Le genêt à balais, un colon ardennais

Le genêt à balais, un colon ardennais

Végétal du printemps, la floraison du rude genêt à balais parsème d’éclats jaunes plus ou moins étendus l’émeraude dominant les paysages d’Ardenne. Allons à sa rencontre.

Peut-on trouver végétal plus emblématique du printemps ardennais que le genêt à balais ? Il était naguère impensable, pour un visiteur s’en retournant vers les basses-terres, de ne point adorner la calandre de son automobile de quelques branches fleuries attestant son passage en Ardenne. La mode a passé avec celle des belles carrosseries dont les chromes rutilants faisaient la joie des petits et des grands.

Une pratique qui a disparu : décorer les pare-chocs des voitures d’un bouquet de genêts fraîchement cueilli.

Ceci dit, je ne surprendrai pas grand monde en énonçant que ledit genêt doit son qualificatif à l’intervention de ses rameaux séchés dans la confection des ramons (ou balais, en français commun) spécialisation qu’il partageait avec les ramilles de bouleau.
Moins nombreux sans doute sont ceux qui conservent le souvenir des abris recouverts de genêts, qu’un art consommé de l’agencement rendait  imperméables aux intempéries. Il en est encore, ça et là, mais le tour de main se perd et c’est ma foi bien regrettable.

Pour le reste, ce rude gaillard fait partie des colonisateurs-nés s’emparant allègrement des friches, essarts et autres bords de chemins auquel il apporte un son et lumière estival du meilleur aloi. Occupation des sols oblige, ces refuges deviennent moins courants et le genêt avec eux, dont le claquement des gousses fait partie des ambiances estivales au même titre que le froissement des sauterelles dans l’air brûlant chargé d’odeurs.
Il atteint une hauteur de 1 à 3 mètres, rarement davantage. Le diamètre des branches maîtresses peut atteindre de 5 à 10 centimètres, elles se ramifient d’abondance et portent de petites feuilles caduques tandis que la floraison s’étend de mai à juin.

D’un jaune presque aveuglant.

Côté médicinal, on lui reconnaît depuis toujours une efficace action tonicardiaque. Cette propriété a été confirmée depuis qu’on en retire la spartéine, alcaloïde fort précieux. C’est aussi un excellent diurétique permettant l’élimination des chlorures et on en recommande l’emploi contre la goutte, les rhumatismes, l’hydropisie ainsi que dans les affections pulmonaires comme les pleurésies et la pneumonie et enfin pour élever la tension artérielle trop basse.
Complet et utile, sans doute, mais à n’utiliser qu’avec précautions : la cytisine et la spartéines sont toxique pour l’homme même si le bétail s’en accommode très bien.

Il colonise volontiers les espaces déboisés. Ici, sur les hauteurs de La Gleize en montant vers Spa.

Et enfin, faut-il estimer rassurant, à l’heure où la chasse aux essences exogènes envahissantes sévit en Ardenne, de savoir que notre cher genêt à balais est considéré comme une vraie peste en Californie et en Nouvelle-Zélande ? Après tout, pour peu que l’on se penche sur les multiples disséminations végétales et animales consécutives aux croisades, par exemple, l’actuelle extension des berces du Caucase et autre balsamine de l’Himalaya n’a rien d’exceptionnel.

Patrick Germain

Le genêt et le bétail

Bien avant que les animaux d’élevage ne passent l’hiver dans des étables équipées de citerne à lisier directement sous les bêtes, la paille était rare en Ardenne. L’agriculteur offrait  un peu de confort à ses bêtes avec ce qu’il trouvait sur place, les fougères, les feuilles mortes, la bruyère et le genêt. Ces plantes étaient récoltées et séchées durant la bonne saison, comme la paille ou le foin. La dureté des tiges du genêt, si c’était une qualité pour la fabrication des balais, nécessitait un traitement « assouplissant ». Les fagots de la plante étaient étalés sur les chemins et dans les ornières creusées par le passage fréquent des chariots attelés. Ainsi, les pas des bœufs, des chevaux et les lourdes roues en bois écrasaient les tiges et en faisaient une litière d’une douceur acceptable et plus absorbante.

Bouquet de genêts

Nos lecteurs ont bien travaillé sur la page Facebook de Mediardenne.

Odile nous rappelle qu’on se servait des fagots bien séchés pour allumer les poêles et surtout les fours à pain. Avec les tiges défibrées, on pouvait aussi tresser des cordages.

Brigitte nous parle de teinture à partir des fleurs, mais il semble qu’il s’agisse d’une autre variété de genêt:  Genista tinctoria, alors que notre genêt à balais porte le nom latin de Cytisus scoparius.

Agnès se souvient que es fleurs étaient récoltées pour les petites filles qui les lançaient lors des processions aux reposoirs dans les villages à la fête du Saint Sacrement. Les rameaux séchés étaient utilisés pour nettoyer les « buses » (les tuyaux) d’évacuation des fumées des poêles à bois.

Et, plus surprenant, Philippe note qu’il était aussi utilisé, non fleuri, dans les cas de diarrhées des lapins domestiques…

Genets sur une mise à blanc

Lire : « Les genêts de mon enfance »  sur le blogue de Georges Bleuhay le poète de Méry-sur-Ourthe.

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l’épilobe à feuilles étroites

l’épilobe à feuilles étroites

Commun sur toute l’Ardenne, l’épilobe – au masculin – fait partie de ces végétaux auxquels on ne prête guère attention. Pourtant, outre le joli rosé de ses colonies au moment de la floraison, il constitue sans aucun doute l’un de nos végétaux sauvages les plus utiles.

 

Sa robustesse et sa jolie couleur rose, alliées à une vivacité qui requerra une grande vigilance si l’on décide de l’inviter dans un coin du jardin, en font l’une des plantes les plus répandues en Ardenne. On y rencontrera généralement l’épilobe en lisière ou dans les coupes, et les forestiers l’appellent quelquefois « plante à feu » parce qu’il – épilobe est du genre masculin – est une des premières à réapparaître sur les terres brûlées.

 

 

L’épilobe colonise rapidement les terrains incendiés, mais aussi les parcelles de bois mises à blanc.

 

Modeste mais point dépourvu de prestige, l’épilobe est une plante historique: en 1793, son observation permit au botaniste allemand Sprengel d’imaginer la théorie de pollinisation par les insectes, reprise et développée ensuite par Darwin. Il en existe une vingtaine d’espèces sous nos climats, auxquelles il conviendra d’ajouter bon nombre d’hybrides.

Très accommodant, on l’a vu, ce beau jeune homme au teint frais se dissémine le plus souvent en colonies, tant par l’expansion de longs rhizomes traçants que par les innombrables graines à aigrette que le vent d’automne emporte sans difficulté sur des distances parfois considérables.

 

La plante aurait permis de comprendre le phénomène du butinage.

La plante aurait permis de comprendre le phénomène du butinage.

 

 

Une santé dont on pourrait se plaindre si l’épilobe n’était l’un des végétaux sauvages les plus utiles, à défaut d’être de grande importance médicinale. Car si, à ce niveau, l’on se limitera à relever la forte teneur en tanins de sa racine, il n’en va pas de même pour ce qui concerne l’intérêt culinaire.
Ainsi la moelle de sa tige, une fois celle-ci épluchée, présente-t-elle une saveur sucrée dont on se régalera avant, par exemple, de consommer les jeunes pousses et les feuilles en salade, crues ou cuites. Feuilles dont on fera par ailleurs, une fois séchées, un thé de bonne tenue. Les fleurs, quant à elles, peuvent être infusées fraîches.

