigny mais à Cherain, donc à proximité du Beûleû,  Hémingway toujours à l’affût d’un scoop pour son journal, décide d’accompagner la colonne gauche qui libérera Courtil et Beho, ratant ainsi la possibilité d’annoncer au monde la première mondiale du V2. C’est ce  qui s’appelle rater la montre en or. Le hasard qui fait parfois bien les choses en avait, ce jour-là, décidé autrement.

 

Ecrit par :Robert Nizet 15-07-2008

 

Crédit(s) photographique(s): v2rocket.com
________________________________________
Note :
Note de la Rédaction
Beaucoup de sites ont pour objet l’histoire des fusées / missiles V 1 et 2, sur la Toile. Trop nombreux sont ceux qui se contentent d’aborder le côté technique, faisant fi de la réalité des souffrances physiques et morales engendrées par ce qui fut, il est vrai, l’ancêtre des premières fusées spatiales. Certes le temps a-t-il passé et, paraît-il, nombre de jeunes gens savent à peine qui fut Adolf Hitler, le nazisme et sa folie meurtrière. Ce n’en est que plus grave. Il est, à notre avis, trop facile et proprement criminel de faire l’impasse – quels qu’en puissent être les motifs – sur une réalité trop souvent occultée en ce cas comme en d’autres : le sang versé par le fait de ces petites merveilles de technologie ou par tel brillant stratège ne sort jamais, lui, d’une planche à dessins. Ne l’oublions jamais !
Source :
•    PREMIERE MONDIALE POUR LE V2 SUR PARIS, Le 8 septembre 1944 à Gouvy en Ardenne belge… par Lambert Grailet, 1996

 

Maquette et proportions V2

Les proportions du V2 – Légendes des pièces : Wikipedia
1 – Charge militaire | 2 – Système gyroscopique | 3 – Guidage et radio commande | 4 – Réservoir d’éthanol | 5 – Fuselage | 6 – Réservoir d’oxygène liquide | 7 – Réservoir de peroxyde d’hydrogène | 8 – Bouteille d’azote pressurisé | 9 – Chambre de réaction du peroxyde d’hydrogène | 10 – Turbopompe | 11 – Injecteurs éthanol/oxygène | 12 – Châssis moteur | 13 – Chambre de combustion | 14 – Empennage (x4) | 15 – Tuyère | 16 – Déflecteurs de jet en graphite(x4) | 17 – Gouvernes externes (x4)


Où est Gouvy

Sterpigny

v2_sur_site

Aire de lancement

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BONUS VIDEO | Les armes secrètes d’Hitler  | V1 et V2

Histoire des armes nouvelles développées par les Allemands durant la seconde guerre mondiale : les armes de représailles V1 (bombe volante) et V2 (fusées). Depuis le village de Peneemünde, Wernher Von Braun va marquer l’histoire en concevant la première fusée militaire. L’ère des missiles a commencé. On connait moins le coût humain de cette aventure ; pour produire les V2 en série il a été fait appel à une main d’oeuvre tirée des camps de concentration. 4 hommes seront sacrifiés pour produire une seule fusée. Ce film retrace aussi leur histoire.

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Le site de Saint-Thibaut, sur les Hauts de Marcourt

Le site de Saint-Thibaut, sur les Hauts de Marcourt

ips (bostryche) typographe

Le site de Saint-Thibaut, sur les Hauts de Marcourt

Surplombant la rive gauche de l’Ourthe, l’Ermitage Saint-Thibaut veille sur les ruines du château de Montaigu, et sur une source thérapeutique toujours réputée. La pente est raide, mais la découverte vaut bien un petit effort.

Oui, décidément, ça vaut bien un petit effort de se hisser là-haut.
Photo : Johnny Holtzheimer

C’est aux environs de l’an mil, semble-t-il, que la famille normande des de Montaigu, en charge de la vaste Prévôté des Rivières, fait établir un château sur un promontoire qui domine la vallée de l’Ourthe face au village de Marcourt.

De ce nid d’aigle imposant, aux puissantes défenses en éperon barré, les comtes de Looz puis les seigneurs de Walcourt vont verrouiller un vaste territoire qui revient aux de la Marck en 1408.

De la Marck : comment s’étonner qu’en 1413 Evrard de la Marck et son épouse, Agnès de Rochefort, refusent de prêter hommage à leur désormais suzerain, Antoine de Brabant (1) ?
Frère du duc de Bourgogne, ce dernier vient d’hériter du Duché de Luxembourg. Il compte bien faire valoir ses droits et, en matière de règlements amiables, n’a rien à envier aux de la Marck : orgueil pour orgueil, Montaigu est incendié et mis à sac. Les ruines du donjon, symbole s’il en est, se trouvent désormais sous la butte du calvaire.

Car si, après cet épisode, la Prévôté perd peu à peu son influence, le site n’est pas abandonné pour autant et le culte de saint Thibaut, à qui était dédiée la chapelle castrale, s’y développe rapidement.

Les ruines du donjon se trouvent désormais sous la butte du calvaire.
Photo : Johnny Holtzheimer

AUX SOURCES DE LA CHAPELLE

Bon, va pour saint Thibaut, comte de Champagne devenu ermite dont la Légende Dorée nous trace un portrait plutôt sympathique, tout en humilité et en austérité. Mais il n’est point nécessaire de passer par Remoiville pour voir clair et deviner, sous la bure de ce probable cousin des comtes de Montaigu, une source qui n’a pas attendu son baptême pour accomplir des miracles.

En contrebas de l’éperon jaillit en effet une eau claire et rafraîchissante à laquelle on prête des vertus thérapeutiques, particulièrement efficaces en matière de maladies des membres inférieurs. Les nombreuses petites croix qui émaillent les lieux, traditionnellement confectionnées à l’aide de matériaux rencontrés sur place, témoignent d’une confiance toujours vivace

Une eau claire et rafraîchissante à laquelle on prête des vertus thérapeutiques
Photo : Patrick Germain

Pèlerinages

Deux pèlerinages (les premiers samedis de mai et de juillet) convergent encore vers la chapelle, dont la construction fut envisagée dès le début du XVIIème siècle pour répondre à une dévotion croissante. Au final, la paternité de l’édifice reviendra à un curé de Marcourt, Charles Jamotte, qui réunit les matériaux et les fonds nécessaires à sa construction, achevée en 1639.

Consacrée en 1660, un ermitage lui a été adjoint dès 1645 dont le Frère Gabriel Lardinois fut, en 1968, le dernier occupant à ce jour. L’ensemble occupe l’emplacement d’une tour d’angle de la forteresse incendiée.

La chapelle flanquée de l’hermitage depuis 1645
Photo : Johnny Holtzheimer

Classement, vandalisme et restauration…

A l’emplacement de l’ancien donjon, outre le calvaire dont les escaliers et le pavement ovale remontent à 1608, une grotte figurant le tombeau du Christ. Logique, pour un lieu d’où de nombreux Croisés partirent vers la Terre-Sainte. Construit au XIXème siècle, celui-ci dut être restauré – vandalisme oblige – en 1984.

