Peiper, bourreau des Ardennes en 1944 jusqu’au dénouement en 1976
Peiper, bourreau des Ardennes en 1944 jusqu’au dénouement en 1976

Des plaines de Russie aux collines des Ardennes, partout où ils passèrent, Peiper et ses hommes laissèrent derrière eux une longue traînée de sang. À l’image de ses actions militaires, sa mort fut un tableau d’une haute violence.
Après un passage de quelques mois dans la Hitlerjungend, sa parfaite allure aryenne et son esprit de conquérant l’engagèrent rapidement à rejoindre l’armée en choississant bien entendu l’organisation SS.
Nommé officier en 1938, il rejoint l’entourage direct du sinistre Himmler, une proximité avec le pouvoir qui lui permit de gravir rapidement les échelons du commandement.
On ne peut douter que, par sa participation à l’état-majot de Himmler, qu’il n’ait pas été informé des premiers nettoyages ethniques perpétrés lors de l’invasion de la Pologne. Comme on ne peut douter qu’il ait ignoré l’installation des camps de concentration et les principes d’extermination qui s’y préparaient.
Il demanda à rejoindre les forces de combat qui opéraient sur le front soviétique. C’est là que les troupes placées sous son commandement commencèrent une longue série de crimes de guerre pour lesquels il fut condamné après la guerre. A chaque massacre de civils s’ensuivait l’incendie des bâtiments ou des villages au lance-flammes. Une technique qu’il réitéra à Boves, en Italie, en 1943 où 23 civils furent exécutés et le village incendié.
Comme nous le verrons plus loin, ces incendies volontaires se retourneront sur lui plus de tente ans plus tard. Un juste retour de flammes en quelque sorte.

Joachim Peiper. Belle gueule, belle brute ! Beau, grand, intelligent, il présentait tous les caractères que voulait imposer l’idéal de race aryenne. La brutalité faisait partie du lot semble-t-il. Déjà décoré par Hitler en personne, il avait seulement vingt-neuf ans lorsque ses supérieurs le placèrent à la tête de ce qui devait être le fer de lance de l’Offensive von Rundstedt.
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1944 | Une longue trainée de sang
Ses « faits d’armes », auxquels les crimes semblent assimilés, l’on fait remarquer auprès du haut commandement. En 1944, c’est Hitler lui-même parait-il, qui le désigna pour remplir une mission importante lors de l’Offensive des Ardennes sur les plans du général von Rundstedt.
Il avait à peine 29 ans lorsqu’il reçut le commandemant d’un groupe de combat tactique (un Kampfgruppe de la tristement célèbre 1re division SS Leibstandarte Adolf Hitler) chargé de dresser une tête de pont sur la Meuse afin d’ouvrir la voie à la conquête d’Anvers, objectif principal de l’offensive.
Les ordres étaient clairs et simples : atteindre la Meuse en trois jours maximum en foncant droit devant à travers l’Ardenne en direction de la Meuse. La colonne blindée fut dotée des meilleurs éléments de la division et armée des tout nouveaux Panzer Königstiger (Tigre royal), un char redoutable par sa puissance, mais un gouffre en carburant. Le mot d’ordre principal était la vitesse en comptant sur la sidération provoquée par l’attaque au sein des troupes américaines.
A l’aube du 16 décembre 1944, l’assaut fut lancé sur toute la ligne de front.
La surprise fut totale au début, mais les assaillants savaient que les toupes US pouvaient se ressaisir rapidement.
Dès lors, pour les SS de Peiper, il n’y avait pas de temps à perdre… et certainement pas en s’encombrant de prisonniers, le massacre de ceux-ci ne comptait que comme un aléa nécessaire à une attaque éclair.
D’autant plus que tout n’allait pas exactement comme prévu, dès le premier jour, un retard considérable fut pris, les routes étroites obligeaient à étirer la colonne d’une manière plus importante qu’escompté, la percée initiale des troupes parachutistes était trop lente, et cette lancinante question du ravitaillement en essence taraudait les esprits. Un sentiment de frustration gagne les officiers et les hommes.
Nous sommes déjà le 17 décembre et Peiper n’avance pas.
Les premiers prisonniers américains furent capturés à Honsfeld par un groupe SS isolés. Ils furent abattus sur place.
Puis, près de Malmedy au carrefour de Baugnez, la colonne croise un convoi américain. Une courte bataille s’engage, dépourvus d’armes lourdes, la bataille est inégale, les américains baissent les armes. Plus de 120 hommes sont fait prisonniers et rassembés dans un champ.
Qu’arriva-t-il ? Lors de son procès, Peiper soutint que le prisonniers tentèrent une évasion en groupe, les gardiens n’avaient pas d’autre choix que d’ouvrir le feu.
Allons, allons ! Des hommes viennent de se rendre à l’ennemi largement supérieur en nombre et en armes et tenteraient immédiatement d’enfuir à pied tout en étant à la merci de leurs gardiens. Vous y croyez ?
84 GI’s furent abattus sur place.
Le même jour encore, 11 artilleurs noirs sont signalés et exécutés à Wereth. Au passage, si on peut utiliser cette expression, des civils sont abattus ça et là, assez curieusement d’ailleurs puisque nous sommes en région germanophone et que les victimes pouvaient facilement se faire comprendre des nazis. La fureur assassine n’entend aucun langage manifestement.
Puis en soirée, les premiers éléments offensifs de la colonne atteignent Stavelot. La ville était un enjeu capital, car il fallait absolument garder intact le pont qui enjambe l’Amblève afin d’assurer l’impérieux ravitaillement en carburant. Cette partie de la mission fut (enfin) une réussite, la ville et le pont furent pris dans la journée du 18.
C’est à partir d’ici que la rage SS se tourna vers les civils, depuis Satvelot, et dans tous les villages alentours qui mènent vers Trois-Ponts et puis La Gleize, les meurtres de civils se succédèrent.
Est-ce parce qu’il n’y avait plus de GI’s à abattre sur leur chemin ?
Les habitations sont mitraillées à tort et à travers, l’ancien phantasme allemand des tireurs civils embusqués, déjà largement évoqué lors de l’invasion de 1914, revient en mémoire. Pour les SS, chaque civil croisé, fut-il un enfant, est un ennemi en puissance. Ils pratiquent l’assassinat « préventif ».