 

 

Tiges d'épilobe

Les tiges sont sucrées

 

Conservez donc à l’épilobe une place de choix dans un coin de votre mémoire, Pèlerins: les temps sont durs, mais finalement – comme toute période de crise – point inintéressants si l’on se prend à (re)trouver quelques « fondamentaux ». L’un d’entre eux consiste à ne pas chercher (ou pire, aller faire chercher) aux six-cents mille diables ce qu’on a sous la main.

 


Ecrit par :Patrick Germain 22-07-2008


 

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Le milan royal, talentueux flemmard

Le milan royal, talentueux flemmard

Admirable voilier, le milan royal est sans doute l’un des plus beaux rapaces diurnes de l’Ardenne.

Depuis quelques années maintenant, le ciel d’Ardenne retrouve progressivement ses rapaces. Et c’est avec bonheur que l’on y constate, au fil des saisons, un accroissement notable de la population de milans royaux alors même que l’espèce continue d’être réputée en danger ailleurs.

Quel bonheur, pour un – modeste – vélivole qui plus est, que celui d’observer ce talentueux flemmard en train de défier les lois de la pesanteur sans le moindre effort apparent ! Le plumage de queue en perpétuel mouvement, il glisse à quelques mètres du sol, point trop soucieux de la présence humaine. Puis, toujours sans effort apparent, il tournoie et monte, monte à perte de vue dans le ciel.

Flemmard dans l’espace, le milan le serait encore plus résolument sur le plancher des vaches. Il peut, paraît-il, rester des heures à rêvasser dans un arbre.

Outre son vol caractéristique c’est un magnifique rapace très facile à identifier, entre autres grâce à sa longue queue rousse triangulaire, profondément échancrée. La tête est blanchâtre et le plumage brun rouge dessus et roux rayé de brun dessous. Les ailes sont tricolores dessus et on peut observer au-dessous deux fenêtres blanches, situées au niveau des poignets.

 

milan_royal_quoidbach_petitCôté subsistance, il est principalement charognard, mais il arrive que notre surdoué trouve sa nourriture au sol à l’occasion d’imprévisibles piqués sur cibles mobiles. Rats, campagnols, jeunes oiseaux, grenouilles, charognes, lombrics et autres constituent l’essentiel de son menu. Ceci dit, que nos amis éleveurs se rassurent : tant il est vrai que l’on ne peut également briller en toute chose, le milan royal n’est pas le plus imparable des rapaces. Il est considéré comme un peu maladroit lorsque l’envie lui prend de tenter l’aventure vers nos poussins ou lapereaux.

 

 

C’est en février qu’il revient vers nos contrées – Photo de Harry Mardulyn

 

 

Anecdote : un milan en mauvaise posture

Un milan royal en mauvaise posture

 

Comment a-t-il pu aller se fourrer là ?

C’est notre ami photographe Roland Piron qui raconte l’anecdote :

Ma nièce me téléphone vers 18h00 heures, elle me signale qu’un rapace est coincé dans un arbre. Lorsque j’arrive sur place, à plus ou moins dix kilomètres, je vois que c’est un milan et que en effet, il est drôlement empêtré dans les branches. Mais il est difficilement accessible, il me faut une échelle. Ma nièce part en chercher une en courant. Dans l’instant d’après, un voisin agriculteur passe justement avec un tracteur muni d’un chargeur frontal et d’un bac. Je lui explique la situation et à l’aide de l’engin, il m’ amène en un tour de main à hauteur de l’oiseau qui fut très vite libéré et sans blessure.

Voilà un sauvetage qui se termine bien, on loin du temps où les superstitions idiotes clouaient les rapaces – les chouettes surtout – sur les portes des granges…
Heureusement !

Les photos de Roland Piron

 

Notes

Milan royal – Milvus milvus

Cantons de l’Est : Roter Milan
Wallon : grand mohèt, ram’neu d’bègasses

Envergure : 145 à 165 cm.
Longueur : 59 à 66 cm.
Poids : 720 g à 910 g pour le mâle et 800 g à 1010 g pour la femelle.
Dimorphisme sexuel : Il existe un léger dimorphisme de taille chez les adultes, les ailes du mâle mesurent 475 à 500 mm tandis que celles de la femelle sont plus grandes, de 475 à 530 mm.
Voix : plutôt silencieux, il peut faire entendre des sortes de miaulements et des cris aigus rappelant ceux de la buse.
Durée de vie : record de 26 ans pour une femelle.
Habitat : régions montueuses boisées ; localement en plaine et milieux découverts avec arbres disséminés.
Reproduction : 2 à 3 œufs en moyenne, pondus en mars-avril, vont être couvés pendant 35 à 40 jours. Les jeunes, élevés pendant deux mois, attendront environ l’âge de 3 ans avant de commencer à se reproduire à leur tour.

Texte : Patrick Germain / 2007
La photo du titre est de Corentin Thomas – 2018
Crédit(s) iconographiques : Jacques Quoidbach

Source :

  • « Histoires d’ailes en val de Lienne et Glain… » Textes et dessins de Marc Deroanne – Cercles des naturalistes de Belgique éditeur – 2004 –
  • « Mémoire : Oiseaux du Pays de Salm » – Bernard Clesse – Cercles des naturalistes de Belgique éditeur – 1988 –
  • « Guide des oiseaux d’Europe » – Peterson, Mountfort, Hollom, Géroudet – Delachaux & Niestlé éditeurs – 7ème édition – 1976
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… et en vidéo (Harry Mardulyn – Natagora)

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Le lièvre, un sprinter aux grandes oreilles

Le lièvre, un sprinter aux grandes oreilles

On peut hésiter lorsqu’on aperçoit un petit mammifère aux grandes oreilles dans un pré : est-ce un lièvre, un lapin ou un petit kangourou ? Oubliez le kangourou en Ardenne…

Regardez les oreilles

Pourtant, ne verrait-on que le bout des oreilles, on aurait déjà une bonne indication. Le lièvre arbore des oreilles plus grandes que le lapin de garenne (entend-t-il mieux ?), mais surtout, leur pointe est noire sur 1 à 2 centimètres. Il faut pour cela, évidemment, le voir en plein jour, alors qu’il est plutôt nocturne et crépusculaire. Sauf durant le « bouquinage », où le mâle comme tous les mammifères joue les gros-bras. En cette période de parade nuptiale, il aime se montrer au grand jour pour impressionner les hases (femelles du lièvre).

Lièvre assis dans un pré

Relax le lièvre, il n’a pas encore aperçu le photographe.

 

S’il se déplace pour prendre la fuite, on constate directement qu’il est très grand pour un lapin, et surtout que son agilité lui permet de faire des bonds qu’un lapin olympique lui envierait. Grâce au développement de ses pattes postérieures, il peut filer à une allure de près de 70 kilomètres par heure. Bonne chance pour l’attraper à mains nues, le renard lui-même ne s’y essaie guère, il préfère consommer les jeunes levreaux. Ils sont plus tendres à croquer et certainement plus faciles à attraper.
Les levreaux sont pourtant débrouillards, ils ne s’attardent pas au nid très longtemps mais reviennent à la maison de temps en temps jusqu’au sevrage définitif, après environ un mois. Cependant, le logis familial n’est pas très sécurisé ; disons plutôt le logis maternel, car après avoir rempli ses fonctions viriles, le mâle s’en va voir ailleurs. Il est polygame le coquin. Contrairement à la lapine, la hase  ne s’installe pas dans un terrier, elle se contente d’un renfoncement du sol, un pas de cheval par exemple. C’est donc facile à construire mais les petits sont très exposés aux prédateurs, pas seulement les renards ; les corneilles ou les rapaces repèrent facilement leurs proies du ciel. D’autant plus que le lièvre n’est pas un animal forestier à proprement parler, il préfère éventuellement les lisières mais surtout les espaces dégagés, les landes, les prés.