Un vandalisme dont le classement du site, en 1973, n’a pu entraver les manifestations sporadiques. Par bonheur, le beau travail et la présence régulière des membres de l’association « Royale asbl chapelle et ermitage Saint-Thibaut (2) » compense l’oeuvre des quelques inévitables imbéciles de passage. Et conserve toute sa magie à un site exceptionnel dont le visiteur saura goûter les saveurs dans l’état d’esprit commun aux amoureux de l’Ardenne et de ses mémoires. Des visites guidées y sont organisées.

La grotte figurant le tombeau du Christ
Photo : Johnny Holtzheimer

Le gisant à l’intérieur du « tombeau »
Photo : Patrick Germain

= Agrandir les images

Notes :

1- A partir de Wenceslas II (1361 † 1419), les ducs de Luxembourg vont donner le duché en gage à certains princes, moyennant une somme d’argent, qu’ils pouvaient rembourser pour le récupérer le duché. Ce qu’ils n’arrivèrent jamais à faire. Sous l’angle de la stricte légitimité, on ne peut donc donner tort aux de la Marck. Hommage leur soit rendu : à se soumettre à n’importe qui, on devient n’importe quoi.

2- Renseignements : Royale asbl chapelle et ermitage Saint-Thibaut
Jacques Martin, Le Douaire, 3 à 6987 MARCOURT
T. +32 (0) 84 47 73 45

Source :

  • « Communes de Belgique – Dictionnaire d’histoire et de géographie administrative » – Crédit Communal de Belgique, à la Renaissance du Livre -1980.
  • « L’ermitage de St. Thibaut – Le Site de Montaigu » au SI de Marcourt (Merci à Sophie pour sa compétence et sa gentillesse)

Texte : Patrick Germain
Photos : Johnny Holtzheimer et  Jean-Marc Evrard

Où est Marcourt

Marcourt

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La légende d’Orval :  Mathilde, la truite et la fontaine | Florenville

La légende d’Orval : Mathilde, la truite et la fontaine | Florenville

La légende d’Orval : Mathilde, la truite et la fontaine | Florenville

Écoute, Pèlerin de toi-même, la Légende d’Orval ; du Val d’Or où tout est possible.

Or donc en ces temps-là il advint que Mathilde, veuve de Godefroid le Bossu, duc de Lorraine, s’en vint rendre visite à son parent Arnould, comte de Chiny, pour tenter d’apaiser quelque peu la douleur d’un double deuil. Nul n’échappe en effet au sort commun, et Mathilde n’était veuve que depuis peu lorsque son fils unique fut englouti par la Semois alors qu’il jouait sur son cours pris par le gel.

Ainsi le comte évoqua-t-il la présence, dans une forêt voisine, d’ermites y menant une vie angélique. Mathilde, brûlant de rencontrer ces saints hommes, se rendit au lieu-dit dès le lendemain, et fut touchée au plus profond par la rude fraternité qu’elle découvrit chez ceux-là qui avaient décidé de quitter l’agitation du siècle.

Après être demeurée quelques instants en prière dans leur robuste oratoire de chêne, elle les rejoignit auprès d’une fontaine dans l’eau de laquelle, en quête de fraîcheur, elle plongea la main. Mais voici que l’onde fait glisser de son doigt l’anneau qu’elle porte, cher souvenir de son époux disparu. On imagine sans peine la désolation de Mathilde et l’empressement de ses compagnons à retrouver l’objet. Mais en vain : celui-ci demeurait enfoui dans les graviers.

Les voici dès lors aux pieds de Notre-Dame Marie, patronne du lieu, implorant son aide avec la ferveur qu’on devine. Oraisons faites, Mathilde et les membres de la communauté s’en revinrent vers la source d’où ne tarda pas à émerger une truite tenant dans sa bouche l’anneau perdu : « Voici l’or que je cherchais „, s’écria la dame, » Heureuse la vallée qui me l’a rendu ! Aussi je souhaiterais qu’on l’appelle désormais le Val d’Or „.

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Orval aujourd’hui. Photo Daniel Pigeon

 

Texte : Patrick Germain 2008
Photos : Daniel Pigeon – www.fotopassion.be/

Note :

Les Fils de Cîteaux, ultime et affectueux lien avec l’Église de mon père, ne me tiendront pas rigueur de citer ce passage de Tillière d’ailleurs publié sous leurs auspices et rendant aux dieux tutélaires ce qui leur appartient sans doute :  » Si Godefroid le Bossu, époux de Mathilde, avait eu un enfant, pourquoi aurait-elle adopté son neveu Godefroid de Bouillon ? Cette fort belle histoire pourrait bien être un remaniement d’une vieille légende d’origine pré-chrétienne „. Que les enfants d’Épona (parfois appelée sainte Brigitte – de Kildare) soient rassurés : nulle communauté chrétienne ne pouvait mieux que les Cisterciens respecter l’esprit des lieux. Que la Paix soit avec eux et avec tous ceux qui sont en chemin vers le coeur du roncier.
Source :
•    Adaptation libre de la légende rapportée par Henriquez in N.Tillière :  » Histoire de l’abbaye d’Orval „ – Éditions d’Orval – 7° éd. 1967 –
Sur la toile :


 

Où est Orval

Orval

La fontaine Mathilde à Orvalorval_fontaine _mathilde_fotopassion

Jules Bebronne, le Sorcier au Fil d’argent

Jules Bebronne, le Sorcier au Fil d’argent

Jules Bebronne, le Sorcier au Fil d’argent

Découvrant l’autre jour un fer à cheval perdu, j’y remarquai la présence d’un biseau caractéristique : le « fil d’argent ». Suivons-le, à la rencontre de Jules Bebronne, un maréchal-ferrant quelque peu sorcier.

 

pied

Une nouvelle ferrure. Le fil d’argent et la pince unique du fer antérieur, « tirée » du fer lorsque celui-ci est rouge.

Le « fil d’argent », biseau de la partie supérieure d’un fer-à-cheval, consiste en une opération optionnelle qui permettra à l’ongle du cheval ainsi ferré de ne pas déborder en repoussant. C’est, en fait, une manière de signature. Au même titre que les pinces « tirées », la branche demi-turque ou le relevé en bateau. Signature. Les forgerons ont toujours été un peu sorciers, dont les filiations remontent à la nuit des temps par de singuliers cheminements ne devant pas souvent grand-chose aux liens du sang. En l’occurrence, vu le lieu, je pensai : « Thirifayt – Bebronne – Noirfalize ». Car Yannick doit beaucoup à Jules, qui lui-même doit une bonne partie de son art à Félix. Félix Noirfalize.

Un nom qui ne vous dira rien, sans doute. Ni à beaucoup d’Ardennais qui, pourtant, possèdent encore un « Jalhay » dont ils se servent peu ou prou. Félix Noirfalize était jadis passé maître dans le forgeage de ce type de serpette – on dira un « firmin » ou « fiermin » – qui assura longtemps la renommée du village fagnard bien au-delà de son aire d’influence naturelle.

