De Herbeumont à Vresse : le petit monde à l’envers des chauves-souris

7 Mar, 22 | nature, poils et plumes

Comme chaque année, entre mi-janvier et mi-février  – qui est en principe la période la plus froide -, une trentaine de volontaires de Plecotus-Natagora ont participé au recensement hivernal des chauves-souris dans la région de la Semois ardennaise. Durant 5 jours, ces passionnés de chiroptères se sont répartis par petits groupes et ont exploré 63 sites (anciennes ardoisières, ponts, cavités souterraines…), afin d’identifier et compter les individus présents dans leur gite hivernal. Au total, 1782 chauves-souris, appartenant à plus de 12 espèces différentes ont été comptabilisées !

 

Les cavités souterraines à température constante sont le refuge hivernal des chauves-souris

 

 

En route dans les entrailles de la terre.

 

 

 

« La plupart des chauves-souris se réfugient dans les cavités souterraines où la température est constante d’une dizaine de degrés, l’humidité saturée à 100%  et là où un courant d’air maintient une qualité d’air », précise Thierry Debaere, une des chevilles-ouvrières de « Plecolux » (le groupe régional de Plecotus pour la province de Luxembourg). Pour cette exploration au « ventre de la terre », les naturalistes s’équipent de bottes, car la plupart des sites sont inondés ou boueux, de vêtements adaptés, souvent d’un casque et d’une très bonne lampe de poche. « Il faut chercher les petits mammifères un peu partout.  Les plus faciles se laissent pendre au plafond des salles. Mais la majorité se cache dans les petites anfractuosités.  Il faut avoir l’oeil ! ». Spécialiste reconnu des chiroptères, Frédéric Forget était également de la partie lors du recensement : «Notre pays compte actuellement 23 espèces de chauves-souris, précise-t-il, dont une vingtaine se reproduisent.

 

 

Une ancienne galerie d’ardoisière. Les pierres des couloirs sont en fait des déchets que l’on arrangeait de la sorte pour éviter de les sortir de la galerie.

 

 

 

 

Une population en augmentation,… mais pas partout

 

La région de la Semois est un véritable eldorado, car depuis le début de cette année, pas moins de 12 espèces ont été comptabilisées. » Parmi celles-ci, plusieurs sont des espèces rares à très rares : le grand murin, le murin à oreilles échancrées, le murin de Bechstein, le grand rhinolophe, mais surtout la barbastelle d’Europe considérée comme disparue de nos contrées jusqu’il y a peu. « Si les populations de chauves-souris sont en net déclin dans la plupart des régions du globe, il n’en va pas de même en Europe – et donc forcément ici – où les effectifs sont en augmentation pour de nombreuses espèces » poursuit Frédéric Forget. Nul doute que l’interdiction de l’utilisation de certains produits toxiques comme le DDT et d’autres puissants pesticides ou insecticides en est une des raisons principales.  Cela dit,  même si les pesticides actuels semblent moins toxiques, ils ne sont pas sans risques pour les populations de chauves-souris. Et diverses autres menaces pèsent toujours sur nos sympathiques petits mammifères : destruction des habitats naturels, élimination des haies, dérangements, isolation des bâtiments, prolifération des éoliennes, augmentation de la pollution lumineuse…

 

 

 

Le grand rhinolophe, Batman n’est pas loin!

 

Le Grand Murin est une des plus grandes espèces de chauves-souris d’Europe.

Les araignées de cavité côtoient les chauves-souris, elles aussi se baladent la tête en bas.

La protection de l’espèce passe par la sensibilisation

 

Si l’hiver est une des périodes de grande fébrilité pour les membres de Plecotus, leur travail ne se limite cependant pas à la mauvaise saison : « Au printemps et en été, nous recherchons des colonies dans les bâtiments mais aussi dans les cavités naturelles.  Pour cela, nous utilisons des appareils à détection d’ultra-sons pour suivre les chauves-souris. Grâce à leur sonar, nous pouvons identifier les espèces qui émettent des ultra- sons pour se déplacer, chasser des insectes mais aussi dialoguer entre elles. Le dernier projet en cours de Plecotus est la recherche des différentes espèces de chiroptères chassant les insectes dans les étables (bio ou non). Nous effectuons également des études d’incidence pour des bureaux d’études pour des implantations d’éoliennes ». La sensibilisation et l’éducation sont aussi des piliers majeurs de l’action du groupe Plecotus. Le public a conscience que les chauves-souris sont intégralement protégées et de plus en plus rares sont les personnes croyant qu’elles s’accrochent aux cheveux, détruisent l’isolation des maisons ou se reproduisent à une vitesse exponentielle ! « Le travail de sensibilisation est également un volet important du travail de Plecotus : depuis la fin des années 90, nous organisons la Nuit de la Chauve-Souris à travers tout le territoire de la Wallonie et à Bruxelles. Celle-ci a rassemblé, depuis son lancement, des milliers de personnes que nous invitons à partir avec nous à la rencontre de ces animaux fascinants » précise Frédéric Forget.

 

 

Le recensement des chauves-souris outre son aspect scientifique est également une activité de découverte et de sensibilisation à la découverte de la nature. Les poutrelles servent de barrières et permettent le passage des chauves-souris.

Nos coups de coeur


Présent également lors du recensement des chauves-souris entre Herbeumont et Vresse, Thierry Gridlet de la régionale Natagora Semois ardennaise, se réjouit de la bonne santé des populations recensées ces dernières années : « La région de la Semois se pose en candidat très sérieux au titre de Parc National qui sera octroyé à deux sites majeurs wallons fin de cette année (2022). La diversité des espèces de chiroptères présentes dans notre zone et l’abondance des effectifs sont évidemment un des nombreux éléments particulièrement solides que présenteront les porteurs de la candidature de la Semois ».

 

 

Frédéric Forget (à droite) est oncologue à Libramont et membre fondateur de Plecotus. Il est un des plus grands spécialistes des chauves-souris dans notre pays et a réalisé de nombreux documentaires (notamment présentés lors de la « Nuit de la chauve-souris ») dont un a reçu un prix au Festival International Nature Namur. Thierry Debaere (à gauche) s’occupe d’une association de protection de la nature à Bertrix (ADN : Association de Découverte de la Nature) et est responsable des recensements hivernaux des chauves-souris en Semois ardennaise.

 

 

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Texte et photos : Thierry Gridlet/Natagora Semois ardennaise

 

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