Il était une fois les Fagnes – l’ABCDaire

Il était une fois les Fagnes – l’ABCDaire

Pendant plus de deux ans, Anne-Françoise Biet vous a proposé une exploration tous azimuts du Plateau des Hautes Fagnes à travers l’ « ABéCéDairE des Fagnes ». Lancée en janvier 2022, cette émission a séduit un large public. Aussi, profitant de la matière collectée et des connaissances glanées auprès des divers experts rencontrés au fil des tournages, Vedia a décidé de produire un documentaire de 52’ qui retrace l’histoire des paysages fagnards mais qui pose aussi la question de leur avenir !

 

 


 

N’hésitez surtout pas à regarder en grand.

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Le livre

A la suite de l’émission TV, à la suite  de la vidéo, C’est beau éditions vous présente le livre intitulé ABCDaire des Fagnes , travail collaboratif entre la journaliste Anne-Françoise Biet et 3 photographes autour de ce symbole du patrimoine naturel en Belgique : les FAGNES !
Sur le toit de la Belgique, ce haut plateau tourbeux et une réserve naturelle unique en Europe, riche d’un écosystème atypique et de paysages qui en font sa renommée.

Au fil des 26 lettres de l’alphabet et dans l’esprit de l’émission TV éponyme, ce livre nous emmène au travers de nombreuses thématiques à la découverte d’un territoire singulier ô combien pluriel !

Cet abécédaire est une très belle manière de parcourir les Fagnes à la rencontre de son histoire, de ses lieux méconnus ou emblématiques mais aussi de celles et ceux qui y œuvrent au quotidien.

Richement illustré, avec plus de 150 photographies signées Franck Renard, Martin Dellicour et Arnold Brotoka, l’ouvrage témoigne des mille et un visages du Haut-Plateau fagnard.

Le livre est édité, imprimé et relié en Belgique !
Couverture cartonnée, format 20,5 x 26 cm
240 pages richement illustrées
Impression sur un papier d’édition haut de gamme.

 

Le lièvre, un sprinter aux grandes oreilles

Le lièvre, un sprinter aux grandes oreilles

Le lièvre, un sprinter aux grandes oreilles

On peut hésiter lorsqu’on aperçoit un petit mammifère aux grandes oreilles dans un pré : est-ce un lièvre, un lapin ou un petit kangourou ? Oubliez le kangourou en Ardenne…

Regardez les oreilles

Pourtant, ne verrait-on que le bout des oreilles, on aurait déjà une bonne indication. Le lièvre arbore des oreilles plus grandes que le lapin de garenne (entend-il mieux ?), mais surtout, leur pointe est noire sur 1 à 2 centimètres. Il faut pour cela, évidemment, le voir en plein jour, alors qu’il est plutôt nocturne et crépusculaire. Sauf durant le « bouquinage », où le mâle comme tous les mammifères joue les gros bras. En cette période de parade nuptiale, il aime se montrer au grand jour pour impressionner les hases (femelles du lièvre).

 

Lièvre assis dans un pré

Relax le lièvre, il n’a pas encore aperçu le photographe.

 

S’il se déplace pour prendre la fuite, on constate directement qu’il est très grand pour un lapin, et surtout que son agilité lui permet de faire des bonds qu’un lapin olympique lui envierait. Grâce au développement de ses pattes postérieures, il peut filer à une allure de près de 70 kilomètres par heure. Bonne chance pour l’attraper à mains nues, le renard lui-même ne s’y essaie guère, il préfère consommer les jeunes levreaux. Ils sont plus tendres à croquer et certainement plus faciles à attraper.
Les levreaux sont pourtant débrouillards, ils ne s’attardent pas au nid très longtemps, mais reviennent à la maison de temps en temps jusqu’au sevrage définitif, après environ un mois. Cependant, le logis familial n’est pas très sécurisé ; disons plutôt le logis maternel, car après avoir rempli ses fonctions viriles, le mâle s’en va voir ailleurs. Il est polygame le coquin. Contrairement à la lapine, la hase  ne s’installe pas dans un terrier, elle se contente d’un renfoncement du sol, un pas de cheval par exemple. C’est donc facile à construire, mais les petits sont très exposés aux prédateurs, pas seulement les renards ; les corneilles ou les rapaces repèrent facilement leurs proies du ciel. D’autant plus que le lièvre n’est pas un animal forestier à proprement parler, il préfère éventuellement les lisières, mais surtout les espaces dégagés, les landes, les prés.

 

Lièvre en extension

Curieuse attitude, on dirait qu’il va jouer au renard et bondir sur une petite proie. Ou bien il étend ses muscles après une petite sieste ?

Un campagnard le lièvre

 

Mignon le levreau, mais fort exposé aux prédateurs.

Mignon le levreau, mais fort exposé aux prédateurs.

 

Même si la femelle peut concevoir plusieurs portées de 3 ou 4 levreaux par an au printemps et en été, les destructions par les prédateurs naturels sont importantes. Les prédateurs humains ne sont pas innocents à la difficulté de rendre stables les populations de léporidés (…de la famille des lièvres et lapins). Le chasseur – puisque le lièvre est considéré comme un gibier, donc chassable – n’est pas responsable de tout, même si la gestion du « Petit gibier » est moins évidente que celle du « Grand-gibier » comme le cerf ou le sanglier. Plus campagnard que forestier, le lièvre paye cher sa présence dans les champs cultivés et arrosés de pesticides, fongicides et autres produits tueurs. En Ardenne, terre d’herbages, l’utilisation massive de ces produits est plus rare, c’est plutôt sous les lames de la faucheuse d’herbe que les portées sont détruites pendant la fenaison. Et n’oublions pas l’arme que nous utilisons tous, la voiture dont les roues restent insensibles au charme de ce sympathique habitant des campagnes. Si le lièvre n’est pas considéré en voie de disparition, il semble cependant qu’un déclin général soit observé depuis plusieurs décennies.

Un gibier quand même !

S’il se chasse…, il se mange.

Espérons, pour le noble animal, qu’il tombe sous le fusil d’un chasseur respectueux et qu’il finisse dans l’assiette d’un gourmet respectueux…

 

 

Lièvre attentif.

« Soyons attentif, j’ai beau courir vite, l’important est de partir à point ».

 

Raymond Buren (1932 – 2009) auteur du recueil de recettes ardennaises « Le goût de l’Ardenne » comptait parmi les gourmets respectueux. Voici ce qu’il dit du lièvre-gibier; pour notre part, nous observons dans cette citation que si le chasseur peut être respectueux, il peut aussi être maladroit :

Le lièvre danse la nuit à la lune ; le lièvre est rapide, mais il ne voit que de côté. A quatre ans, il est déjà vieux. Le lièvre est un rude gibier de poil : il s’échappe facilement ; aussi lui plombe-t-on le postérieur plus qu’il ne convient. Gibier haut de goût, le lièvre restaure merveilleusement l’appétit de vivre en ces temps de frimas et de froid de ces mois de fin d’année.

L’auteur lui-même, cite un passage du « traité de la table » de son illustre confrère Maurice des Ombiaux. (1868-1943)

Manger du lièvre n’est qu’une question monétaire, manger un bon lièvre est une question d’art… Tous ceux qui s’y connaissent quelque peu n’ignorent pas qu’il faut choisir un lièvre court sur pattes et haut de corps, car il faut se méfier des lièvres trop hauts, dont la chair est insipide… Mais après cela, que de nuances encore ; le lièvre des bois est supérieur au lièvre des champs ; le lièvre des collines l’emporte sur le lièvre des plaines.
Les meilleurs lièvres que j’ai connus venaient des Ardennes où ils avaient brouté la bruyère, le thym et le serpolet.


Photos Laurent Malbrecq : natur-photo.e-monsite.com
Texte : Fr. Rion – MediArdenne – Nov. 2016

Sources :
Faune des plaines agricoles : Région Wallonne
« Le goût de l’Ardenne » par Raymond Buren – Le Vif Editions 1995

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20 arbres et arbustes des forêts et bocages ardennais

NOUVEAU GUIDE ARDENNAIS

Simple, convivial et bien illustré

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Le Chemin du Grand-Bois Vielsalm | Haute-Ardenne

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Trop chaud pour l’oreillard

Trop chaud pour l’oreillard

Trop chaud pour l’oreillard

Trop chaud pour l’oreillard

Une surprise désagréable nous attendait sur le seuil de la porte du jardin ce soir d’août. Il avait fait très chaud durant la journée, est-ce une des raisons qui expliquerait notre découverte ?