 

ITINÉRAIRE D’UNE LÉGENDE

C’est chez lui, puis à l’école de maréchalerie de Bruxelles et enfin chez Guillaume, à Vielsalm, que Jules Bebronne – né en Normandie un jour d’août 1927 – fit son apprentissage avant de devenir « le Sorcier » auquel on fera appel de tous les horizons d’Europe, pour les cas difficiles.
Notre première rencontre se produisit un matin où mars soufflait ses hâles sur Petit-Thier. Pol Guillaume venait de sortir (les légendes se recherchent) et quelques saillies flottaient encore dans l’air enfumé de la forge. Comme d’habitude, le duel avait fait l’une ou l’autre victime collatérale – messieurs bien en place, bigotes et autres « yaka » – sans pouvoir départager ses protagonistes passés maîtres dans l’art subtil de saper les piédestaux.

 

bebronne_3_fin_premierÀ septante-cinq ans (nous sommes en 2008), Jules était ce qu’il fut et reste : un homme debout, carré mais sans violence. Attachant. Et qui, passé quelques échanges scrutateurs, racontait comment, au gré du temps et des expériences, il avait fini par devenir une référence en matière de ferrure pour les chevaux de selle, dont le secret tient en trois mots : « patience, parole, et espace ». Les deux premiers pour comprendre le cheval, et lui faire oublier qu’on travaille sur son pied. Le dernier pour éviter les mauvais coups, tant il est vrai que seuls ceux qui « font du cheval » ignorent que : « Li mèyeu dè tchfås a touwé s’mèsse » (« Le meilleur des chevaux a tué son maître »).

 

LA MARQUE DU SORCIER

Techniquement ? « D’abord, une bonne parure. Un cheval mal paré sera toujours un cheval mal ferré. Pour ça comme pour le reste, il faut avoir un bon coup d’oeil et travailler avec précision, sinon, tu finis toujours par faire mal au cheval d’une manière ou d’une autre. Et je ne supporte pas qu’on fasse mal a un être vivant par bêtise, ou par négligence. C’est valable pour les maréchaux qui cochonnent leur travail, mais pas seulement : il y a pas mal de propriétaires qui te disent qu’ils aiment bien leur cheval et qui feraient mieux d’acheter une moto ! » Dont acte, et parfois utile à rappeler.

 

bebronne_2_forgeQuant à savoir ce qui rendait les ferrures du Sorcier reconnaissables entre toutes : « Je ferrais systématiquement avec la branche demi-turque, et un relevé en bateau, très prononcé. La demi-turque, plus étroite, plus haute, et en biais vers l’intérieur, fait que les chevaux ne se blessent jamais. Et l’avant du fer relevé, en forme de proue de bateau, facilite leur déplacement. Ça correspond un peu à la point d’une chaussure, qui est aussi un peu relevée, en plus d’être souple. »
« Pour fixer, j’employais trois sortes de clous [Jésus-Christ], avec des têtes carrées et des lames plus longues et plus fines, pour ne pas blesser. Il fallait repasser les étampures, mais ça prend à peine un peu plus de temps. Quand le fer est encore chaud, il n’y a pas de problème, et à mon avis c’est nécessaire ».

 

 

Durant l’été 1947, il fait très chaud. Trop. Jules pratique son art à Jalhay, où il va être acteur et témoin d’un moment charnière de la vie rurale : la fin des roues de charrettes traditionnelles.

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Un cheval de trait dans un « travail » (un travâ en wallon), lors d’une démonstration de ferrage dans le cadre d’une fête rurale.

Sur les Hautes-Fagnes comme ailleurs, le soleil tape dur en cet été de 1947. À un point tel qu’il devient indispensable de resserrer les cerclages métalliques des roues de charrettes et autres fardiers. L’opération n’est pas exceptionnelle pour autant, elle est donc rondement menée.
Ce qui est exceptionnel, par contre, ce sont les écarts d’hygrométrie : « Quand la pluie est revenue, le bois a travaillé en sens inverse, et la plupart des roues ont fait [crameû]. Les moyeux se sont décentrés ».
Les circonstances, elles aussi, sont particulières. Car les terribles combats de l’hiver 44-45 ne sont pas loin : « Des roues toutes faites, qui ne risquaient pas de se déformer, il y en avait dans tous les coins. Il suffisait de se baisser. Tu comprends bien que les gens ne se sont pas privés de les utiliser… « 

 

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Un métier bien exigeant pour le dos. Si le cheval est sage, ça va.

Mieux : à l’usage, ces roues de tous calibres et leurs pneumatiques vont s’avérer moins destructeurs pour les pâtures et les chemins. À grand renfort d’ingéniosité, ils vont peu à peu être adaptés au charroi existant, détrônant définitivement les roues traditionnelles et leurs bandages métalliques. Celle que vous possédez peut-être, Pèlerin, a donc toutes les chances d’avoir été fabriquée antérieurement à 1947.

 

 

 

VOIES DISCORDANTES

Tiens, à propos de roues de charrettes : certains chemins ruraux présentent encore un relief particulier, marqué par de profonds sillons engendrés par le passage répété du charroi de jadis. Véritables rails en creux, ceux-ci témoignent de l’écartement entre les roues et constituent « li bâne ». La voie, en français.
Autres sorciers ruraux, les charrons n’ont pas tardé à s’entendre pour leur donner des dimensions à peu près standardisées sur de vastes aires géographiques. Logique. Mais pas toujours intéressant, là où la concurrence faisait rage pour s’approprier de juteux marchés.

D’ici peu, il ne restera plus que le cercle de fer qui serrait les pièces en bois de la jante.

Jules se souvient : « Traditionnellement, les paysans de Sart et de Jalhay conduisaient le bois aux boulangeries de Verviers et de Spa. Des occasions pareilles, il n’y en avait pas beaucoup : c’était la grosse bagarre d’un village à l’autre, pour empêcher le voisin de venir se servir chez soi. Alors ils ont utilisé des [bânes] différentes, à quelques centimètres près, de manière à ce que leurs ornières rendent les chemins impraticables pour les concurrents ».
Les charrons. De sacrés bonshommes aussi, ceux-la. Ainsi, vous êtes-vous jamais demandé pourquoi toutes les boiseries étaient peintes en vert dans tel village, et en bleu dans celui d’à côté ? Une coutume moins vivace que naguère, il est vrai, mais qui a persisté çà et là avec plus ou moins de vigueur quand même on en a oublié l’origine.
La raison est purement pratique : plutôt que se lancer dans une expédition jusqu’à la ville pour acheter de quoi recouvrir la porte de grange ou les châssis de fenêtres, on se fournissait chez le charron. Celui-ci possédait un stock de peinture, et s’accommodait volontiers d’un paiement en nature. Le choix des coloris n’était pas énorme, et les goûts de l’artisan parfois discutables sans doute ; mais à cheval donné on ne regarde pas les dents, n’est-ce pas ? Et puisque personne ou presque n’agissait autrement…

 

LE FIL D’ARGENT

Il n’y a plus guère de charrons, de nos jours. Et les forges de village se sont éteintes l’une après l’autre. Tout au plus quelques « travails », sauvegardés au titre de petit patrimoine, subsistent-ils. Mais chevaux et  « marihås » ne s’y côtoient plus de longue date, dans l’âcre odeur d’ongle brûlé, de graisses et de charbon.
Jules Bebronne est donc sans doute l’un des derniers en son genre, dont l’antre résonne encore de temps à autres aux airs de contreforges resserrant les molécules du fer pour dépanner ceux que le « tout à jeter » n’a pas encore gagnés : « Je rends service. Et quelquefois on m’amène un bel outil à rattraper – des firmins surtout – mais ça devient rare« .
Quant à savoir ce qu’il pense de la maréchalerie moderne : « Des bons, il y en a encore. Et quelques très bons. Mais il y en a beaucoup trop pour lesquels tout n’est plus qu’une question de rentabilité. Quand on voit tous les produits qui existent pour réparer les dégâts, ça veut bien dire qu’il y a de mauvais maréchaux, non ? »

bebronne_7_sourit_fin_deux Une lueur passe dans les yeux du Sorcier : le Fil, sans doute. Le Fil d’argent. Félix – Jules – Yannick, ici. D’autres, ailleurs. L’art et le savoir ont été transmis, il le sait. Et avec eux l’amour de « la belle ouvrage », qui sublime le travail. Une note s’est ajoutée au chant des marteaux sur l’enclume, Jules. La vôtre. Et, le regard dans le foyer, il me prend à penser que c’est sans doute tout ce qui compte: ajouter sa note, la plus pure possible. Mais ça aussi, vous le savez.

