Le rail ardennais roule à Érezée

22Avr, 16 | lieux, Vie ardennaise

Le développement des lignes du chemin de fer vicinal constitua jadis une véritable révolution en Ardenne, où il contribua au désenclavement de nombreuses régions. Détrôné par la route, il a surtout laissé des traces toponymiques et, à l’occasion, de précieuses assiettes récupérées par le tourisme lent. Mais à Erezée, il roule ! En voiture, pour la vallée de l’Aisne et le « Musée vivant du tram vicinal ardennais ».

 

Au centre d’un triangle constitué par Namur, Liège et Bastogne, la vallée de l’Aisne love ses pleins et déliés dans une région propice aux découvertes de toutes natures. Celle de la dizaine de kilomètres de voies de chemin de fer vicinal remise en état par les bénévoles de l’asbl « Tramway de l’Aisne » fait partie du lot, manière de machine(s) à remonter le temps pleine de charme et d’enthousiasme.

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C’est en 1964 qu’une poignée d’amateurs pressent l’intérêt de préserver de manière vivante le témoignage de cette véritable artère rurale qu’à longtemps constitué le chemin de fer vicinal. Au terme de patientes recherches, quelques kilomètres de ligne encore intacts sont découverts du côté de Dochamps, préservés grâce à un bourgmestre avisé. Ils vont constituer le noyau d’une voie ferrée qui, depuis, s’étend entre Erezée et Dochamps grâce au travail de Titans réalisé par l’Association sans but lucratif du Tramway de l’Aisne (TTA).

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Deux ans plus tard, l’ouverture de la ligne suscite un engouement jamais démenti et, d’étapes en étapes, les membres de TTA en ont fait un authentique musée vivant proposant, outre le parcours, une impressionnante collection de matériel allant du plus humble wagon-benne à la voiture royale A.165 jadis utilisée sur le réseau de Wellin en passant par divers types de motrices.
Les installations ont, elles aussi, connu d’importants remaniements jusqu’à constituer un ensemble digne d’une véritable ligne de tramway vicinal reconnue en tant que telle par la SNCV (ligne 1270) qui en a, de manière officielle, cédé la jouissance à l’association.

 

vicinal_erezee_04Au départ de la station du Pont d’Érezée, la ligne s’engage dans une belle vallée humide après avoir laissé quelques anciens bâtiments industriels et ferroviaires saluer son départ. Prochain arrêt : Blier, ou le TTA a construit son dépôt. On y remarquera par ailleurs un château de belle facture rustique autrefois rattaché à la seigneurie de Durbuy.
Sur la rive gauche de l’Aisne arrive ensuite Amonines, dont les accents poétiques ne doivent pas faire oublier que le berceau du village fut une forge dont il ne subsiste que les tas de scories bordant la voie ferrée. Forge toujours, ensuite. Car même si une scierie a remplacé l’industrie de jadis, celle-ci a laissé son nom au hameau : Forge-à-l’Applé.

 

Le coin est magnifique, où la Lue conflue avec l’Aisne dont le parcours débute alors officiellement. Le tortillard s’engage alors dans le pays des futaies et des vallées profondes pour rejoindre le pied du village de Dochamps, situé quelques 60 mètres en surplomb de la halte. Le village fut longtemps réputé pour la qualité de ses écorces de tannerie.

Ainsi vont s’égrenant les quelques kilomètres rescapés de la ligne régulière qui déambulait dans la campagne entre les gares ferroviaires de Melreux et Comblain-la-Tour en passant par Hotton, Érezée, Dochamps, Manhay, Werbomont, Ferrières et Xhoris pour ne citer qu’eux, laissant au passage la ligne Vielsalm – Lierneux se débrouiller toute seule puisque la jonction entre Lierneux et Manhay ne fut jamais réalisée. Son exploitation fut définitivement abandonnée entre 1955 et 1959.

 

Un bien beau voyage, en fait, à un rythme qui laisse songeur en des temps où il faudrait quasiment être arrivé avant même d’être parti. À déguster sans modération, donc.


 

 

Écrit par : Patrick Germain /2008

Note :
Note : Médiardenne a découvert ce petit bijou d’archéologie industrielle un jour ou, hors-saison, d’importants travaux de voirie étaient en cours de réalisation, en amont d’Amonines.

 

 

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Saluons au passage les valeureux bénévoles !

 

 

 

Source :
•    Brochure : « Musée vivant du tram vicinal ardennais », David Luyckx éditeur – Érezée (disponible sur place)


 

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