 

Au sol gisait un oreillard. Il n’est pas nécessaire d’être un grand spécialiste des chauves-souris pour reconnaître l’espèce, ou du moins le genre. Vu la taille impressionnante des oreilles, aucun doute, il s’agit d’un oreillard. Quant à préciser si c’est un oreillard roux (Plecotus auritus) ou un oreillard gris (Plecotus austriacus), c’est là une affaire de scientifique. Il me paraît bien un peu plus gris que roux, mais on ne peut se fier à cette simple observation.
Les deux espèces occupent plus ou moins la même répartition géographique en Ardenne, cependant, l’oreillard gris serait moins forestier que le roux et plus fréquent dans les lieux plus urbanisés, proche des humains.

Notre victime logeait-elle dans le clocher de l’église toute proche ? Il aurait alors fallu partager l’endroit avec une colonie nombreuse de choucas des tours.
Peut-être vivait-elle tout simplement dans mon grenier ? Si c’est le cas, c’était un locataire discret et pas du tout dérangeant.

Et cela expliquerait la découverte du corps sur le seuil en contrebas des combles ; l’animal serait tout simplement mort de chaud me confirme un connaisseur. Réfugié à la base du toit, là où les ardoises sont fortement chauffées depuis deux ou trois jours de canicule, il n’aurait pas supporté la température. Mais pourquoi n’a-t-il as cherché un refuge plus supportable ? Sorry, je n’ai pas de réponse à présenter.

 

Tendre l’oreille

On imagine mal Batman avec de pareils pavillons ; il serait rigolo.

Ils sont pourtant bien utiles ces appendices démesurés. Supposez un être humain avec des oreilles d’un mètre trente par rapport à votre corps ; c’est la proportion de ces organes qu’on trouve chez l’oreillard.

Rappelons-nous comment chassent et s’orientent les chauves-souris. Animal nocturne, très à l’aise dans l’obscurité, leur vue moyenne ne leur est pas d’un grand secours. Ils sont par contre équipés d’un talent très particulier appelé sonar en langage populaire. Ces mammifères volants (les seuls connus) émettent des ultrasons qui se répercutent sur les obstacles, mais aussi sur les proies. Ainsi, les chauves-souris de toutes les espèces peuvent de diriger avec beaucoup d’adresse dans l’obscurité et détecter et poursuivre les proies mobiles.

 

L’oreillard en particulier a multiplié ses chances de succès au cours de la chasse en développant ses impressionnants organes auditifs. Comme chez tous les mammifères, vous ne serez pas surpris, d’apprendre que ses oreilles lui servent à … entendre. Et avec de pareils organes, à peine plus petits que le reste du corps, l’oreillard n’a pas besoin de beaucoup « tendre l’oreille »  pour percevoir ce qui se passe devant lui. Si bien qu’approchant de ses proies qui pourraient ressentir les ultrasons émis, notre chasseur coupe son sonar et ne se dirige plus qu’aux sons que peuvent émettre les proies.

 

Une particularité supplémentaire que la nature a su développer, renforçant ainsi l’extraordinaire diversité des espèces.

 

 L’oreillard en vol et en position suspendue en hiver. Dans cette position suspendue, on ne voit pas les oreilles entières qui sont repliées en dessous des ailes (typique des oreillards en position suspendue). La partie que l’on voit, ce sont les tragus, partie utilisée chez l’humain pour les piercing.

Les photos sont de Didier Goethals  >>>>    https://nuit-expo.be

MediArdenne 2024

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Le chevreuil, prince d’Ardenne

Le chevreuil, prince d’Ardenne

Le chevreuil, prince d’Ardenne

Le chevreuil, prince d’Ardenne

 

Moins majestueux que le cerf, le chevreuil n’en reste pas moins un magnifique petit cervidé dont l’agilité n’en finit pas de surprendre. Son tempérament peu farouche dans certaines circonstances pourrait faire croire que l’on connaît tout de lui, et pourtant…

 

Dérivé du latin « capra »  chèvre, le nom latin du chevreuil est Capreolus capreolus. C’est un petit cervidé dépassant rarement 80 centimètres au garrot et 1,30 m de longueur, pour une courte trentaine de kilos. Il peut vivre une quinzaine d’années, dans de bonnes conditions.
Plus légère que le mâle, la chevrette s’en distingue extérieurement par l’absence de bois – mais l’observation de ceux-ci n’est pas toujours aisée – un corps en cône tronqué s’élargissant vers les membres postérieurs et, lors de la fuite, une tache blanche (le miroir) en forme de cœur au niveau de l’arrière-train. Le miroir est en forme de fève chez le mâle.

Si la chevrette conserve sa dénomination toute sa vie durant, le vocabulaire de vénerie en attribue plusieurs au mâle qui devient chevillard entre 6 mois et un an. La pousse des premiers bois en fait un daguet  en référence aux bois dépourvus de ramification puis un brocard (ou broquart dans une orthographe française plus ancienne) dès la deuxième repousse des bois.

 

 

Affaire de bois

C’est aux environs du septième mois de son existence que le chevillard voit apparaître sa « première tête » composée de deux pivots qui serviront de base aux dagues dépourvues de meules qui apparaîtront à un an.

 

 

Daguet en velours

Jeune daguet en velours à l’entrée du printemps – Photo de Quentin Sab

 

 

La partie centrale – perche – se garnira ensuite de deux andouillers. Un brocard, si vieux soit-il, ne possédera donc jamais plus de trois « pointes » : seule une perlure plus ou moins abondante viendra ensuite marquer des ans l’irréparable outrage. Encore conviendra-t-il de ne pas trop s’y fier, tant il est vrai qu’à ce niveau comme à tous les autres la qualité du biotope et l’état de santé de l’animal observé jouent un rôle déterminant.

Les bois tombent au début de l’hiver, laissant une plaie sanguinolente qui va cicatriser très rapidement avant la repousse d’une nouvelle couronne recouverte de velours. Vers la fin-mars, une fois la minéralisation terminée, les chevreuils mâles vont se débarrasser de cette pellicule désormais inutile en frottant leurs bois tout neufs contre les arbres : c’est la fraie, redoutée par les sylviculteurs, car ces « frottis » provoquent des plaies sur les arbres et les dévalorisent commercialement.

 

 

Un faux faux-rut

D’autant que ce comportement va se poursuivre bien au-delà de la fraie. L’activité hormonale du mâle l’incite en effet à marquer son territoire de la sorte jusqu’au mois d’août !

 

Chevrettes en rut

 

 

Tiens, parlons-en, de ces hormones et de tout ce qui va de pair(e)… Car la reproduction de ce beau mammifère forestier n’est pas spécialement du genre commun. Ni, soit dit en passant, un modèle de galanterie masculine : c’est du rude !

Le rut proprement dit couvre principalement, en Ardenne, une période comprise entre la mi-août et la fin-septembre. Toutefois, par un phénomène de gestation différée, les embryons fécondés ne se fixeront que quatre à cinq mois plus tard.
Un second rut survient entre octobre et décembre, que l’on appelle improprement « faux -rut ». Faux, en ce sens qu’il constitue en quelque sorte un rattrapage pour les femelles non fécondées ou mal fécondées lors du premier rut. Et à la différence de ce qui se passe lors de ce dernier, la gestation est directe.

La gestation « vraie » durant quelque cinq mois, dans un cas comme dans l’autre, les faons naîtront donc en mai-juin. Une portée en comprend généralement deux, capables de se mouvoir quelques minutes plus tard. Une vitalité qui va leur permettre de suivre leur mère dans ses déplacements jusqu’au moment où ils pourront à nouveau se rouler en boule bien à l’abri d’un pelage tacheté les fondant admirablement dans leur environnement.

 

 

Laissez les faons tranquilles !

L’allaitement dure de 2 à 3 mois durant lesquels la chevrette ne sera jamais bien loin de ses rejetons, qu’elle défendra avec acharnement contre les prédateurs.
Sauf si l’un ou l’autre promeneur inconscient aux mœurs quelque peu anthropomorphiques (ce qui constitue généralement un pléonasme, tous animaux confondus) n’a pu résister à l’envie de les toucher : l’odeur humaine que la mère retrouvera partout autour de ses jeunes et surtout sur leur pelage à son retour condamnera alors invariablement ceux-ci à une mort par abandon ! Ce qui n’arrive qu’exceptionnellement en d’autres circonstances !

 

 

deux jeunes faons et chevrette

Ces jeunes faons sont hors de danger

 

 

Une fois sevrés, les jeunes resteront au sein d’une harde regroupant plusieurs familles jusqu’aux naissances suivantes. Les mâles adultes sont en général absents de ces regroupements, menant une vie solitaire à l’exception des périodes de rut.

Pour le reste, le chevreuil est un animal essentiellement sédentaire et forestier. Ses déplacements couvrent un territoire restreint à une cinquantaine d’hectares en moyenne, sur lequel il dispose de reposées où il passe la moitié du temps. Et, en principe, son système digestif digère peu ou mal les graminées sèches, ce qui limite ses incursions en terrain cultivé.
En principe, car certaines populations semblent s’être adaptées et mènent des incursions dans les champs au moment des cultures d’hiver.