Ecrit par :Patrick Germain 28-01-2008


 

Chapelle de Farnières, la légende

Chapelle de Farnières, la légende

Chapelle de Farnières, la légende

Le temps n’a pas conservé le nom de ce comte qui, chassant sur ses terres de Farnières “ en ces temps-là „, fut informé par un manant de la découverte de la statuette d’une Vierge Noire au pied d’un chêne majestueux. Un lieu bien insolite pour un tel objet, sans doute, mais pas au point d’ébranler le seigneur qui décida de l’abriter dans la chapelle de son château.

L’affaire aurait pu en rester là : après tout, en ces temps troublés où la plupart des châtelains n’étaient guère que des rapaces, l’apparition pouvait avoir mille raisons tout à fait pragmatiques.
Ce qui l’était moins, par contre, c’était l’obstination de cette Vierge Noire à disparaître mystérieusement de la chapelle castrale pour rejoindre son chêne, là-haut. Un signe, à n’en point douter. Après avoir reçu l’aval de son chapelain, le comte décida donc de faire construire un bel oratoire pour abriter la Vierge là où elle avait manifestement décidé d’élire domicile.

L’endroit bientôt devint célèbre et le seigneur ne manquait pas de rendre de fréquentes visites à la chapelle lorsque, le soir venu, les lieux retrouvaient leur quiétude : l’homme, quoique jeune encore à ce qu’on dit, était d’un naturel farouche.

Mais la vie fait parfois de curieux détours.
Ainsi le comte se piqua-t-il un jour de découvrir le monde et d’y faire sa vie loin de ces terres dont la sauvagerie lui était devenue insupportable. Il advint donc ce qu’il advient généralement en pareil cas : ruiné par les miroirs aux alouettes, il s’en revint quatre ans plus tard vers le domaine qu’il trouva, en dépit des efforts de son avoué pour juguler l’hémorragie, dans un triste état.

Pas guéri pour un sou, le seigneur rêvait pourtant de repartir vers ces lieux où tout était facile, parmi les ors et les draperies. Cette fois, pour sûr, il trouverait d’autres amis, fiables et tout prêts à lui offrir la place qu’il estimait lui revenir.
Mais les fonds n’arrivaient que trop lentement à son goût aussi un jour, tandis qu’il chevauchait, se prit-il à souhaiter la rencontre avec le diable en personne auquel, moyennant vingt ans de bonheur, il vendrait volontiers son âme. Après tout, cette Vierge Noire aux pieds de laquelle il s’en était retourné prier quelque temps ne semblait guère pressée d’intercéder pour lui, alors…

Alors toute âme bien née sait qu’il est périlleux d’évoquer Satan ! Les oreilles du Prince des Ténèbres sont partout. Et elles traînaient ce matin-là.

 

An engraved vintage Bible illustration drawing of Satan the devil, from an antique book dated 1836 that is no longer in copyright

 

Quelques jours plus tard, alors qu’il arrivait près d’un arbre creux, un cavalier dont l’identité ne faisait aucun doute lui mit en mains le plus redoutable des marchés : “Vingt ans de bonheur, c’est bien ce que tu veux ? De ce bonheur qui ne se peut sans menue monnaie ? Vois ce pacte : en échange de tout l’or que peut contenir cet arbre mort tu me rejoindras ici dans vingt ans jour pour jour. J’y prendrai livraison de ton âme et de celles, pour le cas ou tu trouverais femme et aurais descendance, de tous les tiens. Signe ! „

Après tout, après quelques déconvenues, le comte s’était bien promis de rester garçon. Et il signa.

Et son domaine s’agrandit, au point de faire des envieux parmi les seigneurs d’alentours. Et il vit le monde, et le monde l’accueillit cette fois avec tous les égards. Tout était faste et s’il subsistait quelques bonnes personnes pour supposer que tout ce bien-être soudain était dû à l’intercession de la Vierge Noire, nombre d’autres pressentaient la triste réalité.
Ce qui, paradoxalement, ne l’empêcha pas de rencontrer puis d’épouser une noble demoiselle au pays de Lesse dont on savait à la fois la grande beauté et la grande piété. Laquelle lui donna bientôt un fils. Fallait-il qu’il ait tout oublié ? Qu’il soit devenu fou ? L’amour tient un peu de tout ça, et de tant d’autres choses. Car c’était bien lui qui avait frappé à la porte de ce coeur que tous croyaient ruiné. Et il lui avait ouvert.

Mais vingt ans passent vite et, à mesure que la date fatidique s’annonçait, on vit le comte délaisser fêtes et tournois pour ne plus s’intéresser qu’à sa famille, rongé d’avoir condamné deux innocents à la damnation pour satisfaire ses désirs orgueilleux. Jamais sans doute ne leur fut-il plus attentif. Jamais sans doute ne fut-il aussi malheureux.

Vint le jour fatidique, où tout allait être consommé : nul ne peut échapper au diable quand il a fait affaire avec lui. Prétextant la douceur du soir et l’envie d’aller chevaucher un peu en famille, le comte décida son épouse et son fils à l’accompagner. Ce qu’ils firent d’autant plus volontiers que la chose n’était pas exceptionnelle et que le comte feignait une humeur enjouée.

Le chemin vers l’arbre creux passait non loin de la chapelle de Farnières, où il laissa son épouse et leur enfant se recueillir tandis qu’il les attendrait à l’endroit dit : quelques prières ne pouvaient nuire à ces deux innocents, tandis que lui n’en attendait plus rien.

farnieres_statuette

La statuette de tous les malheurs

Pourtant…

Pourtant, à l’heure précise à laquelle la folie du comte aurait du trouver son sinistre aboutissement, la forêt résonna d’un cri horrible qui fit trembler arbres et rochers : fou de rage et de terreur, Satan fixa une dernière fois un point par-dessus l’épaule du comte avant de disparaître tandis que la parchemin maudit se consumait au pied de l’arbre mort.
Se retournant, il s’aperçut que celle vers laquelle il n’avait osé se retourner lorsqu’elle était arrivée quelques minutes plus tôt n’était pas sa femme, mais la Vierge Noire qui, à présent, lui parlait : “ Sire, je n’ai jamais oublié ce que vous avez fait à mon intention dans votre pieuse jeunesse. Et même si je vous ai refusé une richesse dont la seule fin était de satisfaire votre vanité, j’ai placé sur votre route une de mes fidèles servantes : c’est elle qui vous a sauvé, en ouvrant votre coeur au repentir et aux saintes affections de la famille. Et c’est ainsi que j’ai obtenu de venir vous délivrer en ce lieu en attendant d’obtenir votre grâce entière là-haut „.