 

Lièvre en extension

Curieuse attitude, on dirait qu’il va jouer au renard et bondir sur une petite proie. Ou bien il étend ses muscles après une petite sieste ?

Un campagnard le lièvre

Mignon le levreau, mais fort exposé aux prédateurs.

Mignon le levreau, mais fort exposé aux prédateurs.

 

Même si la femelle peut concevoir plusieurs portées de 3 ou 4 levreaux par an au printemps et en été, les destructions par les prédateurs naturels sont importantes. Les prédateurs humains ne sont pas innocents à la difficulté de rendre stables les populations de léporidés (…de la famille des lièvres et lapins). Le chasseur – puisque le lièvre est considéré comme un gibier, donc chassable – n’est pas responsable de tout, même si la gestion du « Petit gibier » est moins évidente que celle du « Grand-gibier » comme le cerf ou le sanglier. Plus campagnard que forestier, le lièvre paye cher sa présence dans les champs cultivés et arrosés de pesticides, fongicides et autres produits tueurs. En Ardenne, terre d’herbages, l’utilisation massive de ces produits est plus rare, c’est plutôt sous les lames de la faucheuse d’herbe que les portées sont détruites pendant la fenaison. Et n’oublions pas l’arme que nous utilisons tous, la voiture dont les roues restent insensibles au charme de ce sympathique habitant des campagnes. Si lièvre n’est pas considéré en voie de disparition, il semble cependant qu’un déclin général soit observé depuis plusieurs décennies.

Un gibier quand-même !

S’il se chasse…, il se mange.

Espérons pour le noble animal, qu’il tombe sous le fusil d’un chasseur respectueux et qu’il finisse dans l’assiette d’un gourmet respectueux…

Lièvre attentif.

« Soyons attentif, j’ai beau courir vite, l’important est de partir à point ».

 

Raymond Buren (1932 – 2009) auteur du recueil de recettes ardennaises « Le goût de l’Ardenne » comptait parmi les gourmets respectueux. Voici ce qu’il dit du lièvre-gibier; pour notre part, nous observons dans cette citation que si le chasseur peut être respectueux, il peut aussi être maladroit :

Le lièvre danse la nuit à la lune ; le lièvre est rapide mais il ne voit que de côté. A quatre ans, il est déjà vieux. Le lièvre est un rude gibier de poil : il s’échappe facilement ; aussi lui plombe-t-on le postérieur plus qu’il ne convient. Gibier haut de goût, le lièvre restaure merveilleusement l’appétit de vivre en ces temps de frimas et de froid de ces mois de fin d’année.

L’auteur lui-même, cite un passage du « traité de la table » de son illustre confrère Maurice des Ombiaux. (1868-1943)

Manger du lièvre n’est qu’une question monétaire, manger un bon lièvre est une question d’art… Tous ceux qui s’y connaissent quelque peu n’ignorent pas qu’il faut choisir un lièvre court sur pattes et haut de corps, car il faut se méfier des lièvres trop hauts, dont la chair est insipide… Mais après cela, que de nuances encore ; le lièvre des bois est supérieur au lièvre des champs ; le lièvre des collines l’emporte sur le lièvre des plaines.
Les meilleurs lièvres que j’ai connus venaient des Ardennes où ils avaient brouté la bruyère, le thym et le serpolet.


Photos Laurent Malbrecq : natur-photo.e-monsite.com
Texte : Fr. Rion – MediArdenne

Sources :
Faune des plaines agricoles : Région Wallonne
« Le goût de l’Ardenne » par Raymond Buren – Le Vif Editions 1995

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Le brame

Le brame

Rendons une visite – distante – à Sa Majesté le cerf au moment où il fait trembler la forêt d’Ardenne au rythme d’une fête sauvage dont les échos venus du fond des âges réveillent, même chez l’homo internetus, d’étranges sensations.

“ La fièvre l’a saisi à l’improviste, un soir de septembre (…) il a senti l’odeur des biches, et l’impétueux instinct a soudain transformé son comportement. D’abord, il a apaisé sa nervosité avec de furieux coups de tête sur le premier arbuste qu’il a rencontré en quittant sa reposée (…) puis, il s’est brusquement retourné, a vu son compagnon habituel marcher sur ses talons. Pendant un long moment, il l’a toisé d’un regard dont toute aménité était absente. Voila que, subitement, cette présence, pourtant appréciée pendant tout l’été, lui était devenue insupportable „

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Ils se toisent

En quelques lignes, Roger Herman (1) vient de brosser le portrait psychologique du premier rôle de ce qui constitue sans doute l’événement le plus impressionnant de l’année ardennaise : au sombre des forêts le brame peut commencer ; drame épique dont les échos se répercutent depuis le fond des âges avec une même force brute, chargé d’émotions contradictoires auxquelles nul ne peut échapper en ses intimes

Sinon, comment expliquer cette mystérieuse pulsion qui, quelques semaines durant, va faire affluer vers l’Ardenne et ses forêts plusieurs milliers de personnes de tous âges et de tous sexes ? Comment expliquer que le plus blasé des coureurs de bois ne peut rester indifférent à ce qui, somme toute, ne constitue qu’un instant de l’année parmi d’autres sans cesse renouvelés?
Car, au fond, le brame n’est jamais que le rut du cerf. Notre plus grand mammifère sauvage, certes, et le plus expressif en la matière sans doute, mais encore ?

LE BRAME : MODE D’EMPLOI

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En voilà des manières !

Pour ce qui concerne les faits, le brame correspond à une période allant grosso modo du début septembre à la fin octobre, durant laquelle les cerfs en majesté rejoignent les hardes de biches en vue de s’accoupler. Le reste du temps, ils vivent seuls, ou en petits groupes.

D’un tempérament généralement flemmard, le cerf titillé par ses hormones devient alors un personnage irascible qu’il est très fortement déconseillé de rencontrer au détour d’un taillis sans avoir pris rendez-vous : quand quelque 150 à 200 kilos d’os et de muscles pour un mètre cinquante au garrot, surmontés d’une tête de furieux pourvue de bois redoutables quel que soit le nombre de leurs andouillers, décident de vous faire part de leur plus vif mécontentement, ça craint, croyez-m’en ! (voir anecdote)

 

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Lorsque vous assistez à une telle scène, il y a vraiment intérêt à rester à distance.

Bref, restez prudemment en-dehors du coup, laissant à ces messieurs le soin de s’expliquer en comité restreint. Un rituel immuable qui débute par un stade d’observation durant lequel les seigneurs en présence vont se jauger, avant de fuir ou de se rentrer littéralement dans le lard, entrechoquant leurs bois avec une violence inouïe car le combat ne mettra jamais en lice que des adversaires de puissances similaires. Il peut durer plus ou moins longtemps, selon la vigueur des cerfs aux prises et/ou la gravité des blessures reçues. Quelquefois, tous deux mourront d’épuisement, le bois inextricablement entremêlés. Tout qui, même à distance, a pu entendre le choc des ramures, peut se faire une idée de la sauvagerie de l’affrontement.