 

 

Timidité à géométrie variable

Pour ce qui relève de l’observation, celle du chevreuil est à la fois d’une grande simplicité et… d’une certaine complexité. En fait, sur un territoire restreint qu’il connaît comme sa poche, il vous observera plus souvent que vous l’observerez, tapi dans un buisson à l’abri de son pelage variant du roux vif au gris fauve suivant l’âge et/ou le biotope.

En fait, l’ouïe, et surtout l’odorat, semble être les éléments déterminants dont il faudra tenir compte pour l’approcher : il ne sait proprement pas “ piffer „ l’être humain, et le moindre craquement de branche le met sur la défensive. Ce qui, paradoxalement, ne sera pas le cas d’un feulement de tronçonneuse ou d’un ronronnement de moteur.
Pour ce qui est de la vue, si celle-ci est excellente et très sensible aux contrastes, la position des yeux sur la boîte crânienne provoque un angle mort dont savent profiter certains prédateurs au nombre desquels les chiens errants font figure de véritables terreurs.

 

chevrette curieuse

Vous êtes repéré

 

 

Profitons-en pour rappeler l’adage affirmant à juste titre que « tout chien chasse ». Même s’il s’avère très sympathique et citadin, un chien que son maître laisse courir partout en forêt « pour qu’il fasse de l’exercice » y mettra une pagaille monstre s’il n’y commet pas de dégât à proprement parler. Alors même si vous rêvez – à tort ou à raison – « d’enquiquiner les chasseurs », n’oubliez pas que c’est surtout la faune sauvage que vous enquiquinez …

Particulièrement vif lorsqu’il fuit les intrus, le chevreuil communique par des cris que plus d’un a confondu avec des aboiements. Signalons enfin que la mythologie celtique voit dans le chevreuil (blanc) le symbole du voyage de l’âme vers un nouvel état, après la mort.

 

Jeune faon dans les hautes herbes

N’est-il pas mignon ?


Patrick Germain – 2008
Crédit(s) photographique(s): Francis Gengoux

La photo du daguet en velours est de Quentin Sab : www.facebook.com/quentin.mesphotos

 


 

Notes :
En Ardenne, on parlera souvent d’une gade (phon. Gatte) pour désigner la chevrette, d’une grosse gade si elle est gravide. Le chevreuil quant à lui devient tchivrou en wallon
Source :
•    Cours de chasse-pêche IPEAFP La-Reid 1974
•    A et J de Bavière : ” À propos du chevreuil” Le Perron éditeur 1983 ISBN 2-87114-000-6

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De Herbeumont à Vresse : le petit monde à l’envers des chauves-souris

De Herbeumont à Vresse : le petit monde à l’envers des chauves-souris

De Herbeumont à Vresse : le petit monde à l’envers des chauves-souris

Comme chaque année, entre mi-janvier et mi-février  – qui est en principe la période la plus froide -, une trentaine de volontaires de Plecotus-Natagora ont participé au recensement hivernal des chauves-souris dans la région de la Semois ardennaise. Durant 5 jours, ces passionnés de chiroptères se sont répartis par petits groupes et ont exploré 63 sites (anciennes ardoisières, ponts, cavités souterraines…), afin d’identifier et compter les individus présents dans leur gite hivernal. Au total, 1782 chauves-souris, appartenant à plus de 12 espèces différentes ont été comptabilisées !

 

Les cavités souterraines à température constante sont le refuge hivernal des chauves-souris

 

 

En route dans les entrailles de la terre.

 

 

 

« La plupart des chauves-souris se réfugient dans les cavités souterraines où la température est constante d’une dizaine de degrés, l’humidité saturée à 100%  et là où un courant d’air maintient une qualité d’air », précise Thierry Debaere, une des chevilles-ouvrières de « Plecolux » (le groupe régional de Plecotus pour la province de Luxembourg). Pour cette exploration au « ventre de la terre », les naturalistes s’équipent de bottes, car la plupart des sites sont inondés ou boueux, de vêtements adaptés, souvent d’un casque et d’une très bonne lampe de poche. « Il faut chercher les petits mammifères un peu partout.  Les plus faciles se laissent pendre au plafond des salles. Mais la majorité se cache dans les petites anfractuosités.  Il faut avoir l’oeil ! ». Spécialiste reconnu des chiroptères, Frédéric Forget était également de la partie lors du recensement : «Notre pays compte actuellement 23 espèces de chauves-souris, précise-t-il, dont une vingtaine se reproduisent.

 

 

Une ancienne galerie d’ardoisière. Les pierres des couloirs sont en fait des déchets que l’on arrangeait de la sorte pour éviter de les sortir de la galerie.

 

 

 

 

Une population en augmentation,… mais pas partout

 

La région de la Semois est un véritable eldorado, car depuis le début de cette année, pas moins de 12 espèces ont été comptabilisées. » Parmi celles-ci, plusieurs sont des espèces rares à très rares : le grand murin, le murin à oreilles échancrées, le murin de Bechstein, le grand rhinolophe, mais surtout la barbastelle d’Europe considérée comme disparue de nos contrées jusqu’il y a peu. « Si les populations de chauves-souris sont en net déclin dans la plupart des régions du globe, il n’en va pas de même en Europe – et donc forcément ici – où les effectifs sont en augmentation pour de nombreuses espèces » poursuit Frédéric Forget. Nul doute que l’interdiction de l’utilisation de certains produits toxiques comme le DDT et d’autres puissants pesticides ou insecticides en est une des raisons principales.  Cela dit,  même si les pesticides actuels semblent moins toxiques, ils ne sont pas sans risques pour les populations de chauves-souris. Et diverses autres menaces pèsent toujours sur nos sympathiques petits mammifères : destruction des habitats naturels, élimination des haies, dérangements, isolation des bâtiments, prolifération des éoliennes, augmentation de la pollution lumineuse…

 

 

 

Le grand rhinolophe, Batman n’est pas loin!

 

Le Grand Murin est une des plus grandes espèces de chauves-souris d’Europe.

Les araignées de cavité côtoient les chauves-souris, elles aussi se baladent la tête en bas.

La protection de l’espèce passe par la sensibilisation

 

Si l’hiver est une des périodes de grande fébrilité pour les membres de Plecotus, leur travail ne se limite cependant pas à la mauvaise saison : « Au printemps et en été, nous recherchons des colonies dans les bâtiments mais aussi dans les cavités naturelles.  Pour cela, nous utilisons des appareils à détection d’ultra-sons pour suivre les chauves-souris. Grâce à leur sonar, nous pouvons identifier les espèces qui émettent des ultra- sons pour se déplacer, chasser des insectes mais aussi dialoguer entre elles. Le dernier projet en cours de Plecotus est la recherche des différentes espèces de chiroptères chassant les insectes dans les étables (bio ou non). Nous effectuons également des études d’incidence pour des bureaux d’études pour des implantations d’éoliennes ». La sensibilisation et l’éducation sont aussi des piliers majeurs de l’action du groupe Plecotus. Le public a conscience que les chauves-souris sont intégralement protégées et de plus en plus rares sont les personnes croyant qu’elles s’accrochent aux cheveux, détruisent l’isolation des maisons ou se reproduisent à une vitesse exponentielle ! « Le travail de sensibilisation est également un volet important du travail de Plecotus : depuis la fin des années 90, nous organisons la Nuit de la Chauve-Souris à travers tout le territoire de la Wallonie et à Bruxelles. Celle-ci a rassemblé, depuis son lancement, des milliers de personnes que nous invitons à partir avec nous à la rencontre de ces animaux fascinants » précise Frédéric Forget.

 

 

Le recensement des chauves-souris outre son aspect scientifique est également une activité de découverte et de sensibilisation à la découverte de la nature. Les poutrelles servent de barrières et permettent le passage des chauves-souris.

Présent également lors du recensement des chauves-souris entre Herbeumont et Vresse, Thierry Gridlet de la régionale Natagora Semois ardennaise, se réjouit de la bonne santé des populations recensées ces dernières années : « La région de la Semois se pose en candidat très sérieux au titre de Parc National qui sera octroyé à deux sites majeurs wallons fin de cette année (2022). La diversité des espèces de chiroptères présentes dans notre zone et l’abondance des effectifs sont évidemment un des nombreux éléments particulièrement solides que présenteront les porteurs de la candidature de la Semois ».

 

 

Frédéric Forget (à droite) est oncologue à Libramont et membre fondateur de Plecotus. Il est un des plus grands spécialistes des chauves-souris dans notre pays et a réalisé de nombreux documentaires (notamment présentés lors de la « Nuit de la chauve-souris ») dont un a reçu un prix au Festival International Nature Namur. Thierry Debaere (à gauche) s’occupe d’une association de protection de la nature à Bertrix (ADN : Association de Découverte de la Nature) et est responsable des recensements hivernaux des chauves-souris en Semois ardennaise.