Puis la vision s’évanouit, et le seigneur retrouva sa femme en oraison à la chapelle tandis que son fils dormait paisiblement sur une marche de l’autel.

Dès cet instant, un tout autre bonheur s’empara du comte et une harmonie sans tapage se mit à régner sur sa famille et le domaine. Faut-il préciser que le seigneur ne laissa plus un jour passer sans venir rendre hommage à la Vierge qui l’avait sauvé, lui et toute sa famille des griffes de Satan ?
 » Il vécut de longues années, entouré d’une progéniture nombreuse, formée à marcher droit et ferme dans le sentier du devoir et de l’honneur « , conclut le rapporteur de cette histoire pleine d’enseignements.

Allons, il se fait tard : bien à vous, Pèlerins. Et gardez-vous d’acquérir jamais les vanités de ce monde au prix de votre âme, ainsi que ça ne se pratique que trop de nos jours. Cette manière d’orgueil se paie tôt ou tard, et la Vierge Noire n’est pas toujours au rendez-vous.

Mais tout ça ne sont que des légendes, n’est-ce pas ? Sans doute, sans doute…


Ecrit par :Patrick Germain -2008
Source :
•    Version écrite sur base de la légende locale et de lla version donnée par Marcellin La Garde (« Le Val de la Salm » – edition 1938)


 

Farnières

Farnières.
La Chapelle

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Les séchoirs à tabac de la Semois

Les séchoirs à tabac de la Semois

Les séchoirs à tabac de la Semois

L’entrelacs de poutres et de planches des séchoirs à tabac de la Semois fait désormais partie intégrante du paysage de la vallée. Petite visite aux ancêtres.

 

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 La vallée de la Semois recèle mille attraits dans ses méandres. Paysages superbes, forêts profondes et villages alanguis se succèdent au rythme d’une rivière qui prend le temps de fignoler son cours en rêvant d’alizés, qui sait.

Nous avons déjà évoqué en ces pages l’histoire de Joseph Pierret, ancien instituteur qui, en 1856, se mit en tête de planter le premier are de ce fameux tabac aux arômes inégalés. Certes, on est loin désormais des centaines d’hectares de jadis et de leur production, mais les rares fabricants restants perpétuent une tradition que savent apprécier ces hommes généralement paisibles constituant le dernier carré des fumeurs de pipe.

Soit. Pas de polémique, comme dirait l’autre. D’autant qu’il s’agit ici d’évoquer un patrimoine bâti : les séchoirs a tabac qui, avec leurs silhouettes caractéristiques, font partie intégrante du paysage de la vallée.

 

 

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De septembre à novembre, en effet, le tabac vit dans les séchoirs. Bien ventilés, ceux-ci assureront une dessiccation parfaite, gage de bonne conservation et de belle coloration.
Quelques-uns d’entre eux gardent leur vocation première, tandis que d’autres, entretenus avec soin, servent désormais d’abris pour les cordes de bois quand ils n’ont pas été reconvertis en logements.

 

 

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Nombre d’entre eux, enfin, tendent leurs bras meurtris vers le ciel d’Ardenne en attendant une fin inexorable. Il est bien loin, le temps du vieux Pierret. D’aucuns diront que c’est bien ainsi.

 

 

 

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Reste que, dans l’entrelacs des poutres où achève de s’écrire un épisode de l’histoire de la vallée et de ses habitants, le vent raconte quelquefois de curieuses histoires de braconniers, de galanteries et de fraudeurs. Il serait, convenez-en, bien regrettable de priver les générations futures d’un tel instrument*.

Patrick Germain / 22-01-2008


 

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20 arbres et arbustes des forêts et bocages ardennais

NOUVEAU GUIDE ARDENNAIS

Simple, convivial et bien illustré

Le château de Burg-Reuland, une gloire discrète

Le château de Burg-Reuland, une gloire discrète

Le château de Burg-Reuland, une gloire discrète

Aux confins de deux cultures, Burg-Reuland a longtemps joué un rôle trop souvent méconnu. Et la légende voulant que les clefs du château – dont les ruines dominent la vallée de l’Ulf – ouvraient jadis les portes de Luxembourg, n’est pas dénuée de fondements historiques.

À quelques kilomètres de Sankt-Vith et un jet de pierre de la frontière allemande, Burg-Reuland abrite sa coquette quiétude à l’ombre de la tour de l’église saint Stéphane et, surtout, des ruines de son château féodal.

 

Objets de plusieurs restaurations depuis le début du XXème siècle, chemins de rondes, souterrain et autre donjon appellent à une plongée dans le temps, dans le cadre d’une vallée remarquablement préservée.
Pas de tapage, ici. Et c’est à pied, de préférence, que l’on escaladera l’escarpement rocheux qui mène au château : les emplacements de stationnement n’y sont pas légion, et le prestige de son histoire vaut bien quelque pédestre déférence. Car le burg de Reuland, qui est loin d’avoir livré tous ses secrets, n’est jamais que la partie visible d’un passé prestigieux.

 

SOUS LES AUSPICES DU SAINT-EMPIRE

 

 

Le site est en effet occupé, et fortifié, depuis des temps immémoriaux. Ainsi les fondations de la petite tour Nord datent-elles de l’occupation romaine. Les Francs – dont les rois, pour mémoire, n’avaient pas de résidence fixe – en font une villa royale, dans laquelle Charlemagne lui-même séjourne un temps.

Mais les principaux travaux de fortification sont réalisés au Xème siècle, consécutivement aux raids normand (882) et hongrois (961). Le donjon (Bergfried) Ouest, d’où l’on découvre les environs, date de cette époque.

À l’abri de ses puissantes murailles, doublées d’un système défensif d’enceintes et de douves s’étendant jusqu’à la vallée, le burg Reuland va connaître une longue période de tranquillité durant laquelle les comtes de Reuland, aussi redoutés que familiers de la suite du Saint-Empire Romain Germanique, en profitent pour se couvrir de gloire : Werner de Reuland (fin du XIIème siècle) est un intime de Fréderic Barbarousse, tandis que Dietrich, dit « Le Lion » trouve la mort lors de la prise d’ Akkon (IIIème croisade) en menant un assaut décisif.

En 1309, toutefois, Arnold de Reuland meurt sans descendance. Les comtes de Blankenheim héritent du château et de la seigneurie, qu’ils s’empressent de revendre à Jean l‘Aveugle, comte de Luxembourg et roi de Bohème.