 

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Les grondements dans la forêt.

Les grondements rauques qui résonnent alors dans la forêt constituent à la fois une manière de revendiquer le territoire avec les femelles qui s’y trouvent, et de provocation envers les rivaux potentiels. Avec un peu d’oreille et de pratique, il est possible de les bien imiter à l’aide du verre d’une ancienne lampe à pétrole. Mais ne venez pas vous plaindre ensuite si vous vous retrouvez contraint de passer la nuit dans un arbre

 

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Le repos du seigneur

Ceci dit, vous y auriez tout le temps de compatir au sort du Seigneur de nos forêts qui, non content d’en prendre plein les ganaches pour conquérir son harem est ensuite contraint de veiller doublement au grain. Premièrement parce que les biches ne sont – individuellement – réceptives qu’une seule journée par an ; et deuxièmement parce que les cerfs plus jeunes, qui ont assisté de loin au choc des Titans, ne se privent pas de leur faire à l’occasion un (en)faon dans le dos.

LE GRAND CORNU

Voilà qui nous dresse le portrait d’un animal “ solaire „ brillant lors du brame d’un feu “ fixe „ qui, comme tous ceux de son espèce, peut à la fois être générant et destructeur dans un même élan. D’un animal qui impose le respect par sa stature et son allure, tout en représentant à bien des égards une puissante métaphore de la vie. De là à en faire un dieu il n’y a qu’un pas.

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Cernunos : la divinité

Franchi depuis plusieurs millénaires, les meilleures sources s’entendant pour prêter à la divinité celtique Cernunos une antériorité historique qui en fait sans doute, avec les divers avatars de la Terre-mère, l’une des plus anciennes du Panthéon occidental. Tout ceci pourrait n’être malgré tout que pure spéculation si Cernunos, avec quelques autres comme Épona, n’avait par ailleurs fait l’objet d’une christianisation insistante dont la figure la plus célèbre est sans conteste le cerf de saint Hubert. Et ça, c’est un indice de taille.
Quant à savoir s’il existe un lien entre le brame et le sabbat qui, avec ses bacchanales, ne serait que l’avatar dévoyé de rituels plus anciens, c’est une autre histoire. Reste qu’il existe de troublantes similitudes.

À titre purement personnel, mes affinités électives iraient plutôt dans le sens de la vision que Jean-Claude Servais a donné du brame au mois de septembre (2) de son “ Almanach „. Très émouvant.

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Jean-Claude Servais : « L’Almanach » – Septembre / Adrien

Alors, au bout du compte, trouvez donc votre chemin vous-mêmes dans l’infinité de lectures possibles qu’offre un symbole. Laissez-vous imprégner par l’ambiance du brame en commençant par les odeurs et le climat de la forêt d’Ardenne à l’automne ; montez en puissance avec le cerf en ne négligeant aucune sensation, fut-elle dérangeante pour la morale du temps, car nul ne connaît la lumière s’il n’a affronté l’ombre. Que chaque froissement, chaque odeur, chaque cri, chaque choc rapporté par l’écho, pénètre en vous jusqu’à en devenir intime. Vous fasse prendre conscience de votre unité avec le tout. Il se peut bien qu’alors des choses surprenantes se produisent en vous et autour de vous. Attentifs, Pèlerins, soyez attentifs.

AU CERF,  LA BIÈRE !

Bien-sûr, tout ceci suppose idéalement que vous ayez le bonheur de découvrir le brame seul, ou en compagnie d’un familier de la forêt qui saura vous guider et, le cas échéant, vous protéger.
Car on ne martèlera jamais assez, tout particulièrement à cette époque, le vieil adage de vénerie : “ au sanglier, le mire (médecin) ; au cerf, la bière (rien à voir avec le houblon) „ !

À défaut, il vaudra donc mille fois mieux rejoindre l’un des nombreux groupes de naturalistes qui organisent des soirées “ brame „ voire l’un des lieux de concentration tolérés par la DNF, que prendre des risques inutiles : l’instant recèlera de toute manière sa part d’intense magie.

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Texte Patrick Germain / 2007
Crédit(s) iconographiques :Jean-Claude Servais
Photos : Daniel Pigeon
Voir la page Facebook de Daniel
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Anecdote

Je dois au maître-traqueur José Léonard l’une des trouilles de ma vie lorsqu’un jour de battue en Hertogenwald il me chargea de “ rester pour retenir les chiens „ au sortir d’une clôture à gibier mal fermée dans laquelle il rentra en prononçant le “ on ne sait jamais… „ annonciateur des grands désastres. Quelques instants plus tard, au terme d’une fantasia de branches brisées, de cris et d’aboiements furieux, je me retrouvai nez à nez avec un cerf dont la seule chose que je puisse dire est qu’il était de très méchante humeur et qu’il me laissa juste le temps de me jeter à plat ventre dans un fossé dont je sortis ensuite couvert de boue et d’une verdure poisseuse qui seyait à merveille à mon teint du moment. C’était, me dit-on, un “ beau douze „ et j’avais tenu mon poste jusqu’à l’extrême limite : l’honneur était sauf. C’est fou ce qu’on vous observe, en forêt, dans ces instants de pur hasard…

Source :
•    (1)  “ Bêtes sauvages d’Ardenne „ – Roger Herman – Paul Legrain éd. 1976
•    (2)  “ L’Almanach „ – Jean-Claude Servais – Casterman 1988 – ISBN 2-203-38009-8
•    “ Les Celtes „ – Collectif – EDDL Paris éd. 2001 – ISBN 2-23700-484-6 et “ Chasse – Pêche „ – Cours technique secondaire de l’IPEAFP La Reid 1975


 

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Le pin sylvestre, le bois de mine

Le pin sylvestre, le bois de mine

Le pin sylvestre (Pinus Sylvestris)

Comme presque tous les résineux qui peuplent les forêts d’Ardenne, le pin est une essence importée. Son aire de répartition naturelle est très étendue en Europe, particulièrement présent en Europe de l’Est.

Le bois de mine

plantation de pins sylvestres

De jeunes pins sylvestres (environ 25 ans). La lumière passe facilement à travers le feuillage et permet le développement d’un sous-étage. Ici, beaucoup d’orties, probablement par le fait que la plantation se trouve sur une ancienne pâture.

Il fut, tout comme l’épicéa, largement planté à partir de la moitié du 18 ème siècle pour valoriser les terres dites incultes de l’Ardenne.
Il s’adapte facilement sur les sols rocheux pauvres, résiste au froid mais peut se briser sous le poids de la neige collante. Il fut en son temps le bois privilégié pour constituer « le bois de mine », débité en courtes billes et écorcé ; peu fissile, il convenait parfaitement pour étançonner les galeries des nombreuses mines du Pays de Liège, du Hainaut et du Limbourg. Il présentait l’avantage considérable de « prévenir » avant de casser. Il crissait, criait, geignait, ce qui permettait aux hommes du fond de remplacer à temps les éléments qui risquaient de se rompre.