 

 

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Texte et photos : Thierry Gridlet/Natagora Semois ardennaise

 

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Les buses ne sont pas partageuses

Les buses ne sont pas partageuses

Les buses ne sont pas partageuses

3 Buses variables se disputent une carcasse de marcassin dans la réserve du Bec du Feyi à Wibrin (Ardennes belges).

Une vidéo de Harry Mardulyn

La buse variable est sans aucun doute le rapace diurne le plus commun des terres ardennaises. C’est elle que l’on aperçoit postée en hauteur sur un piquet, un arbre, sur le poteau ou même les câbles électriques. De là elle observe attentivement les mouvements de ses proies dans les champs et les pâtures.
A l’occasion elle se nourrit de charognes surtout en hiver. Elle doit alors défendre son déjeuner  face à ses congénères. Mais les corvidés veulent aussi leur part, de rudes discussions s’engagent autour de la carcasse de marcassin.

 

 

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Variations sur la buse variable (Buteo buteo)

Variations sur la buse variable (Buteo buteo)

Variations sur la buse variable (Buteo buteo)

La buse est au sol, pestant de s’être posée trop tard. Le campagnol a senti le danger venir du ciel et s’est engouffré dans sa galerie. Le rapace reprendra lourdement son vol et ira se poser sur le piquet de clôture le plus proche. Qui sera le plus patient, ou le plus malin ? Le campagnol sortira-t-il de nouveau par le même passage ? La buse sera-t-elle toujours sur son poste d’observation pour plonger de nouveau et, peut-être enfin, capturer sa proie ?

Le plus commun des rapaces de l’Ardenne

La buse variable est sans aucun doute le rapace diurne le plus commun des terres ardennaises. C’est elle que l’on aperçoit postée en hauteur sur un piquet, un arbre, sur le poteau ou même les câbles électriques. De là elle observe attentivement les mouvements de ses proies dans les champs et les pâtures.

 

La buse sur son poste d'observation favori

La buse sur son poste d’observation favori : le piquet de clôture. Photo de Jean-François Delepine

 

 

En Ardenne, elle niche plutôt en forêt, mais les terrains découverts sont ses territoires de chasse préférés. Son vol est relativement lent et lourd, elle a besoin d’espace pour se mouvoir et plonger sur ses cibles. Elle n’a pas l’agilité ni la rapidité des faucons ou des éperviers. Elle se nourrit principalement de petits rongeurs, de grenouilles, de reptiles et de vers de terre ; d’animaux terrestres en somme, car elle ne capture pas ses proies en vol.
Elle se transforme en charognard en hiver, lorsque la nourriture fraîche se fait plus rare.

 

 

L’envol est plutôt lent et lourd. La buse n’est pas rapide, mais elle est un excellent planeur. Photo de Jean-François Delepine

 

Si son envol est pesant, elle est par contre assez douée pour utiliser les courants d’air ascendants ; ce qui fait d’elle un excellent planeur. Elle peut tournoyer lentement en de larges cercles aériens pendant des heures. Comme les autres rapaces, son regard est perçant, elle peut donc prendre de la hauteur pour repérer ses proies.
Le ciel est aussi le terrain des jeux nuptiaux. Il n’est pas rare d’observer un couple jouer dans une série de vols planés et de piqués acrobatiques tout en faisant entendre des cris espacés. Quand ils percent le silence des campagnes ensoleillées, ces miaulements caractéristiques sont l’expression du bien-être de l’oiseau.

Ce paisible tableau peut être troublé, le vacarme devient alors assourdissant. Le ciel se transforme en tribune de foot. La débonnaire et pacifique buse doit fréquemment faire face au caractère irascible des bandes de corneilles noires. On dirait que ces volatiles aux couleurs de « macralles » ne peuvent s’empêcher de houspiller les buses en vol. Un coup de bec ou de serre se perd parfois, mais souvent la buse s’éloigne et laisse la place aux corneilles. Le ciel est assez grand !

 

Nom de nom, ces corneilles sont bien belliqueuses ! Photo d’Evelyne Wintgens

 

 

Vous avez dit « variable »

Les naturalistes sont des gens pragmatiques. Lorsqu’il s’agit de baptiser une espèce, ils se basent sur l’observation. Ainsi, la buse variable est devenue variable, car son plumage est … variable. CQFD.
Il n’y a pas d’uniformité de plumage d’un individu à l’autre. La couleur du dos est relativement constante allant du gris-brun au brun foncé, mais le dessous (la poitrine) peut aller d’une couleur très sombre à une tonalité presque blanche striée de taches plus sombres sur une poitrine claire, et plus claires sur une poitrine foncée. Le dessous des ailes et de la large queue arrondie sont de la même couleur que la poitrine.
L’animal présente un aspect trapu au sol. En vol, il est tout en rondeurs, sa queue est déployée comme un éventail de demoiselle, ses ailes sont très larges. L’envergure peut avoisiner les 130 cm. On peut parfois s’apercevoir que ce planeur nous survole par l’ombre de sa silhouette que le soleil projette à nos pieds.
Elle peut vivre jusqu’à 25 ans.

 

La poitrine, le bas des ailes et de la queue sont de la même couleur allant du brun au blanc. Photo d’Evelyne Wintgens

Sédentaire, mais pas trop

En Ardenne, la buse est plutôt sédentaire, elle passe l’hiver « à la maison ». Pendant la saison froide, elle peut partager son espace aérien avec des sujets d’Europe du Nord qui se réfugient chez nous où les températures hivernales sont un peu plus clémentes.
Une étude belge sur le baguage de populations de buses a signalé un animal bagué à Ekeren (Anvers) en octobre 1978 et retrouvé mort en Mauritanie deux mois plus tard. Il s’agissait d’une des deux sous-espèces que compte la région : Buteo b. vulpinus, plus migratrice que sa très proche cousine Buteo b. buteo. (Aves 1997 – Contribution à l’étude la buse variable, mortalité et mouvements – Patrick del Marmol)

 

Plus de danger pour l’espèce, … pour le moment.

L’espèce n’est pas – ou plus – considérée comme espèce en danger. Pourtant, pendant de siècles, jusqu’à une époque récente, la bêtise humaine a fait des rapaces la cible des hommes. Considérée comme un concurrent par certains fiévreux de la gâchette, elle en prit du plomb dans l’aile, et ailleurs. Les agriculteurs ont mis bien du temps à comprendre que les rapaces pouvaient être de précieux alliés dans la lutte contre les rongeurs, destructeurs de récoltes. Cette alliance nouvelle compense les quelques poules attaquées par les buses de temps à autres.

Une pratique barbare consistait à placer des pièges à mâchoires sur les piquets de clôture fréquentés par les buses. Il n’était pas rare de découvrir un cadavre de buse pendouillant le long d’un piquet.

Heureusement, les mentalités changent, elles sont un peu aidées – il faut bien le dire – par le statut de protection totale dont bénéficient désormais les rapaces. Certains agriculteurs, les maraîchers et les pépiniéristes en tête, adoptent  la buse et ses cousins en tant qu’alliés. Plutôt que tenter de piéger les rongeurs, ils invitent les rapaces en installant des perchoirs en hauteur sur lesquels les oiseaux peuvent se poser et scruter le sol à l’affut d’une rate ou d’un mulot qui se risquerait hors de sa galerie.


 

Vidéo : Les buses ne sont pas partageuses

Une vidéo de Harry Mardulyn

3 Buses variables se disputent une carcasse de marcassin dans la réserve du Bec du Feyi à Wibrin (Ardennes belges).



 

 

Les photos sont de
Roland Piron, Evelyne Wintgens, Ploppys Jean-François Delepine

La vidéo est de
Harry Mardulyn

Texte Fr. Rion – MediArdenne
Sources :
Guide des oiseaux – Sélection RD – 1975
Chasse-Pêche – Institut enseignement agricole et forestier La Reid – W. Ernould – 1979


 

20 arbres et arbustes des forêts et bocages ardennais

NOUVEAU GUIDE ARDENNAIS

Simple, convivial et bien illustré

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Quand les cerfs perdent leurs bois

Quand les cerfs perdent leurs bois

Quand les cerfs perdent leurs bois

 
 
Un cerf porte-t-il des cornes ? Bien sûr que non, il ne faut pas confondre les cornes et les bois.

Dès la fin de l’été, la saison des amours commence chez les cervidés, c’est la période du brame. Le cerf utilise sa ramure comme arme afin de s’imposer face à ses concurrents. Lorsque le rut est terminé, il n’a plus d’usage de ses bois. Ils tomberont dès l’automne pour repousser au printemps suivant.
C’est la testostérone qui régit leur cycle de croissance. Comme la concentration de cette hormone diminue en hiver en lien avec le raccourcissement des jours, les bois tombent chaque année entre décembre et janvier.