Celui-ci intègre la forteresse – qu’il confie à Konrad de Schleiden – dans son système de défenses orientales, avant de mourir à la célèbre bataille de Crécy (1346) tombeau de la Chevalerie. Son fils, Wenzel I, lui succède avant de trépasser sans autre gloire que son effroyable cruauté. Wenzel II, par contre, renoue avec la tradition du lieu : seigneur de Reuland, comte de Luxembourg, roi de Bohème et empereur d‘Allemagne, c’est à Reuland qu’il reçoit l’ Hommage de ses vassaux, en 1384. Il confie Reuland à Edmond von Engelsdorf, qu’il institue par ailleurs grand argentier du duché de Luxembourg et du comté de Chiny. Une charge qui restera confiée aux seigneurs de Reuland jusqu’à la fin de l’ancien régime.

 

 

En 1410, Werner von Pallant se marie avec Alverade, nièce d‘Emond. Reuland passe ainsi aux mains de cette célèbre lignée d’Empire qui va régner durant quelque deux cents ans sur les lieux. Le dernier des Pallant, Balthasar, également châtelain et seigneur à Alpen (Basse-Rhénanie), meurt en 1623. Son épouse, Elisabeth von Mylendonk, châtelaine du Drachenfels et souveraine de Meidrich (Basse-Rhénanie) l’avait précédé en 1614. Leur gisant de marbre noir est encore visible dans l‘église de Reuland.

Le comte Ferdinand von Berghes, époux de la nièce de Balthasar von Pallant, fut le dernier héritier de Reuland. Car, en 1689, le roi de France Louis XIV envahit nos régions, alors espagnoles. Comme à son habitude, ce grand frileux fait incendier le château. De 1714 à 1797, ce sont les Autrichiens qui occupent les lieux, dont la vocation militaire fait désormais partie du passé. Puis Reuland retourne à Luxembourg qui instaure un gérant, dont le dernier fut Johann Georg Franziskus Wolf.

La Révolution française sonne ensuite le glas de l’ancien régime, et le château ruiné est vendu en 1804 pour démolition. La famille Mayeres, de Reuland, acquiert les ruines et les propriétés conjointes en 1830.

Classées en 1980, elles sont désormais propriété de l‘État belge. Celui-ci y a autorisé et/ou patronné plusieurs campagnes de fouilles, dont une nouvelle devrait avoir lieu en 2007.

 

PASSEZ LA PORTE

 

 

Désormais sauvé de l’oubli, le château de Reuland peut couler des jours heureux, à l’abri des afflux touristiques connus ailleurs, en laissant ses murailles tutoyer le ciel d’octobre et le vent des légendes.

Lui rendre visite, c’est également avoir envie de mieux connaître un environnement splendide dont il constitue l’un des portiques : la vallée de l’Our.

Écrit par : Patrick Germain /2007

________________________________________
Note :

Source :
•    Merci au personnel du SI de Sankt-Vith.
•    « Die Burg-Reuland » (Province de Liège – Région wallonne – Deutschsprächige Gemeinschaft)
•    « Communes de Belgique – dictionnaire d’histoire et de géographie administrative » 1980 (Crédit communal de Belgique et Renaissance du Livre)

… et en prenant un peu de hauteur avec AéroPixel

 

Burg-Reuland

Burg-Reuland_45Le château de Reuland

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La croix Schmitz (Chmits), dans le Grand-Bois de Vielsalm

La croix Schmitz (Chmits), dans le Grand-Bois de Vielsalm

La croix Schmitz (Chmits), dans le Grand-Bois de Vielsalm

L’Ardenne tout entière est parsemée de croix. Votives ou commémoratives, elles font partie d’un petit patrimoine qui, indépendamment des convictions, vaut d’être protégé.

 

Le 7 juillet 1843, à l’endroit où est érigée la croix commémorative qui porte son nom, gît le corps ensanglanté du brigadier des douanes. Il s’appelait Jean Chmits selon l’épitaphe gravée sur la croix, ou Schmitz selon ce que disent les cartes géographiques. Il semblerait que les cartes géographiques aient raison, car l’acte de décès indique en effet que c’est bien Jean Schmitz qui est décédé ce jour-là.

Il est vrai que le nom de Schmitz – avec le S – est très répandu dans la région, tant dans les familles francophones que du côté germanophone. Le même acte de décès précise que l’infortuné habitait Petit-Thier.

À côté du malheureux douanier, son fusil de service.

Les circonstances restent d’autant plus floues que le temps a passé. Accident ? Suicide ? Ou crime, maquillé en accident ? L’ancienne frontière avec la Prusse se trouve à un jet de pierre : la fraude était alors une activité fort répandue. Les enjeux ne se limitaient pas à quelques paquets de tabac, et la lutte était rude, entre fraudeurs et douaniers. Au point de se terminer parfois tragiquement.

L’Histoire, dans ses zones d’ombre, voisine souvent avec l’imagination.

Il semblerait pourtant que cette histoire soit moins romantique que l’imagination le souhaiterait, Jean Schmitz a été manifestement la victime d’un coup de feu accidentel. De sa propre arme, de l’arme d’un collègue ?

Rien ne l’explique, mais, pourra-t-on prouver si un fraudeur surpris n’y est pas pour quelque chose ?

Puisque c’est à deux pas de là que Marcellin La Garde a situé la saga du « Fraudeur de Tinseubois ».

A vous de mener l’enquête…

 

Croix Schmitz dans le Grand-Bois

On parlera ici d’une « Croix d’Occis » dans la mesure où elle commémore un fait dont la nature criminelle peut être au moins soupçonnée. La croix en schiste, sur laquelle est gravé le nom de Jean Chmitz est solidement fichée dans un muret maçonné, en schiste lui-aussi.

Patrick Germain /Fr. Rion


 

La croix Schmitz

La croix en schiste.

La croix Schmitz

La chapelle de Tinseubois

Le crochet vers la chapelle de Tinseubois vaut le détour.

La chapelle de Tinseubois

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Le Königstiger de La Gleize

Le Königstiger de La Gleize

Le Königstiger de La Gleize

Abandonné par son équipage le 22 décembre 1944, le Tigre II « Royal » de La Gleize aurait fini dans une aciérie si une habitante du lieu ne l’avait troqué aux GI’s, dans un marché plutôt cocasse. Bien joué : il ne reste désormais que six exemplaires du Königstiger visibles de par le monde.

 

tigre_la-gleize_avant

 

Le Panzerkampfwagen VI Königstiger est sans conteste le plus puissant char d’assaut allemand de la Seconde Guerre mondiale produit en série. Certains affirment tout simplement que c’est le meilleur char lourd de ce conflit, en dépit de faiblesses certaines. À titre indicatif, le canon du Königstiger perforait entre 132 et 153 mm de blindage incliné à 30° à 2000 m de distance.

Le 16 décembre 1944, quinze des 45 chars Tiger II prévus au tableau organique du 501ème Schwere Panzer Abteilung (bataillon de chars lourds) de von Westernhagen se mettent en branle. En support du Kampfgruppe (groupe de combat) de l’Obestrurmbannführer (lieutenant-colonel) Joachim Peiper, fine fleur de la 1ère SS Panzerdivision « Leibstandarte SS Adolf Hitler », ils vont constituer l’un des fers de lance de l’offensive allemande.