Il est une essence de lumière, son feuillage (ses aiguilles) peu dense laissant passer la lumière permet ainsi le développement de la flore au niveau du sol. Il grandit relativement vite, mais pas très droit. Ce qui n’avait pas une importance capitale pour l’utilisation dans les galeries de mines, les billons utilisés étant fort courts. Il est désormais largement supplanté par les cultures d’épicéas et de douglas, sa présence en Ardenne est en constante régression.

ecorce d'un jeune pin

Ecorce d’un jeune pin sylvestre, les écailles sont déjà bien distinctes.

Son écorce, structurée en espèces d’écailles, se colore progressivement de rouge-ocre avec l’âge.

Les pins se reconnaissent à leurs longues aiguilles souples (4 à 6 cm) rassemblées dans une même gaine ; le sylvestre possède deux aiguilles. C’est un « bois rouge », le cœur du tronc – le duramen – présente une couleur orangée, mais le bois peut facilement virer au gris-bleu lorsque l’arbre est abattu au printemps et gorgé de sève.

Ecorce pin âgé

Un pin âgé, l’écorce devient fort épaisse.

Sapin rouge du Nord

C’est sous le nom de « sapin rouge du nord » qu’il est connu en charpente et menuiserie, ce qui sous-entend que le bois vendu provient des régions nordiques où la croissance plus lente des arbres donne une fibre plus serrée, donc de meilleure qualité.
Pour la petite histoire, des pins sylvestre issus des forêts ardennaises, sciés sur place ont fait il y a quelques décennies, un petite balade en bateau, revenant au port d’Anvers habillés du cachet certifiant l’origine nordique des bois. Un petit trafic qui a été vite découvert, et qui serait sans doute plus difficile à mettre sur pied aujourd’hui vu la traçabilité imposée par la labellisation des produits forestiers.

En parallèle à l’usage de son bois, les huiles essentielles qui sont extraites du sylvestre, lui ont donné la réputation d’un puissant antiseptique pulmonaire.


 

Galerie


 

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L’épicéa, ce sapin qui n’en est pas un

L’épicéa, ce sapin qui n’en est pas un

Ce conifère occupe près de la moitié des surfaces forestières de l’Ardenne. Principalement en Haute-Ardenne, au-dessus de 400 mètres d’altitude, où il trouve un sol et un climat très propices à son développement.

 

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Au printemps, les jeunes aiguilles donnent de très jolies couleurs aux lisières.

 

 

 

 

 

 

 

Si on reconnaît au chêne son appartenance à la noblesse forestière, l’épicéa incarne plutôt la classe laborieuse. Il se prête sans broncher à tous les usages. Il se laisse scier pour fabriquer du bois de charpente ou de menuiserie; très jeune, il se laisse déterrer pour porter les guirlandes et les boules de noël dans nos salons. Jeune, il se laisse découper pour se transformer en piquets, poteaux ou tuteurs. Il se laisse hacher et malaxer pour devenir pâte à papier ou panneaux de particules; et se laisse compresser pour se sacrifier au feu sous forme de pellets qui alimentent nos poêles ou nos chaudières industrielles. Ce silencieux polyvalent pousse l’abnégation jusqu’à ne pas se plaindre lorsqu’on l’appelle « sapin ».

Car l’épicéa n’est pas un sapin, il est un résineux certes, mais d’un autre genre botanique que les sapins. Les sapins vivent dans les sapinières, alors que l’épicéa forme des pessières. Il porte ses graines dans des cônes qui pendent aux branches… et puis qui tombent. Ce sont ces cônes que les enfants ramassent au bois et ramènent aux parents en disant : « voici une pomme de pin ». L’épicéa passe maintenant pour un pin, et ne se plaint toujours pas, un caractère en or cet épicéa.

Un nouveau venu en Ardenne

 

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Il pousse vite, et son tronc est droit.

 

Il est très ardennais en fait, c’est à dire pas bavard. Disons plutôt qu’il s’est très bien adapté, car en fait d’Ardennais, il ne l’est pas depuis très longtemps. L’épicéa n’est pas une essence indigène, son implantation en Ardenne date de la moitié du 19 ème siècle.

Son introduction fut très utile en ce temps-là pour reboiser rapidement l’Ardenne – car il pousse vite – que l’exploitation excessive des siècles précédents avait ruinée. Avant l’utilisation du charbon, la métallurgie naissante, avait vidé l’Ardenne de ses forêts exploitées pour fabriquer du charbon de bois. Les hauts-fourneaux se sont ensuite déplacés vers les bassins houillers, mais la forêt était vide. Les mines de charbon réclamaient elles-aussi du bois en quantité, pour étançonner les galeries. L’épicéa convenait très bien avant d’être supplanté par le pin sylvestre. La haute-Ardenne était encore constituée de terrains dit « incultes », les fagnes et les impressionnantes étendues de landes à bruyères considérées sans intérêt, qu’il fallait donc valoriser. L’entreprise de plantation de grande envergure prenait son envol, emportée par la fièvre du progrès.

 

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De belles grumes attendent le transport vers la scierie.

Mais trop, c’est trop.

L’épicéa, s’est avéré être une aubaine économique, c’est indiscutable et c’est toujours le cas. Il est apprécié des utilisateurs pour sa polyvalence, on l’a dit. Il grandit vite, c’est un avantage économique certain; et son tronc pousse particulièrement droit, ce qui facilite un sciage de qualité pour les bois d’oeuvre.

 

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En effet, il n’ y a pas beaucoup de lumière dans cette jeune pessière.

 

Ses désavantages reposent plus sur la manière par laquelle il est cultivé que sur l’arbre proprement dit.
Jusqu’à la fin du 20ème siècle, avant la prise de conscience environnementale, l’épicéa était planté en rangs très serrés. Les jeunes arbres, sous l’appel de la lumière et jouant sur la concurrence  grandissent plus vite. Dans l’ombre, les branches basses ne se développent pas et ne forment pas de noeuds dans le tronc. Tout cela est très utile économiquement, mais le résultat donne un couvert forestier dense à travers lequel la lumière ne passe pas.
Pas de lumière, pas de végétation sous les épicéas. Pas de végétation, pas de vie; pas de vie pas de biodiversité. Une parcelle d’épicéa est un désert disent les plus sévères.

 

Toujours soif cet épicéa

 

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L’épicéa est encore trop souvent exploité en « Mise à blanc ». La parcelle est complètement rasée avant la replantation; ce qui expose les parcelles voisines aux vents et peut provoquer la chute des jeunes arbres : des chablis.

 

Grand buveur (d’eau) c’est sur les écosystèmes humides que son impact s’est montré le plus significatif. Son installation massive dans les zones humides, principalement dans les Hautes-Fagnes, a sérieusement menacé les réserves hydriques que constituent ces biotopes particuliers. Au point que cent cinquante ans après la colonisation forcée des lieux par l’épicéa, l’action humaine amène à retirer l’espèce plutôt qu’à l’entretenir. La gestion des forêts se tourne désormais vers un équilibre plus fin entre la conservation des milieux naturels et la production économique.

Quoi qu’il en soit, l’épicéa a fait son lit en Ardenne et ses hautes ramures vert-foncé resteront une caractéristique familière du paysage ardennais.

Fr. Rion / 2016

 

 

Épicéa commun (Picea abies)

Croissance rapide, d’une durée de vie d’au moins 200 ans en Haute-Ardenne.

Il est exploité pour les scieries beaucoup plus tôt, vers 60 à 80 ans. A cet âge, la hauteur atteint près de trente mètres. Dans les Vosges, qui sont probablement le berceau des épicéas d’Ardenne, on trouve facilement des arbres de 50 mètres et plus.