Savez-vous que ce grand et noble animal qu’est le cerf boisé peut devenir un mulet en automne. Un mulet ? La nature est bizarre quand-même. Voyez la vidéo

La vidéo est proposée par La Salamandre

www.salamandre.org

 

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« Bois sous les Granges », la réserve naturelle de Huguette et ses moutons Herdwick  | Vresse Sur Semois

« Bois sous les Granges », la réserve naturelle de Huguette et ses moutons Herdwick | Vresse Sur Semois

« Bois sous les Granges », la réserve naturelle de Huguette et ses moutons Herdwick | Vresse Sur Semois

Marguerite, Dorine, Digitale, Dauphinelle…

… Nous sommes ? Nous sommes ? Nous sommes ? Nous sommes ? Des moutons british de race HERDWICK.

Si vous passez un jour du côté de Chairière, près de Vresse Sur Semois… venez nous compter (cela vous permettra de mieux vous endormir le soir !), ou conter fleurette (bêêêêh oui… «marguerite», «digitale», «dauphinelle» !)…

 

Parole de mouton

Depuis plusieurs années, nous paissons dans la réserve naturelle Natagora dite : « Bois sous les Granges ». Notre race est très rustique et sommes les phénix des zones humides… Notre troupeau a été choisi par Huguette – notre bergère – pour participer, avec des « Volon-Terre » de votre espèce, à la gestion du site. Mais notre pâturage extensif, notre métier de tondeuse naturelle… nous l’effectuons 24 h/24h et cela, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente !

Notre domaine vital se compose d’un petit marécage initialement voué à un lotissement et d’une belle prairie arrachée à l’agriculture intensive. Cela, c’est grâce à cette sacrée volontaire dynamique de Natagora Semois ardennaise qu’est Huguette ! Elle a personnellement acheté les terrains et les a cédés sous la forme d’un bail emphytéotique à Natagora – qui leur a accordé l’en-VIE-able statut de « réserve naturelle ».

Appelé « Bois sous les Granges », notre domaine compte un bel ensemble d’habitats : mares (où les « berges rient » quand nous nous y abreuvons), pelouses et parcelles boisées. Nous le partageons avec de nombreux voisins, comme plusieurs espèces d’amphibiens mais également un sympathique reptile : la couleuvre à collier. Celle-ci est particulièrement chouchoutée, car les « Volon-Terre » de Natagora Semois ardennaise laissent à disposition de la Belle, des tas de bois et de foin pour hiverner.
Elle, et toute sa petite tribu ne se réveilleront qu’au printemps, lorsque nous passerons devant leur couette et que nous leur demanderons : « Quelle heure reptile ? » tongue-out   (© Jean-Luc Fonck – ce jeu de mots, j’aurais aimé l’avoir déniché moi-même).

 

 

Bien sûr, de nombreuses autres espèces animales partagent notre quotidien… Et parmi elles : VOUS ! Méchoui, mais oui, vous : Grands «Bedots»* que vous êtes à saccager notre bêêêlle petite planète bleue ! Chez Natagora Semois ardennaise, ils veulent pourtant y croire ! Ils sont persuadés que l’éducation est un levier efficace pour changer le monde ! Alors, ils vous ouvrent les portes, ou plutôt les clôtures ! Et vous disent : « Bienvenue chez nous » !

Via des chemins balisés agrémentés de panneaux explicatifs et l’organisation de visites guidées, « Bois sous les Granges » permet la découverte de la faune et de la flore ardennaises. Des activités sont régulièrement organisées pour des petits groupes et le site est en permanence accessible au public. Un circuit sécurisé a été aménagé sur caillebotis et permet de profiter de cette belle zone marécageuse sans l’abîmer, ni se mouiller les pieds. Elle est pas bêêêêlle la Vie ?

*Bedot : mouton en wallon. (NDLR :ne le prenez pas mal, mais ça veut dire que les moutons qui vous qualifient ainsi vous trouvent un peu bêtas ) wink

La Maison de la Semois ardennaise

Plus fort encore… un centre éducatif baptisé « Maison de la Semois ardennaise » – à la forme d’un séchoir à tabac – a été érigé avec des matériaux de récupération. C’est écologique, durable, solidaire et … « Peuchère »… ! De nombreuses activités y sont organisées pour et par vos pairs : conférences, formations, ateliers de bricolage nature pour enfants… et parce que vous aimez lire, décorer votre intérieur, chiner, planter… une boutique vous accueille librement les vacances et les week-ends de beau temps…

 

 

Et comme Dorine, Digitale, Dauphinelle et moi sommes des adeptes du développement durable… nous acceptons avec félicité que notre toison soit tondue, filée, tissée et vendue sur place ! Pas de made in China chez nous. Mais tout made in Chairière ! Notre laine est ainsi utilisée par nos artisans bénévoles pour réaliser de sympathiques peluches gris souris. Vraiment, nous sommes les championnes du circuit court : du producteur au consomm-acteur… en quelques centaines de mètres à peine! En plus, les prix sont à défier toute concurrence… mais chaque euro récolté permet cependant aux membres de la Régionale Semois ardennaise d’acquérir et d’entretenir de nouvelles réserves naturelles le long de la plus belle rivière du petit royaume de Belgique…

On vous attend ! Bêêêêêlle journée à vous!

Rédaction : Marguerite, Dorine, Digitale, Dauphinelle, avec l’aide de Thierry Gridlet – 2021
Photos : Thierry Gridlet
Le parcours balisé dans la réserve dure environ 45 min.
Entrée : rue Lieutenant Colas n° 46 – 5550 Chairière (Vresse-sur-Semois).

La Maison de la Semois ardennaise est située rue Saint Walfroid, également à Chairière.

= Agrandir les images

Huguette Reynaerts… une fille des réserves naturelles au … naturel réservé !

En 2005, Huguette Reynaerts a choisi de s’installer en Ardenne namuroise, dans le petit village de Chairière, sis à quelques clapotis de la Semois.

 

Huguette est originaire de Gand. Dès sa plus tendre enfance, elle est plongée dans la nature ! Avec ses parents, Liliane et Maurice, et ses sœurs Ingrid et Carine, Huguette participe en famille à la création de plusieurs réserves naturelles : Bourgoyen Ossemeersen, Assels, Kalevallei, Vinderhoutse bossen (dans la vallée de la Lys). Comme elle le fera, avec l’équipe de Natagora Semois ardennaise à la réserve Bois sous les Granges quelques décennies plus tard, Huguette et sa famille animeront à Elzenhoeve un Centre éducatif. Son papa y donnera des formations… et l’équipe féminine créera de nombreux objets artisanaux pour la petite boutique verte… L’Histoire n’est donc qu’un éternel recommencement !

En 2005, Huguette s’installe à Chairière, dans la commune de Vresse-sur-Semois. Là, elle  fonde la réserve naturelle « Bois sous les Granges » qu’elle a acquise sur fonds propres avant de la céder par bail emphytéotique à Natagora. Durant les années 2008 à 2016, elle occupe la fonction de présidente de la régionale Natagora Semois ardennaise. Naturaliste chevronnée, elle  dispense  de nombreuses formations, effectue d’innombrables recensements au niveau de la faune et de la flore de la région de la Semois, organise de nombreux chantiers de gestion dans les réserves naturelles locales (avec les bénévoles locaux, des volontaires néerlandophones, les Compagnons bâtisseurs…), initie de nombreux achats de terrains, anime le Centre éducatif Bois sous les granges, réalise des ateliers éducatifs et créatifs pour les enfants, crée des milliers d’objets artisanaux avec le groupe Artistes et artisans du Bois sous les Granges (que l’on peut toujours rejoindre)…

 

Huguette, la bienveillante bergère de la réserve du Bois sous les Granges

 

S’il te plait, Huguette… dessine-moi quatre moutons… 

Tout autour de sa charmante habitation, s’étend une zone naturelle de plus d’un hectare. Celle-ci est un havre de biodiversité. Afin de gérer le site, Huguette et l’équipe de Natagora Semois ardennaise sont épaulées par quatre paisibles moutons à la bouille craquante. Huguette nous les présente…

Huguette, pourquoi des moutons dans cette petite forêt marécageuse ?

La réserve Bois sous les granges s’étend sur une superficie d’un peu plus d’un hectare. Afin de gérer le site, le choix d’une gestion par pâturage extensif a été posé. Sur une telle surface, on pouvait y placer une vache de type Highland ou Galloway. En effet, il faut compter environ 1 hectare par tête de bétail. Mais avouons-le, ces animaux étant grégaires, il aurait été triste de laisser un individu isolé sur cet espace. Dès lors, notre choix s’est orienté sur le pâturage par des espèces ovines.

Et c’est de l’autre côté de la Manche que vous avez déniché la perle rare ?