 

 

konigstiger_03_peiper

Toutefois, en détruisant les ponts dont il avait besoin, le Génie US parvient à obliger le Kampfgruppe Peiper à s’engager dans la vallée de l’Amblève où, faute d’essence et d’approvisionnement, son avance est arrêtée à Stoumont. Retranché « en hérisson » à La Gleize, après deux jours de combats violents Peiper est sur le point d’être complètement encerclé : il bat alors en retraite, à pied, abandonnant entre autres 135 véhicules blindés sur place. Des 5.000 hommes du départ, seuls 800 parviendront à rejoindre les lignes allemandes.


Peiper. Condamné à mort en 1946 par le tribunal américain de Dachau pour les crimes commis durant l’offensive, sa peine est commuée en emprisonnement. Libéré, il se retire en France où il trouvera la mort dans l’incendie criminel de sa maison.


 

 

 

tigre_la-gleize_indestructible

L’épaisseur de son blindage le rendait indestructible… à condition de trouver de l’essence.

 

Abandonné par son équipage aux abords de la place de La Gleize le 22 décembre, suite à un tir US ayant détruit son canon, le Königstiger du Sturmbannführer (commandant) Dollinger fut sabordé durant la nuit du 25 avant de servir de cible d’entraînement aux soldats américains, qui tentèrent en vain de percer au bazooka le blindage de sa plaque avant de tourelle.

 

La Gleize-musée

Le Panzer, passe enfin des jours pacifiques sur l’esplanade devant le musée 44, créé grâce à l’énergie de Gérard Grégoire et Philippe Gillain… Et une bouteille de cognac en ce qui concerne la présence du »Panzer ».

 

Plus tard, tracté par les équipes de nettoyage US en vue d’être envoyé à la mitraille, il est « intercepté » juste à temps, et en échange d’une bouteille de cognac, par Madame Jenny Gennen-Dewez. Dans les années 70, sous l’impulsion de Gérard Grégoire, une lente et minutieuse restauration rendra au « 213 » son aspect d’origine.

 

REVUE DE DETAIL

Panzerkampfwagen VI Tiger II Ausf. B Königstiger

Fabrication

Porsche, et Henschel
Période de production : de janvier 1944 à mars 1945
Quantité produite : 487
Caractéristiques générales
Équipage : 5
Longueur : 10,28 m (caisse 7,62)
Largeur : 3,65 m (3,75 avec les chenilles de combat)
Hauteur : 3,09 m
Masse au combat : 70 tonnes
Blindage : 40 à 180 mm

Armements

deux modèles de tourelle (Porsche, puis Krupp à partir du n° 51)
canon de 88 mm – 86 obus
deux (ou trois) mitrailleuses MG 42
Le Tigre de La Gleize est un Henschel équipé d’une tourelle Krupp
à canon de 88mm pouvant tirer 86 coups
et 2 mitrailleuses MG 34 de 7,92 mm – 5850 coups

Mobilité

Moteur V12 Maybach HL 230 P30
Puissance 700 cv (kW) à 3.000 tours/min.
Puissance massique 10 cv/tonne (très faible)
Carburant : essence
Capacité totale des (7) réservoirs : 860 litres
Consommation moyenne : 680 l/100 km
Vitesse sur route : 41 km/h (17 en tout terrain)
Autonomie : 110 km (80 en tout terrain)


 


 

La Gleize

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Le « Tigre Royal » et le musée Décembre ’44

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La galerie de Francis Gengoux

La galerie de Francis Gengoux

Trop tôt disparu en 2015, Francis Gengoux a toujours emporté un appareil photographique dans ses bagages lors de ses nombreux voyages vers des destinations lointaines et insolites.
Une habitude qui s’est muée en passion en 2004, lorsque le jardinier qu’il est au quotidien est devenu jardinier des images par amour des personnages et des sujets qu’il croise tout au long de ses pérégrinations en Ardenne ou aux antipodes.
Nous vous proposons de découvrir ici, régulièrement, une nouvelle photographie de cet artiste sensible et généreux « bien de chez nous ».

Une cathédrale à Malmédy ?

Une cathédrale à Malmédy ?

Une cathédrale à Malmédy ?


En 1920, Benoît XV institue le diocèse d’Eupen-Malmédy : l’église paroissiale Saints Pierre, Paul et Quirin, devenue église-mère, prend donc rang de cathédrale. Un statut qu’elle perdra, dans les faits, cinq ans plus tard. Mais le vocable, lui, est resté.

 Patron de la cathédrale de Malmédy et de l’église d’Ondenval, Saint Quirin est invoqué contre les rhumatismes et les maladies des yeux. On le fête le 11 octobre.

Malmedy, ou Malmédy ?

La graphie et la prononciation « Malmédy » (avec l’accent sur le E) dateraient du temps où la ville appartenait à la Prusse. Cette accentuation n’existant pas dans la langue allemande, les habitants auraient trouvé là une habile façon de défier leur administration de tutelle. D’aucuns – dont nous sommes- les conservent, en dépit de leurs relégations administratives. Rien à voir avec un quelconque anti-germanisme primaire, mais c’est bien de « Malmédiens » dont on parle, et le coup de la cathédrale vaut bien un accent aigu, non ? 😉

 

(suite…)

Le chasseur de char Achilles de La-Roche

Le chasseur de char Achilles de La-Roche

Le chasseur de char Achilles de La-Roche

Le 11 janvier 1945, les éléments de pointe du 4ème groupe de Cavalerie US pénètrent dans La-Roche–en–Ardenne dévastée. Sur le coup de 11 heures, ils font jonction avec les Écossais de la 51ème « Highland » Division, soutenus par les chars du premier régiment de la Northamptonshire Yeomanry.

 

Inauguré le 11 janvier 2000, un exemplaire de canon autopropulsé Achilles trône désormais à l’entrée de la cité, face au débouché rocheux de la route de Hotton. C’est un blindé de modèle identique à celui-ci – dont on remarquera le marquage à l’étoile supplémentaire, destiné à éviter toute méprise – qui pénétra le premier dans la ville.

En 1942, devant le besoin urgent de chars assez puissants pour faire face aux blindés allemands, les Américains mirent au point le M-10 «Wolvervine».

Les Britanniques, quant à eux, décidèrent d’équiper ce véhicule d’un canon encore plus puissant en remplaçant le 3 pouces américain par un 17PDR anglais (76,2 mm) : le « Achilles » était né.
Associé à la munition spéciale APDS, certains historiens affirment que ce canon fut le plus redoutable du champ de bataille, quand même il avait fallu en raccourcir la culasse pour gagner de l’espace en tourelle. Cette modification se fit sur la dernière version du M-10 avec des contre-poids « duck-bill » à l’arrière de la tourelle (ouverte). Le chasseur de chars Achilles était monté par cinq hommes d’équipage, il fut souvent employé en tant que blindé de support (canon autopropulsé) ainsi que ce fut le cas à La Roche.

 

 

 

Quant aux « Yeomanry », ce sont des formations territoriales de cavalerie, initiées en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIème siècle et utilisées ensuite comme infanterie montée. La Northamptonshire Yeomanry a été créée durant les guerres napoléoniennes par le comte Spencer, ancêtre de la princesse Diana. Dissoute au début du XIXème siècle, l’unité est réactivée à la fin de la guerre des Boers avant de se distinguer durant le premier conflit mondial, à Ypres notamment. En 1922, elle est intégrée à la Réserve du Royal Tank Corps.