Son enracinement est « traçant », les racines pénètrent peu dans le sol. Il peut donc tomber rapidement en cas de grands vents.

Bois blanc, considéré comme tendre et moyennement durable.
Son bois est très souvent utilisé traité superficiellement en charpente, ou imprégné en profondeur pour les usages extérieurs.
Très utilisé comme bois industriel, pour les pâtes à papier et panneaux divers, les piquets et les poteaux. Il est répandu en Europe dans les régions montagneuses, Alpes, Jura …, avec des variétés de plaine dans les pays nordiques d’où il est importé scié sous le nom de « Sapin blanc du Nord ».

Au canada, on le connait sous le nom d’Epinette.


 

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L’oxalis petite oseille, trois en une

L’oxalis petite oseille, trois en une

Chère surelle ! Combien de fois n’ai-je succombé au goût délicatement acidulé de tes feuilles ! Et médité sur elles, sur tes fleurs.

Bon, je vous préviens tout de suite : si, après avoir lu cet article, je vous surprends encore à pisser n’importe où, je vous mords sauvagement l’oreille ! C’est clair ? Non mais c’est vrai, quoi ! Est-ce que j’urine sur votre garde-manger, ou sur votre pharmacie, moi ?

Bref : l’oxalis (ou oxalide) petite oseille fait partie de ces trésors sur lesquels nous avons tous marché un jour ou l’autre, sans même nous en rendre compte. Et c’est bien dommage.
Car, en l’occurrence, les usages domestiques et médicinaux de cette plante commune sous nos latitudes sont innombrables.
Attention toutefois aux abus : le sel d’oseille, tiré de l’acide oxalique qui a donné son nom à la plante sert, entre autres, à effacer les taches d’encre ou à nettoyer les cuivres ; il attaque les teintures et serait… un bon détartrant pour les radiateurs d’automobiles. Besoin d’un dessin ? Par ailleurs, les personnes souffrant de lithiases et de la goutte s’en interdiront toute consommation.

oxalis_4Ceci étant entendu, mâchonner quelques feuilles de surelle coupe la soif tout en chatouillant subtilement les papilles. Vous trouverez également, à la fin de cet article, la recette d’une infusion qui, bien fraîche, joindra l’utile à l’agréable en remplissant votre gourde.

La fleur de l’oxalis petite oseille est blanche, délicatement veinée de lilas, de mauve ou de bleu. Elle s’épanouit généralement aux environs de Pâques (d’où l’un de ses surnoms : « alléluia ») et, à l’instar de ses feuilles, se penche et se replie sur elle-même la nuit ; ou lorsque la lumière vient à manquer significativement, durant la journée.
La fleur ? La première. Car une seconde floraison, beaucoup plus discrète bien qu’abondante, a lieu durant l’été.

oxalis_5_surelleLa symbolique ? Au lieu de courir après Arduinna sait quoi, arrêtez-vous donc un instant et, si ce n’est qu’une fois dans votre vie, regardez bien. Ternaire des feuilles (en forme de cœur, qui plus est) ; bipolarité dans l’unité à travers les propriétés médicinales ; photopériodisme ; abondance dans ce qui est voilé…

Mais, bien sur, on peut parfaitement vivre sans ça. Et préférer signer des pétitions.org pour la protection du gnou en Patagonie orientale, avec la photo du Dalaï-lama en fond d’écran. Mais je m’égare, je m’égare : à bientôt en Ardenne, pèlerin. Et pas pipi partout, hein ! Sinon…

Ecrit par :Patrick Germain / 2007

Note :
Oxalis acetosella L.
Surelle – Pain de coucou – Alléluia – Trèfle aigre – Oseille du bûcheron
Wallon : coucou
Infusion de surelle : 15 grammes de feuilles pour un litre d’eau bouillante. Infuser 5 minutes et laisser refroidir. Psst ! La gourde : en inox. Ou alors dans une bouteille thermos. Propres. J’dis ça , j’dis rien, hein…


 

Dormir, manger, bouger en Ardenne

L’Ardenne couvre en Belgique, la province du Luxembourg, le sud et l’est de la province de Liège et le sud de la province de Namur. En France elle s’inscrit dans le département des Ardennes. Elle se prolonge au Grand-Duché de Luxembourg sur la province du nord, l’Oesling.

Vous trouverez sur les sites ci-dessous toutes les adresses afin de passer un bon séjour touristique en Ardenne.

Le site officiel du tourisme dans les Cantons de l'Est
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La truite, l’anneau et le miracle

La truite, l’anneau et le miracle

Pâques 2016, la Fédération Sportive de Pêche Francophone Belge organise cinq jours de stage à destination des jeunes.
Les 24 stagiaires sont reçus à Engreux, près de Houffalize, mais les séances d’entraînement sont itinérantes. Un peu en eaux vives, au bord de l’Ourthe, un peu en étang.

C’est à l’étang de Basse-Bodeux, à Trois-Ponts que le miracle se produit pour un des plus jeunes stagiaires. Timour a dix ans seulement, mais le gamin est déjà sacrément doué et bardé d’une solide d’expérience (le lecteur pardonnera certaines familiarités de langage et une évidente propension aux superlatifs concernant le jeune pêcheur, mais l’auteur de ces lignes n’est autre que le grand-père du stagiaire…).

Pourtant, ce matin-là, et malgré le talent incomparable du jeune génie de la pêche… ça fait quand-même beaucoup de superlatifs… Soyons raisonnable, ce matin-là, ça ne marche pas très fort pour Timour, les touches se font attendre. Tout à coup, les poignets du garçon vibrent sous « un départ appuyé », une grosse touche courbe la canne. Un poisson de cette force et de cette taille, cela ne peut  être qu’une grosse carpe.

« Non, non c’est une énorme truite, s’écrie un des stagiaires, je viens de la voir »

Au bord de l’étang, y compris chez les moniteurs, l’incrédulité règne ; une truite de cette taille c’est rarissime.
Sous la terrrrible traction, la canne se tord et se courbe mais ne rompt point. La ligne se tend mais le fil résiste à la traction, alors que les nerfs du gamin résistent à la pression. Timour, entouré de ses congénères et rejoint par les moniteurs, travaille le poisson avec l’aide et les conseils des enseignants. Vingt minutes d’âpre lutte se sont écoulées. Tous revivent l’aventure du vieux pêcheur d’espadon qu’Ernest Hemigway a décrite dans le « Vieil homme et la mer ». C’est homérique. (Je rappelle à l’auteur qu’il faudrait y aller mollo avec les superlatifs…)

Et, catastrophe, une fois de plus, le matériel trahit l’homme. Dans un invraisemblable fracas (?), comme le déraillement d’une locomotive à vapeur, la ligne se brise. Ou plutôt, et plus simplement, l’anneau porteur de fil, au bout de la canne, se décroche. Ce qui fait nettement moins de bruit qu’un déraillement, mais pour les acteurs de la scène, le résultat a dû paraître identique.
Le moniteur, Julien, aux réflexes prompts comme doit les avoir un homme d’action, lance sa propre ligne. Il espère emberlificoter son fil à la ligne du malheureux stagiaire. Il y réussit, le diable d’homme (nous verrons plus bas que cette expression est un peu malheureuse). Ainsi à deux, les héros ramènent sur la berge, via une trop petite épuisette, une énorme truite mâle de soixante-trois centimètres. Soixante-trois centimètres ET DEMI précise Timour, en bon pêcheur qu’il est devenu.