Effectivement ! La plupart des espèces de moutons ne supportent pas des terrains aussi marécageux comme l’est la réserve Bois sous les granges. Cela étant dit, la race Herdwick – originaire du Lake District en Angleterre – est parfaitement adaptée à ce type de milieu. Les Herdwick possèdent de grosses pattes qui leur permettent de ne pas s’enfoncer dans les sols spongieux. De plus, ils disposent de poils entre les ongles, ce qui leur évite de se couper aux laiches, nombreuses dans nos marais. Nos moutons rustiques possèdent également diverses caractéristiques très intéressantes : les femelles mettent bas sans intervention humaine et l’espèce est particulièrement adaptée aux conditions météo plus délicates (intempéries, neige…). Par contre, en été, nos moutons aiment se réfugier entre les pilotis du Centre éducatif de la réserve : ils n’apprécient pas outre mesure la chaleur et … les taons.

L’expérience de pâturage de la réserve Bois sous les granges par des Herdwick est-elle une « première » en Belgique?

Non, absolument pas ! C’est d’ailleurs par des expériences précédentes menées par Natuurpunt à Gand que j’ai eu connaissance de l’efficacité de cette espèce. Les « Bergers bénévoles » de l’association gantoise (n.d.l.r. l’homologue de Natagora en Wallonie et à Bruxelles) sont allés chercher des animaux en Grande-Bretagne et actuellement, disposent d’un troupeau d’une trentaine de têtes. Certains individus paissent notamment dans les prairies humides de Latem, immortalisées par de nombreux artistes-peintres… du moins avant qu’elles n’aient disparu presque totalement sous le béton des lotissements…

A propos de cheptel, quelle est la genèse du petit troupeau du Bois sous les granges ?

Au printemps 2010, le bélier Chardon est arrivé à Chairière, accompagné de ses brebis – Aubépine et Cardamine – ainsi que les agnelles  Massette et Marguerite. L’année suivante, trois autres agnelles naquirent : Dauphinelle, Digitale et Dorine. A leur naissance, les moutons Herdwick sont noirs… sauf leurs oreilles qui sont blanches. Mais avec le temps, leur laine devient de plus en plus claire. Nous avons arrêté l’élevage pour plusieurs raisons. Le site étant assez restreint, nous ne pouvions imposer à l’hectare disponible une surcharge d’individus. Chardon est ainsi retourné du côté de Gand. A la grande joie des voisins de la réserve de Chairière, car notre cher bélier était un animal impressionnant, n’ayant aucun scrupule à franchir clôtures et muret (sans s’élancer… Chardon était monté sur ressorts ! ) afin de s’offrir une petite escapade en rue – d’où le danger qu’il représentait – ou dans les potagers alentours afin de se gaver de délicieux légumes. Ce qui n’était pas de nature à lui faire des amis…

Huguette, parlez-nous de la laine de vos protégées… ?

Chaque année, les moutons sont tondus à la fin du mois de mai ou début juin. Pour cela, nous sommes attentifs à la météo : les journées de fin de printemps – donc assez chaudes – sont attendues et la tonte n’est pas réalisée en cas de pluie le jour-même. Le matin du « jour J », les moutons sont  enfermés dans leur enclos. C’est une des raisons pour lesquelles ils reçoivent un peu à manger (n.d.l.r. deux poignées de granulés) à cet endroit durant toute l’année. Ainsi,  ils entrent sans se méfier dans l’enclos de contention avant que nous ne fermions la barrière. Une fois la laine récupérée, nous la traitons de deux façons : le filage ou le feutrage. Dans le cas de la première méthode, on ne lave pas la laine afin qu’elle reste  « grasse », ce qui permet de la filer plus aisément. Cela dit, le travail de filage débute par le cardage : il s’agit d’une étape qui permet aux poils d’être placés de façon bien parallèle. A titre d’information, la forme la plus « primitive » du filage s’effectue à l’aide d’un fuseau. Naguère, les bergères emportaient cet objet et vaquaient à cette activité pendant qu’elles surveillaient le troupeau. Une fois, l’opération de filage terminée, nous lavons les pelotes obtenues. Nous pouvons ensuite crocheter, tricoter ou tisser (n.d.l.r. les enfants aussi peuvent s’adonner à cette activité à l’aide d’un métier très simple à construire). Le feutrage est la seconde façon de traiter la laine. Dans ce cas de figure, celle-ci est lavée dans un premier temps. Une fois séchée, je pique dans la laine avec des aiguilles spéciales ce qui permet de la durcir. A noter qu’il est possible de feutrer de la laine avec de l’eau chaude et du savon, mais personnellement, je ne pratique pas cette technique.

Propos recueillis par Thierry Gridlet

La réserve du Bois sous les Granges

Chairière | Vresse sur Semois

Retrouvez nos amies dans le dossier pédagogique en collaboration avec la section Semois ardennaise de Natagora

Rédigé par Thierry Gridlet et mis en page par Mathieu Gillet, le dossier pédagogique est destiné à des élèves de fin de sixième primaire ou de première année de l’enseignement secondaire. Il aborde diverses matières de géographie, de sciences, d’art plastique, de français… Une version traduite en néerlandais est prévue prochainement.

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En quête de vie – Brame du cerf

En quête de vie – Brame du cerf

En quête de vie – Brame du cerf

Durant 2 mois, j’ai été au plus proche d’une nature rayonnante de vie. J’ai repéré, spéculé, patienté et jubilé d’une manière plus intense qu’auparavant.
 
 
Cette première année de brame fût pour moi indescriptible. Tant dis que j’assistais de façon innocente au spectacle de la forêt, je voyais une nouvelle génération être crée, une autre ayant du se préparer à partir de son confort familial et devenir indépendante et une dernière qui acta pour la énième fois dans ce processus de pérennité de l’espèce. Et autour de cela, des êtres tout autant spectateurs que moi m’offrirent des observations uniques et mémorables.
 
 

Je me sens vraiment privilégié, à la fois pour avoir vécu ces moments inoubliables et car j’ai pu en apprendre tellement sur moi-même et ma vision des choses quant à l’animalier. Quel en est le but? Une question dont les réponses sont multiples mais qui, pour ma part, est d’observer pour mieux comprendre afin de mieux protéger notre patrimoine et la vie sauvage.

 

  Julien Salaets
 
 
 

 

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Land of fox | Vidéo de Walter Barthélemi

Land of fox | Vidéo de Walter Barthélemi

Land of fox | Vidéo de Walter Barthélemi

Land of fox… Une invitation à découvrir ma terre natale : l’Ardenne belge. Alors que l’aube se lève paresseusement, un renard apparaît. La narratrice nous invite à la réflexion. L’homme est intimement lié à la nature. Apprivoiser celle-ci, c’est accepter d’en être responsable. Le renard incarne cette nature sauvage tellement belle et fragile qu’il nous faut apprendre à comprendre et préserver.

– Grand prix du meilleur film catégorie amateur du Festival Nature Namur 2011 (Belgique)
– Nominé (2eme catégorie amateur) au festival international du film animalier d’Albert (France) en 2012
– Sélectionné au festival international du film nature et environnement de la FRAPNA (France) en 2012
– Sélectionné au festival de l’oiseau et de la nature d’Abbeville (France) en 2013
– Sélectionné au festival images et faune sauvage (France) en 2016

© Walter Barthélemi

 


 

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Le milan royal, talentueux flemmard

Le milan royal, talentueux flemmard

Le milan royal, talentueux flemmard

Admirable voilier, le milan royal est sans doute l’un des plus beaux rapaces diurnes de l’Ardenne.

Depuis quelques années maintenant, le ciel d’Ardenne retrouve progressivement ses rapaces. Et c’est avec bonheur que l’on y constate, au fil des saisons, un accroissement notable de la population de milans royaux alors même que l’espèce continue d’être réputée en danger ailleurs.

Quel bonheur, pour un – modeste – vélivole qui plus est, que celui d’observer ce talentueux flemmard en train de défier les lois de la pesanteur sans le moindre effort apparent ! Le plumage de queue en perpétuel mouvement, il glisse à quelques mètres du sol, point trop soucieux de la présence humaine. Puis, toujours sans effort apparent, il tournoie et monte, monte à perte de vue dans le ciel.

Flemmard dans l’espace, le milan le serait encore plus résolument sur le plancher des vaches. Il peut, paraît-il, rester des heures à rêvasser dans un arbre.

Outre son vol caractéristique c’est un magnifique rapace très facile à identifier, entre autres grâce à sa longue queue rousse triangulaire, profondément échancrée. La tête est blanchâtre et le plumage brun rouge dessus et roux rayé de brun dessous. Les ailes sont tricolores dessus et on peut observer au-dessous deux fenêtres blanches, situées au niveau des poignets.