 

 

Ses membres vont à nouveau faire parler d’eux lors de la seconde guerre mondiale: actifs dans les combats de Normandie, c’est aux chars de la Northampshire Yeomanry que de nombreux auteurs créditent la destruction du Tigre « 007 » commandé par Michaël Wittman, l’un des plus redoutables tankistes allemands. On les revoit ensuite au Havre, puis sur l’embouchure de la Meuse et durant la Bataille d’Ardenne. La Northamptonshire Yeomanry a disparu de l’ordre de bataille de l’armée britannique en 1971.

Écrit par : Patrick Germain 2008

Note :
M10 Achilles

Équipage 5 hommes
Longueur 7,27 m
Largeur 3,05 m
Hauteur 2,90 m
Masse au combat 29,6 tonnes
Blindage et armement
Blindage 57 mm

 

Armement principal 1 canon de 17 livres Mark V (50 coups à bord)
Armement secondaire 1 mitrailleuse de .50 M2HB (450 coups à bord)
Vitesse sur route 40 km/h
Autonomie 322 km (sur route)

 

Le barrage sur l’Ourthe à Nisramont

Le barrage sur l’Ourthe à Nisramont

Le barrage sur l’Ourthe à Nisramont

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De provisoire qu’il devait être, lors de son érection, le barrage sur l’Ourthe à Nisramont fait désormais partie du paysage ardennais. Survol d’une histoire plus que centenaire et gros plan sur un ouvrage d’art dont la vaste retenue d’eau constitue un petit miracle de quiétude.

(suite…)

La chapelle de Bon Secours, au hameau Fischbach

La chapelle de Bon Secours, au hameau Fischbach

La chapelle de Bon Secours, au hameau Fischbach

La chapelle de Bon Secours, au hameau Fischbach

C’est au chevalier Henri-Toussaint Fischbach que l’on doit l’érection de la chapelle qui porte son nom, à un jet de pierre de la Baraque Michel. Un édicule dont la vocation, à l’origine, ne devait pas se limiter à accomplir un voeu et à guider les égarés.

 

Consacré au culte le 14 juillet 1831, l'oratoire fagnard matérialise le voeu de M Rondchêne, un notable malmédien par ailleurs beau-père de Fischbach.
Consacré au culte le 14 juillet 1831, l’oratoire fagnard matérialise le voeu de M Rondchêne, un notable malmédien par ailleurs beau-père de Fischbach.

La Chronique rapporte en effet que Rondchêne, égaré en Fagne une dizaine d’années plus tôt, fut sauvé de justesse par les aboiements du chien de la Baraque Michel et recueilli par ses habitants après avoir invoqué Notre-Dame. Il mourut un peu plus tard, trop tôt pour lancer la construction d’une chapelle votive. Son gendre, homme pieux, prit la relève.

Le hameau de Fischbach

chapelle fischbach DSC_4706

Pieux, sans doute, mais point seulement. Car Henri-Toussaint Fischbach, Chevalier de l’Aigle Rouge, industriel malmédien originaire de Stavelot et homme « bien en Cour » avait une petite idée derrière la tête.

En fait, il avait conçu le dessein de faire défricher les fagnes aux environs de la Baraque Michel, et d’y créer un hameau de cultivateurs. L’usage commençant à désigner le lieu sous le toponyme de « Baraque Michel », le chevalier obtint même que cette « chétive appellation » fût évincée au profit de « hameau Fischbach », nom qu’il porte encore – officiellement tout au moins – de nos jours. Mais les forces économiques ne se laissant pas convaincre, le projet fut sans lendemain, fors la chapelle.

Dédiée à Notre-Dame de Bon Secours, celle-ci était à l’origine pourvue d’une cloche et surmontée d’un fanal que la famille Schmitz alluma tous les soirs jusqu’en 1856, date de l’ouverture de la route Eupen-Malmédy.

chapelle fischbach DSC_4668

En 1885 un narthex, au clocheton ajouré pourvu d’une cloche fondue à Metz en 1882, fut accolé à la nef à l’initiative du curé de Xhoffraix, lui donnant l’aspect que nous connaissons aujourd’hui.

À l’intérieur, deux plaques d’ardoise rappellent les raisons pour lesquelles la chapelle fut construite. L’autel est surmonté de la statue de Notre-Dame de Bon Secours, avec, de part et d’autre, les statues de St Henri, St Hubert et St Roch. Une statue de St Antoine a disparu.

Pélerinage

La chapelle fut longtemps un but de pèlerinage pour les villages des alentours.

Chaque année, le 15 août, des pèlerins venus de Jalhay, Sart, Xhoffraix, Hockai, Membach et Goé s’y rendaient en procession.

L’origine de la procession des paroissiens de Solwaster vaut qu’on s’y attarde. Peu après la construction de la chapelle, une épidémie de dysenterie frappa la contrée, à laquelle Solwaster sacrifia. Resté pratiquement seul pour soigner les malades, le curé de la paroisse fit vœu d’organiser chaque année un pèlerinage à Notre-Dame de Bon Secours, si le mal était enrayé. Dès le 8 septembre suivant, en la fête  » del pitite Notru-Dame  » il tint parole et conduisit ses ouailles à travers la lande. L’épidémie quitta bientôt la contrée. Ceci dit, déférence gardée envers les mystères de la foi, la procession fut dit-on émaillée de nombreuses haltes durant lesquelles tous mangeaient force myrtilles et airelles. Ceci explique peut-être, aussi, cela.

Pour l’anecdote – et entre nous – j’ai fait mienne l’exécration suprême de grand-père : « Dji t’våreû so l’Fagne avoû l’hite sifflante ». En d’autres termes : « Je te souhaiterais sur la Fagne avec une chiasse carabinée ». Faut-il y voir un souvenir de l’épidémie ? Quoi qu’il en soit, la malédiction est terrible, vous en conviendrez ! :o)

Moins horrible (« quoi que », diront certains…) les femmes en mal d’épousailles ont le choix entre mordre la grille de la chapelle de Tancrémont, ou faire le pèlerinage à la chapelle Fischbach. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas…

Un temps tombé en désuétude, le traditionnel pélerinage reprend sa place au calendrier paroissial le dernier samedi du mois d’août. La Foi y est sans-doute pour quelque chose, mais la vitalité de quelques comités culturels locaux a beaucoup contribué a faire revivre la tradition, d’autant plus que depuis 2008, la chapelle a subi une rénovation architecturale importante.

Ecrit par :Patrick Germain /2007

La cloche volée

Curieuse histoire que voici : en avril 2018, la (presque) sainte cloche disparait sans laisser d’adresse. Serait-elle partie pour Rome, certainement pas. Plutôt volée par un malfaisant suppôt de Satan. C’est en tous cas ainsi qu’aurait pu être qualifié le brigand qui avait dérobé l’objet sacré.

Par le même mystère, elle réapparut curieusement posée sur le seuil de l’édifice  au mois de juillet de la même année. Le voleur a-t-il été pris de remords, est-ce un ange qui l’arracha des mains du démon ? Allez savoir !

Toujours est-il qu’elle fut de nouveau en place pour célébrer le pèlerinage annuel du mois d’août. Ouf, on a eu chaud.

 


Galerie Chapelle Fischbach et environs

Chapelle Fiscbach

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