C’est seulement à partir de cet instant que l’épopée devient miracle.

Reprenant leurs esprits, les stagiaires immortalisent l’exploit par quelques photos d’usage. La truite combattive retrouve le chemin de l’étang, fatiguée et vaincue mais libre et vivante.

Les pêcheurs entreprennent alors de démêler la victorieuse paire de fils emberlificotés à dessein.
Le croirez-vous : au moment où les cloches de l’église proche sonnaient l’Angélus, stagiaires et moniteurs découvrirent que les fils n’étaient pas le moins du monde emmêlés, mais…, mais… ( j’en perds le souffle) ; mais, que le crochet de l’hameçon de la ligne lancée à la rescousse, s’était glissé à l’intérieur de l’anneau défaillant. Il y avait à peu près une chance sur quinze milliards que cela puisse arriver. C’est arrivé, c’est un miracle, l’Angélus le confirme.

Est-ce étonnant, sachant qu’il y a quelques siècles déjà, à Orval, une truite rapporta l’anneau d’or que Mathilde avait laissé glisser dans l’onde de la fontaine. Décidément, les truites,  l’Ardenne et les miracles sont liés à jamais.


La photo est de Benoit Sottiaux.
Le reportage (plus objectif celui-là) est paru dans « le Pêcheur Belge »  de mai 2016
www.lepecheurbelge.be

 


 

Dormir, manger, bouger en Ardenne

L’Ardenne couvre en Belgique, la province du Luxembourg, le sud et l’est de la province de Liège et le sud de la province de Namur. En France elle s’inscrit dans le département des Ardennes. Elle se prolonge au Grand-Duché de Luxembourg sur la province du nord, l’Oesling.

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Le chevreuil, prince d’Ardenne

Le chevreuil, prince d’Ardenne

Moins majestueux que le cerf, le chevreuil n’en reste pas moins un magnifique petit cervidé dont l’agilité n’en finit pas de surprendre. Son tempérament peu farouche dans certaines circonstances pourrait faire accroire que l’on connaît tout de lui, et pourtant.

 

Dérivé du latin “ capra „, chèvre, le nom latin du chevreuil est Capreolus capreolus. C’est un petit cervidé dépassant rarement 80 centimètres au garrot et 1,30 m de longueur, pour une courte trentaine de kilos. Il peut vivre une quinzaine d’années, dans de bonnes conditions.
Plus légère que le mâle, la chevrette s’en distingue extérieurement par l’absence de bois – mais l’observation de ceux-ci n’est pas toujours aisée – un corps en cône tronqué s’élargissant vers les membres postérieurs et, lors de la fuite, une tache blanche (miroir) en forme de coeur au niveau de l’arrière-train. Le miroir est en forme de fève chez le mâle.

Si la chevrette conserve sa dénomination toute sa vie durant, le vocabulaire de vénerie en attribue plusieurs au mâle qui devient chevillard entre 6 mois et un an. La pousse des premiers bois en fait un broquart* – à moins que, comme chez le cerf, on préfère alors l’appeler “ daguet „ en référence au bois dépourvu de ramification – puis un vieux broquart à partir de deux ans.

 

 

Affaire de bois

C’est aux environs du septième mois de son existence que le chevillard voit apparaître sa “ première tête „ composée de deux pivots qui serviront de base aux dagues dépourvues de meules qui apparaîtront à un an.

 

 

Daguet en velours

Jeune daguet en velours à l’entrée du printemps – Photo de Quentin Sab

 

 

La partie centrale – perche – se garnira ensuite de deux andouillers. Un broquart, si vieux soit-il, ne possédera donc jamais plus de trois “ pointes „ : seule une perlure plus ou moins abondante viendra ensuite marquer des ans l’irréparable outrage. Encore conviendra-t-il de ne pas trop s’y fier, tant il est vrai qu’à ce niveau comme à tous les autres la qualité du biotope et l’état de santé de l’animal observé jouent un rôle déterminant.

Les bois tombent au début de l’hiver, laissant une plaie sanguinolente qui va cicatriser très rapidement avant la repousse d’une nouvelle couronne recouverte de velours. Vers la fin-mars, une fois la minéralisation terminée, les chevreuils mâles vont se débarrasser de cette pellicule désormais inutile en frottant leurs bois tout neufs contre les arbres : c’est la fraie, redoutée par les sylviculteurs.

 

Un faux faux-rut

D’autant que ce comportement va se poursuivre bien au-delà de la fraie. L’activité hormonale du boquart l’incite en effet à marquer son territoire de la sorte jusqu’au mois d’août !

 

Chevrettes en rut

 

 

Tiens, parlons-en, de ces hormones et de tout ce qui va de pair(e) … Car la reproduction de ce beau mammifère forestier n’est pas spécialement du genre commun. Ni, soit-dit en passant, un modèle de galanterie masculine : c’est du rude !
Le rut proprement dit couvre principalement, en Ardenne, une période comprise entre la mi-août et la fin-septembre. Toutefois, par un phénomène de gestation différée, les embryons fécondés ne se fixeront que quatre à cinq mois plus tard.

Un second rut survient entre octobre et décembre, que l’on appelle improprement “ faux-rut „. Faux, en ce sens qu’il constitue en quelque sorte un rattrapage pour les femelles non fécondées ou mal fécondées lors du premier rut. Et à la différence de ce qui se passe lors de ce dernier, la gestation est directe.

La gestation “ vraie „ durant quelque cinq mois, dans un cas comme dans l’autre, les faons naîtront donc en mai-juin. Une portée en comprend généralement deux, capables de se mouvoir quelques minutes plus tard. Une vitalité qui va leur permettre de suivre leur mère dans ses déplacements jusqu’au moment ou ils pourront à nouveau se rouler en boule bien à l’abri d’un pelage tacheté les fondant admirablement dans leur environnement.

 

 

Laissez les faons tranquilles !

L’allaitement dure de 2 à 3 mois durant lesquels la chevrette ne sera jamais bien loin de ses rejetons, qu’elle défendra avec acharnement contre les prédateurs.

Sauf si l’un ou l’autre promeneur inconscient aux moeurs quelque peu anthropomorphiques (ce qui constitue généralement un pléonasme, tous animaux confondus) n’a pu résister à l’envie de les toucher : l’odeur humaine que la mère retrouvera partout autour de ses jeunes et surtout sur leur pelage à son retour condamnera alors invariablement ceux-ci à une mort par abandon ! Ce qui n’arrive qu’exceptionnellement en d’autres circonstances !

 

 

deux jeunes faons et chevrette

Ces jeunes faons sont hors de danger

 

 

Une fois sevrés, les jeunes resteront au sein d’une harde regroupant plusieurs familles jusqu’aux naissances suivantes. Les mâles adultes sont en général absents de ces regroupements, menant une vie solitaire à l’exception des périodes de rut.

Pour le reste, le chevreuil est un animal essentiellement sédentaire et forestier. Ses déplacements couvrent un territoire restreint à une cinquantaine d’hectares en moyenne, sur lequel il dispose de reposées où il passe la moitié du temps. Et, en principe, son système digestif digère peu ou mal les graminées sèches, ce qui limite ses incursions en terrain cultivé.
En principe, car certaines populations semblent s’être adaptées et mènent des incursions dans les champs au moment des cultures d’hiver.