 

milan_royal_quoidbach_petitCôté subsistance, il est principalement charognard, mais il arrive que notre surdoué trouve sa nourriture au sol à l’occasion d’imprévisibles piqués sur cibles mobiles. Rats, campagnols, jeunes oiseaux, grenouilles, charognes, lombrics et autres constituent l’essentiel de son menu. Ceci dit, que nos amis éleveurs se rassurent : tant il est vrai que l’on ne peut également briller en toute chose, le milan royal n’est pas le plus imparable des rapaces. Il est considéré comme un peu maladroit lorsque l’envie lui prend de tenter l’aventure vers nos poussins ou lapereaux.

 

 

C’est en février qu’il revient vers nos contrées – Photo de Harry Mardulyn

 

 

Anecdote : un milan en mauvaise posture

Un milan royal en mauvaise posture

 

Comment a-t-il pu aller se fourrer là ?

C’est notre ami photographe Roland Piron qui raconte l’anecdote :

Ma nièce me téléphone vers 18h00 heures, elle me signale qu’un rapace est coincé dans un arbre. Lorsque j’arrive sur place, à plus ou moins dix kilomètres, je vois que c’est un milan et que en effet, il est drôlement empêtré dans les branches. Mais il est difficilement accessible, il me faut une échelle. Ma nièce part en chercher une en courant. Dans l’instant d’après, un voisin agriculteur passe justement avec un tracteur muni d’un chargeur frontal et d’un bac. Je lui explique la situation et à l’aide de l’engin, il m’ amène en un tour de main à hauteur de l’oiseau qui fut très vite libéré et sans blessure.

Voilà un sauvetage qui se termine bien, on loin du temps où les superstitions idiotes clouaient les rapaces – les chouettes surtout – sur les portes des granges…
Heureusement !

Les photos de Roland Piron

 

Notes

Milan royal – Milvus milvus

Cantons de l’Est : Roter Milan
Wallon : grand mohèt, ram’neu d’bègasses

Envergure : 145 à 165 cm.
Longueur : 59 à 66 cm.
Poids : 720 g à 910 g pour le mâle et 800 g à 1010 g pour la femelle.
Dimorphisme sexuel : Il existe un léger dimorphisme de taille chez les adultes, les ailes du mâle mesurent 475 à 500 mm tandis que celles de la femelle sont plus grandes, de 475 à 530 mm.
Voix : plutôt silencieux, il peut faire entendre des sortes de miaulements et des cris aigus rappelant ceux de la buse.
Durée de vie : record de 26 ans pour une femelle.
Habitat : régions montueuses boisées ; localement en plaine et milieux découverts avec arbres disséminés.
Reproduction : 2 à 3 œufs en moyenne, pondus en mars-avril, vont être couvés pendant 35 à 40 jours. Les jeunes, élevés pendant deux mois, attendront environ l’âge de 3 ans avant de commencer à se reproduire à leur tour.

Texte : Patrick Germain / 2007
La photo du titre est de Corentin Thomas – 2018
Crédit(s) iconographiques : Jacques Quoidbach

Source :

  • « Histoires d’ailes en val de Lienne et Glain… » Textes et dessins de Marc Deroanne – Cercles des naturalistes de Belgique éditeur – 2004 –
  • « Mémoire : Oiseaux du Pays de Salm » – Bernard Clesse – Cercles des naturalistes de Belgique éditeur – 1988 –
  • « Guide des oiseaux d’Europe » – Peterson, Mountfort, Hollom, Géroudet – Delachaux & Niestlé éditeurs – 7ème édition – 1976
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… et en vidéo (Harry Mardulyn – Natagora)

Le brame

Le brame

Le brame

Rendons une visite – distante – à Sa Majesté le cerf au moment où il fait trembler la forêt d’Ardenne au rythme d’une fête sauvage dont les échos venus du fond des âges réveillent, même chez l’homo internetus, d’étranges sensations.

“ La fièvre l’a saisi à l’improviste, un soir de septembre (…) il a senti l’odeur des biches, et l’impétueux instinct a soudain transformé son comportement. D’abord, il a apaisé sa nervosité avec de furieux coups de tête sur le premier arbuste qu’il a rencontré en quittant sa reposée (…) puis, il s’est brusquement retourné, a vu son compagnon habituel marcher sur ses talons. Pendant un long moment, il l’a toisé d’un regard dont toute aménité était absente. Voila que, subitement, cette présence, pourtant appréciée pendant tout l’été, lui était devenue insupportable „

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Ils se toisent

 

En quelques lignes, Roger Herman (1) vient de brosser le portrait psychologique du premier rôle de ce qui constitue sans doute l’événement le plus impressionnant de l’année ardennaise : au sombre des forêts le brame peut commencer ; drame épique dont les échos se répercutent depuis le fond des âges avec une même force brute, chargé d’émotions contradictoires auxquelles nul ne peut échapper en ses intimes

Sinon, comment expliquer cette mystérieuse pulsion qui, quelques semaines durant, va faire affluer vers l’Ardenne et ses forêts plusieurs milliers de personnes de tous âges et de tous sexes ? Comment expliquer que le plus blasé des coureurs de bois ne peut rester indifférent à ce qui, somme toute, ne constitue qu’un instant de l’année parmi d’autres sans cesse renouvelés?
Car, au fond, le brame n’est jamais que le rut du cerf. Notre plus grand mammifère sauvage, certes, et le plus expressif en la matière sans doute, mais encore ?

 

LE BRAME : MODE D’EMPLOI

 

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En voilà des manières !

 

Pour ce qui concerne les faits, le brame correspond à une période allant grosso modo du début septembre à la fin octobre, durant laquelle les cerfs en majesté rejoignent les hardes de biches en vue de s’accoupler. Le reste du temps, ils vivent seuls, ou en petits groupes.

D’un tempérament généralement flemmard, le cerf titillé par ses hormones devient alors un personnage irascible qu’il est très fortement déconseillé de rencontrer au détour d’un taillis sans avoir pris rendez-vous : quand quelque 150 à 200 kilos d’os et de muscles pour un mètre cinquante au garrot, surmontés d’une tête de furieux pourvue de bois redoutables quel que soit le nombre de leurs andouillers, décident de vous faire part de leur plus vif mécontentement, ça craint, croyez-m’en ! (voir anecdote)

 

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Lorsque vous assistez à une telle scène, il y a vraiment intérêt à rester à distance.

 

Bref, restez prudemment en-dehors du coup, laissant à ces messieurs le soin de s’expliquer en comité restreint. Un rituel immuable qui débute par un stade d’observation durant lequel les seigneurs en présence vont se jauger, avant de fuir ou de se rentrer littéralement dans le lard, entrechoquant leurs bois avec une violence inouïe car le combat ne mettra jamais en lice que des adversaires de puissances similaires. Il peut durer plus ou moins longtemps, selon la vigueur des cerfs aux prises et/ou la gravité des blessures reçues. Quelquefois, tous deux mourront d’épuisement, le bois inextricablement entremêlés. Tout qui, même à distance, a pu entendre le choc des ramures, peut se faire une idée de la sauvagerie de l’affrontement.

 

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Les grondements dans la forêt.

 

Les grondements rauques qui résonnent alors dans la forêt constituent à la fois une manière de revendiquer le territoire avec les femelles qui s’y trouvent, et de provocation envers les rivaux potentiels. Avec un peu d’oreille et de pratique, il est possible de les bien imiter à l’aide du verre d’une ancienne lampe à pétrole. Mais ne venez pas vous plaindre ensuite si vous vous retrouvez contraint de passer la nuit dans un arbre

 

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Le repos du seigneur

 

Ceci dit, vous y auriez tout le temps de compatir au sort du Seigneur de nos forêts qui, non content d’en prendre plein les ganaches pour conquérir son harem est ensuite contraint de veiller doublement au grain. Premièrement parce que les biches ne sont – individuellement – réceptives qu’une seule journée par an ; et deuxièmement parce que les cerfs plus jeunes, qui ont assisté de loin au choc des Titans, ne se privent pas de leur faire à l’occasion un (en)faon dans le dos.

 

LE GRAND CORNU

Voilà qui nous dresse le portrait d’un animal “ solaire „ brillant lors du brame d’un feu “ fixe „ qui, comme tous ceux de son espèce, peut à la fois être générant et destructeur dans un même élan. D’un animal qui impose le respect par sa stature et son allure, tout en représentant à bien des égards une puissante métaphore de la vie. De là à en faire un dieu il n’y a qu’un pas.

