ips (bostryche) typographe

Les scolytes: petites bêtes, grands dégâts en forêt

4 Août, 22 | nature

Ils ont beaucoup fait parler d’eux lors des étés de 2017 et 2018. Les traces de leur passage ne passent pas inaperçues en forêt. Sans réaction rapide des gestionnaires forestiers, ils ne laissent que désolation derrière eux. Qui sont ces redoutables monstres des forêts ?

 

 

bois scolytés

Partout en Ardenne, on rencontre ce genre de tableau.

 

 

Les scolytes sont de petits insectes xylophages de la famille des coléoptères. Ils sont attirés par les hormones de stress émises par des arbres malades ou déshydratés. Il en existe plusieurs variétés qui s’attaquent à différentes essences d’arbres. Bien que les hêtres ardennais soient également ciblés par certaines variétés, c’est surtout l’ips typographe qui nous intéresse beaucoup en Ardenne.

 

L’ips typographe, appelé aussi le bostryche typographe

Sa victime : l’épicéa commun.
Lorsqu’on sait que la moitié de la surface forestière ardennaise est plantée d’épicéas, nous avons bien des raisons de nous inquiéter des invasions de cette variété de scolytes.
La présence de l’insecte est cependant naturelle, il trouve son rôle en milieu forestier en décomposant les bois morts, participant ainsi à la régénération forestière.
Mais trop, c’est trop !

Ce petit insecte d’une taille d’environ 5mm, pond à l’intérieur de l’écorce des arbres (plus exactement dans le cambium : l’écorce interne). On trouve de très petits trous entourés de sciure sur les arbres fraichement attaqués. Les arbres plus atteints voient leur écorce se décoller du tronc.

Les larves circulent dans les couches extérieures de l’arbre détruisant de la sorte les canaux véhiculant la sève. L’arbre est alors privé de nourriture et meurt rapidement.

L’insecte ne s’attaque pas aux arbres en bonne santé. Les résineux sont bien protégés par leur défenses naturelles, tout particulièrement la résine des … résineux.

 

Galeries de scolytes sous l'écorce

1 – L’ips typographe, ainsi appelé car en circulant sous l’écorce, il grave le bois à la manière des premiers fabricants de lettres typographiques. Photo de Gilles San Martin.

Des sécheresses assassines

Les scolytes se sont trouvé un allié solide avec le réchauffement climatique, les hivers plus doux qui ne détruisent pas les pontes et les sécheresses estivales qui suivent. L’épicéa, c’est bien connu est un grand buveur.

Buveur d’eau s’entend.

Depuis quelques étés, le grand buveur est en manque presque chronique. Il souffre ; le scolyte l’a compris et se rue sur les arbres épuisés.

Après tout, il ne fait que jouer son rôle de régulateur naturel ; on a oublié de lui expliquer que nous, les hommes, avions besoin de ces arbres pour faire des planches et toute une série d’usages dont l’insecte se fout éperdument.
Un arbre infecté peut héberger jusqu’à 30 000 insectes par an (en 3 cycles de ponte qui s’accélèrent lorsque la température monte au-delà de 20°).

 

L’ips lui-même a ses parasites. Ici, le scolyte est attaqué par un champignon. Photo de Gilles San Martin.

Un combat inégal entre l’insecte et la forêt

Voici une très mauvaise nouvelle, il n’y a pas de parade aux invasions. Pas d’arme, pas de missile disponible contre cette armée minuscule mais efficace. Quelques pièges à insectes peuvent être installés, mais aucun ne semble efficace. La seule solution, abattre rapidement et évacuer les arbres atteints et chargés de leurs insectes afin de diminuer leur prolifération.

C’est une catastrophe économique.
L’importance des volumes de bois concernés (on parle de près de 500 000 mètres cube en 2018) et l’obligation légale de les abattre dans un délai bref ont des conséquences importantes sur le prix de l’épicéa et la filière bois.

 

épicéas attaqués par les scolytes

Il faut évacuer les arbres atteints au plus vite, même si leur valeur économique est tombée au plus bas.

 

Pourtant, certains, et pas seulement des naturalistes radicaux, y voient une opportunité. L’idée est de remplacer les épicéas (qui sont une essence importée) par d’autres essences plus intégrées au milieu ardennais. Et de préférence, les essences locales traditionnelles telles le hêtre ou le chêne. L’objectif est de reconstituer une forêt plus résiliente, plus résistante, plus durable et plus ouverte à la biodiversité. C’est totalement louable, et c’est probablement le seul chemin à suivre.

Souhaitons que cette voie ne soit pas déjà entravée par de nouveaux obstacles dus aux changements climatiques. On n’en sait trop rien en fait. Si la voie est barrée, ça va être compliqué. Quel sera le futur visage de la forêt d’Ardenne ?

Les photos 1 et 2, ainsi que la photo du titre sont de Gilles San Martin  https://www.flickr.com/photos/sanmartin/

Texte: Fr. Rion

Sources :
Crise du scolyte, Forêt et Naturalité – https://www.foret-naturalite.be/
https://www.notrenature.be
Wikipedia.org
www.scolytes.be

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