 

Timidité à géométrie variable

Pour ce qui relève de l’observation, celle du chevreuil est à la fois d’une grande simplicité et… d’une certaine complexité. En fait, sur un territoire restreint qu’il connaît comme sa poche, il vous observera plus souvent que vous l’observerez, tapi dans un buisson à l’abri de son pelage variant du roux vif au gris-fauve suivant l’âge et/ou le biotope.

En fait, l’ouïe, et surtout l’odorat, semblent être les éléments déterminants dont il faudra tenir compte pour l’approcher : il ne sait proprement pas “ piffer „ l’être humain, et le moindre craquement de branche le met sur la défensive. Ce qui, paradoxalement, ne sera pas le cas d’un feulement de tronçonneuse ou d’un ronronnement de moteur.
Pour ce qui est de la vue, si celle-ci est excellente et très sensible aux contrastes, la position des yeux sur la boîte crânienne provoque un angle mort dont savent profiter certains prédateurs au nombre desquels les chiens errants font figure de véritables terreurs.

 

chevrette curieuse

Vous êtes repéré

 

 

Profitons-en pour rappeler l’adage affirmant à juste titre que “ tout chien chasse„. Même s’il s’avère très sympathique et citadin, un chien que son maître laisse courir partout en forêt “ pour qu’il fasse de l’exercice „ y mettra une pagaille monstre s’il n’y commet pas de dégât à proprement parler. Alors même si vous rêvez – à tort ou à raison – “ d’enquiquiner les chasseurs „, n’oubliez pas que c’est surtout la faune sauvage que vous enquiquinez …

Particulièrement vif lorsqu’il fuit les intrus, le chevreuil communique par des cris (mp3) que plus d’un ont confondu avec des aboiements. Signalons enfin que la mythologie celtique voit dans le chevreuil (blanc) le symbole du voyage de l’âme vers un nouvel état, après la mort.

 

Jeune faon dans les hautes herbes

N’est-il pas mignon ?


Ecrit par :Patrick Germain 14-10-2008
Crédit(s) photographique(s): Francis Gengoux

La photo du daguet en velours est de Quentin Sab : www.facebook.com/quentin.mesphotos

 


Note :

Nous avons retenu l’orthographe “ broquart „ plutôt que “ brocard „, bien que cette dernière tende – malencontreusement – à s’imposer.  Outre que la graphie broquart possède le mérite de mieux situer l’origine étymologique du mot (broques – pointes), elle évite clairement la confusion avec le “ brocard „ de même orthographe désignant une saillie – une “ pique „. Le “ brocart „ étant quant à lui une étoffe de soie brochée d’or et/ou d’argent. Sources :  “ Le Littré „
En Ardenne, on parlera souvent d’une gade (phon. Gatte), d’une grosse gade si elle est gravide, et d’un bô (bouc) ; en wallon, le chevreuil devient tchivrou.
Source :
•    Cours de chasse-pêche IPEAFP La-Reid 1974
•    A et J de Bavière :  » À propos du chevreuil » Le Perron éditeur 1983 ISBN 2-87114-000-6


 

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Errances

Patrick Lebecque et Etienne Bauvir
Editions Weyrich

Errances est un livre de photographie animalière et de réflexion sur la nature.


 

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Semois sauvage

Yves Bauduin et Dominique Billion
Editions Weyrich

Insouciante, la Semois s’attarde à faire tourner lentement… lentement…


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Le temps du brame

Jean-Luc Duvivier de Fortemps et Jean-Claude Servais
Editions Weyrich

Partout autour de nous, le monde bouge, s’agite, change.
Et pourtant, là-bas, au plus secret de la forêt...


 

Lire

Martin le pêcheur

Etienne Lenoir _ Editions Weyrich

Étienne Lenoir s’est lancé à la poursuite de cet oiseau singulier, presque rare. Le photographe passionné qui s’est installé en bord de Semois nous offre une véritable découverte du martin-pêcheur.


 

La linaigrette : akène affaire

La linaigrette : akène affaire

Même si sa relative rareté lui confère un je-ne-sais-quoi de noblesse supplémentaire, la linaigrette partage avec le pissenlit un mode de reproduction anémophile (cul et chemise avec le vent, allez djan…) auquel on doit les jolis champs neigeux parsemant les habitats fagnards au mois de mai.

 

Dès le mois de mai, elles blanchissent les fagnes. On les trouve partout dans les Hautes Fagnes, ou ici, dans la Fagne des Tailles près de la Baraque de Fraiture.

Dès le mois de mai, elles blanchissent les fagnes. On les trouve partout dans les Hautes Fagnes, ou ici, dans la Fagne des Tailles près de la Baraque de Fraiture. Photo de Michel Humblet.

 

La faune et la flore de ce que Julos Beaucarne appelle plaisamment – et non sans raison – nos « petites Sibérie » fagnardes indique qu’elles ont constitué au fil des âges autant de refuges biologiques pour des espèces désormais confinées dans des habitats beaucoup plus nordiques, plus élevés, ou plus atlantiques. Relique parmi d’autres de ces époques successives de l’histoire ardennaise, la linaigrette compte au nombre des plus spectaculaires. Par ses graines.

Car ce sont bien aux graines que l’on doit les jolis champs neigeux qui parsèment les fagnes au mois de mai : au même titre que le pissenlit, la belle est anémophile et confie à des soies porteuses l’éolienne dissémination de sa descendance. La fleur à proprement parler, qui apparaît au début du printemps, est minuscule.

 

Les flocons du printemps en Fagne.

Les flocons du printemps en Fagne. Photo de Michel Humblet.

 

Trois espèces distinctes de linaigrettes adornent ainsi les âpres solitudes comme autant de transitions métaphoriques entre la supposée morte saison et celle de toutes les promesses : la linaigrette engainée (vaginatum), la linaigrette à plusieurs épillets (polystachium) et la linaigrette à larges feuilles (latifolium). Les deux dernières citées, par la multiplication de leurs épillets, s’avérant particulièrement douées pour le pointillisme paysager.

En des temps pas si lointains, il était de coutume de ramener quelques épis de ses incursions fagnardes quand, à l’instar de ce qui se pratiquait avec le genêt à balais, il ne s’agissait pas d’en témoigner avec plus ou moins de tapage sur la calandre des automobiles. Faut-il préciser que, les belles étant désormais protégées, la perpétuation de cet usage risque de valoir quelques ennuis à nos visiteurs s’en retournant vers les basses terres ?

 


Écrit par : Patrick Germain /2008
Photos : Pat. Germain et Michel Humblet > voir sa page Facebook

Note :Eriophorum vaginatum(L) – polystachium (Honckeny) – latifolium (Hoppe).
Oreiller du pauvre – jonc à coton
Wallon  : tchitchoûle

Source :
Fagne, mon pays – Freyens – Fédération du tourisme de la province de Liège – 2° Les Hautes Fagnes – Schumacker / Noirfalise – Ibid + ASBL Parc naturel des Hautes Fagnes Eifel – 1° Guide de la Fagne – Freyens – Marabout 1967


 

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L’abeille : précieuse et menacée

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La vie de journaliste, sur la Toile ou ailleurs, ne va pas sans grands moments de solitude. Ainsi quand on vous commande un papier “ abeille „. Vous direz que ça n’a pas le poids d’une joyeuseté engendrant quelques dégâts collatéraux – c’est ainsi qu’on appelle les morts, désormais – mais ça reste à voir. En route pour une tentative de synthèse du royaume des abeilles et de ses multiples ramifications, dont certaines ne lassent pas d’interpeller.

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