 

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Cernunos : la divinité

Franchi depuis plusieurs millénaires, les meilleures sources s’entendant pour prêter à la divinité celtique Cernunos une antériorité historique qui en fait sans doute, avec les divers avatars de la Terre-mère, l’une des plus anciennes du Panthéon occidental. Tout ceci pourrait n’être malgré tout que pure spéculation si Cernunos, avec quelques autres comme Épona, n’avait par ailleurs fait l’objet d’une christianisation insistante dont la figure la plus célèbre est sans conteste le cerf de saint Hubert. Et ça, c’est un indice de taille.
Quant à savoir s’il existe un lien entre le brame et le sabbat qui, avec ses bacchanales, ne serait que l’avatar dévoyé de rituels plus anciens, c’est une autre histoire. Reste qu’il existe de troublantes similitudes.

À titre purement personnel, mes affinités électives iraient plutôt dans le sens de la vision que Jean-Claude Servais a donné du brame au mois de septembre (2) de son “ Almanach „. Très émouvant.

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Jean-Claude Servais : « L’Almanach » – Septembre / Adrien

Alors, au bout du compte, trouvez donc votre chemin vous-mêmes dans l’infinité de lectures possibles qu’offre un symbole. Laissez-vous imprégner par l’ambiance du brame en commençant par les odeurs et le climat de la forêt d’Ardenne à l’automne ; montez en puissance avec le cerf en ne négligeant aucune sensation, fut-elle dérangeante pour la morale du temps, car nul ne connaît la lumière s’il n’a affronté l’ombre. Que chaque froissement, chaque odeur, chaque cri, chaque choc rapporté par l’écho, pénètre en vous jusqu’à en devenir intime. Vous fasse prendre conscience de votre unité avec le tout. Il se peut bien qu’alors des choses surprenantes se produisent en vous et autour de vous. Attentifs, Pèlerins, soyez attentifs.

 

AU CERF,  LA BIÈRE !

Bien-sûr, tout ceci suppose idéalement que vous ayez le bonheur de découvrir le brame seul, ou en compagnie d’un familier de la forêt qui saura vous guider et, le cas échéant, vous protéger.
Car on ne martèlera jamais assez, tout particulièrement à cette époque, le vieil adage de vénerie : “ au sanglier, le mire (médecin) ; au cerf, la bière (rien à voir avec le houblon) „ !

À défaut, il vaudra donc mille fois mieux rejoindre l’un des nombreux groupes de naturalistes qui organisent des soirées “ brame „ voire l’un des lieux de concentration tolérés par la DNF, que prendre des risques inutiles : l’instant recèlera de toute manière sa part d’intense magie.

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Texte Patrick Germain / 2007
Crédit(s) iconographiques :Jean-Claude Servais
Photos : Daniel Pigeon
Voir la page Facebook de Daniel
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Anecdote

Je dois au maître-traqueur José Léonard l’une des trouilles de ma vie lorsqu’un jour de battue en Hertogenwald il me chargea de “ rester pour retenir les chiens „ au sortir d’une clôture à gibier mal fermée dans laquelle il rentra en prononçant le “ on ne sait jamais… „ annonciateur des grands désastres. Quelques instants plus tard, au terme d’une fantasia de branches brisées, de cris et d’aboiements furieux, je me retrouvai nez à nez avec un cerf dont la seule chose que je puisse dire est qu’il était de très méchante humeur et qu’il me laissa juste le temps de me jeter à plat ventre dans un fossé dont je sortis ensuite couvert de boue et d’une verdure poisseuse qui seyait à merveille à mon teint du moment. C’était, me dit-on, un “ beau douze „ et j’avais tenu mon poste jusqu’à l’extrême limite : l’honneur était sauf. C’est fou ce qu’on vous observe, en forêt, dans ces instants de pur hasard…

Source :
•    (1)  “ Bêtes sauvages d’Ardenne „ – Roger Herman – Paul Legrain éd. 1976
•    (2)  “ L’Almanach „ – Jean-Claude Servais – Casterman 1988 – ISBN 2-203-38009-8
•    “ Les Celtes „ – Collectif – EDDL Paris éd. 2001 – ISBN 2-23700-484-6 et “ Chasse – Pêche „ – Cours technique secondaire de l’IPEAFP La Reid 1975


 

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La truite, l’anneau et le miracle

La truite, l’anneau et le miracle

La truite, l’anneau et le miracle

Pâques 2016, la Fédération Sportive de Pêche Francophone Belge organise cinq jours de stage à destination des jeunes.
Les 24 stagiaires sont reçus à Engreux, près de Houffalize, mais les séances d’entraînement sont itinérantes. Un peu en eaux vives, au bord de l’Ourthe, un peu en étang.

C’est à l’étang de Basse-Bodeux, à Trois-Ponts que le miracle se produit pour un des plus jeunes stagiaires. Timour a dix ans seulement, mais le gamin est déjà sacrément doué et bardé d’une solide d’expérience (le lecteur pardonnera certaines familiarités de langage et une évidente propension aux superlatifs concernant le jeune pêcheur, mais l’auteur de ces lignes n’est autre que le grand-père du stagiaire…).

Pourtant, ce matin-là, et malgré le talent incomparable du jeune génie de la pêche… ça fait quand-même beaucoup de superlatifs… Soyons raisonnable, ce matin-là, ça ne marche pas très fort pour Timour, les touches se font attendre. Tout à coup, les poignets du garçon vibrent sous « un départ appuyé », une grosse touche courbe la canne. Un poisson de cette force et de cette taille, cela ne peut  être qu’une grosse carpe.

« Non, non c’est une énorme truite, s’écrie un des stagiaires, je viens de la voir »

Au bord de l’étang, y compris chez les moniteurs, l’incrédulité règne ; une truite de cette taille c’est rarissime.
Sous la terrrrible traction, la canne se tord et se courbe mais ne rompt point. La ligne se tend mais le fil résiste à la traction, alors que les nerfs du gamin résistent à la pression. Timour, entouré de ses congénères et rejoint par les moniteurs, travaille le poisson avec l’aide et les conseils des enseignants. Vingt minutes d’âpre lutte se sont écoulées. Tous revivent l’aventure du vieux pêcheur d’espadon qu’Ernest Hemigway a décrite dans le « Vieil homme et la mer ». C’est homérique. (Je rappelle à l’auteur qu’il faudrait y aller mollo avec les superlatifs…)

Et, catastrophe, une fois de plus, le matériel trahit l’homme. Dans un invraisemblable fracas (?), comme le déraillement d’une locomotive à vapeur, la ligne se brise. Ou plutôt, et plus simplement, l’anneau porteur de fil, au bout de la canne, se décroche. Ce qui fait nettement moins de bruit qu’un déraillement, mais pour les acteurs de la scène, le résultat a dû paraître identique.
Le moniteur, Julien, aux réflexes prompts comme doit les avoir un homme d’action, lance sa propre ligne. Il espère emberlificoter son fil à la ligne du malheureux stagiaire. Il y réussit, le diable d’homme (nous verrons plus bas que cette expression est un peu malheureuse). Ainsi à deux, les héros ramènent sur la berge, via une trop petite épuisette, une énorme truite mâle de soixante-trois centimètres. Soixante-trois centimètres ET DEMI précise Timour, en bon pêcheur qu’il est devenu.

C’est seulement à partir de cet instant que l’épopée devient miracle.

Reprenant leurs esprits, les stagiaires immortalisent l’exploit par quelques photos d’usage. La truite combattive retrouve le chemin de l’étang, fatiguée et vaincue mais libre et vivante.

Les pêcheurs entreprennent alors de démêler la victorieuse paire de fils emberlificotés à dessein.
Le croirez-vous : au moment où les cloches de l’église proche sonnaient l’Angélus, stagiaires et moniteurs découvrirent que les fils n’étaient pas le moins du monde emmêlés, mais…, mais… ( j’en perds le souffle) ; mais, que le crochet de l’hameçon de la ligne lancée à la rescousse, s’était glissé à l’intérieur de l’anneau défaillant. Il y avait à peu près une chance sur quinze milliards que cela puisse arriver. C’est arrivé, c’est un miracle, l’Angélus le confirme.

Est-ce étonnant, sachant qu’il y a quelques siècles déjà, à Orval, une truite rapporta l’anneau d’or que Mathilde avait laissé glisser dans l’onde de la fontaine. Décidément, les truites,  l’Ardenne et les miracles sont liés à jamais.


La photo est de Benoit Sottiaux.
Le reportage (plus objectif celui-là) est paru dans « le Pêcheur Belge »  de mai 2016
www.lepecheurbelge.be

 


 

L’abeille : précieuse et menacée

L’abeille : précieuse et menacée

L’abeille : précieuse et menacée

La vie de journaliste, sur la Toile ou ailleurs, ne va pas sans grands moments de solitude. Ainsi quand on vous commande un papier “ abeille „. Vous direz que ça n’a pas le poids d’une joyeuseté engendrant quelques dégâts collatéraux – c’est ainsi qu’on appelle les morts, désormais – mais ça reste à voir. En route pour une tentative de synthèse du royaume des abeilles et de ses multiples ramifications, dont certaines ne lassent pas d’interpeller.

(suite…)