Ce Kronenburg là n’est pas de la petite bière (Allemagne)

23 Avr, 19 | lieux

C’est à pied que l’on visite le coeur de Kronenburg, aux Marches de l’Est : à l’ombre des vestiges du burg, les maisons à colombage du XVII° et XVIII° siècle racontent l’histoire dans l’écho des pas sur les pavés, tandis qu’une silhouette s’efface dans l’angle d’une voûte. Celle d’un Templier, peut-être ?

Kronenburg, de nos jours, c’est une bourgade paisible et fascinante à la fois où l’on a très vite – hors saison, tout particulièrement – le sentiment d’avoir franchi une faille temporelle ouverte sur les XVII° et XVIII° siècles. Une manière de décor où l’on trouverait presque son blue-jean incongru, n’était la présence d’échoppes, de chambres d’hôtes et d’hôtels rappelant discrètement que nous sommes bien au XXI° siècle, et que le coeur historique de la cité bat toujours.

 

 

Ici, comme dans les rues bordant les remparts, tout est propre, net et sans bavure, sobre au point d’être presque solennel. Bref, allemand dans tout le bon sens du terme. Une version cinématographique de Guillaume Tell y fut tournée au siècle dernier, tant le cadre architectural est cohérent.Difficile d’y faire circuler des Templiers. Et pourtant ! Pourtant Kronenburg fut une commanderie importante. Fondée en 1187 grâce aux libéralités des seigneurs de Dalhem elle fut tout d’abord sous la juridiction du précepteur de Trêves, puis de celui d’Ahrweiler. Ce n’est qu’en 1267 qu’on trouve la première mention de la juridiction de Roth (actuellement en Belgique) dont les Templiers relevaient toujours lorsque leur Ordre fut supprimé.

Chers Templiers.

 

 

Que de temps eussions-nous gagné, si un roi félon et un pape aux ordres n’avaient couvert de boue votre Blanc Manteau. Sans doute n’étiez-vous pas tous des saints (vous le demandait-on ?) mais cette abolition du servage, cette protection des Métiers, cette gestion des ressources environnementales ; toutes ces choses et tant d’autres sous la puissante bienveillance de votre bannière…

Moindre mal, les frères de Kronenburg étaient ici à l’abri de l’ordure féodale ainsi que de leurs « chers frères » dominicains et fransiscains qui célébraient alors Dieu à grand renfort de tenailles et de fers rouges. Ils furent jugés, sans qu’aucun crime ne soit porté contre eux, soit devant les juges de Maestricht soit devant ceux de Trêves. Le mal, pourtant, était fait. Avec les rapaces du coin, les fiers Hospitaliers – dont les hauts faits d’arme font toujours bien rire du côté du Caire – se partagèrent la dépouille. Au grand dam des Teutoniques. Gros bras, piteuses échines.

 

Faut-il voir un discret hommage posthume aux Blancs Manteaux dans l’église en gothique flamboyant qui fut intégrée aux remparts en 1500 ? L’architecture est très particulière : un seul pilier central supporte la voûte très fine, et quelques octogones donnent le ton tandis que d’autres messages de pierre sont trop polis pour être fortuits. Un style et une remarquable harmonie pour un oratoire exigu dont les bâtisseurs ne pouvaient ignorer ce que leurs prédécesseurs devaient aux frères du Temple. Hypothèse, certes, mais qui se tient.

 

 

Allons, il en faut plus pour abattre la mémoire et l’héritage moral de ces étonnants guerriers aux visions d’avenir, et Kronenburg fait très vite oublier les médiocrités humaines tant le charme de ses ruelles opère.

 

 

Préservé des outrages de la guerre 40 – 45 au même titre que Monschau et la plupart des trésors architecturaux de la région (curieux hasards de l’Histoire…) le cadre réserve un dépaysement total à qui le parcourt un de ces matins tranquilles « hors saison » et, malgré tout, de multiples étonnements quelle que soit la densité de visiteurs.

 

 

 

 

Un site à découvrir absolument, objet de rénovations prometteuses et d’où l’on rayonnera dans cette magnifique région frontalière où nature, histoire et patrimoine font bon ménage. Un vaste plan d’eau y offre par ailleurs sa fraîcheur et ses activités plus classiquement touristiques. Il y en a donc pour tous les goûts, et, finalement, c’est bien ainsi : franchir une porte, fut-elle discutable, est toujours nécessaire pour aller plus loin. À vous de voir, Pèlerins 😉

 

 

Écrit par : Patrick Germain /2008

Source :
•    Documentation sur place et Laurent Dailliez sur le site www.templiers.net

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