Ci dessus : Au carrefour de Baugné à Malmedy, les corps des GI’s enfouis sous la neige ne seront découverts qu’à la mi-janvier.
Ci-dessous : Le correspondant de guerre Jean Marin regarde les corps des civils massacrés à la maison Legaye à Stavelot.
Images d’archives US Corp

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A Stavelot, 23 personnes sont réfugiées dans la cave de la maison Legaye, route de Trois-Ponts. Après avoir balancé des grenades, les civils sont extirpés de la cave et sont alignés le long d’une haie. 20 sont abattus, y compris les enfants, le tableau découvert par la suite par les Américains et les images des correspondants de guerre sont épouvantables.
A Ster, à Renardmont, à Parfondruy, des groupes d’otages sont également rassemblés et exécutés, Le bâtiment incendiés, comme auparavant en Russie et en Italie. C’est une technique éprouvée pour parachever l’ouvrage.
A Wanne encore, après la bataille pour la prise du village, des civils sont fusillés.
Les troupes SS avancent et laissent une trainée de sang, de larmes et de malheurs derrière eux. Au final, on attribue au Kampfgruppe l’exécution de 362 soldats US et 111 civils.
Rien ne montre que Peiper aurait participé en personne à un de ces faits, il n’avait pas le temps de s’arrêter. De la tourelle de son char, il donnait des ordres pour foncer toujours plus avant sans regarder sur les côtés ni en arrière. Le 18 décembre dans l’après-midi, il était déjà à La Gleize où il trouva face à lui des éléments de la célèbre 82e Airborne.
Les choses se compliquaient pour lui, d’autant plus que les troupes US reprendront rapidement Stavelot et donc, le pont sur l’Amblève qui devait assurer un passage au ravitaillement en essence.

Devant le musée « Décembre 44 » à La Gleize, le blindé 213 abandonné par le Kampfgruppe Peiper.
Très puissant mais peu mobile, les Königstiger (Tigre royal) font un poids de 70 tonnes et consomment plusde 500 litres aux 100 km.
Encerclés par les unités américainnes dans le « Chaudron de La Gleize », le manque d’approvisionement en essence immobilisa les chars.
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L’avancée est stoppée net dans ce qui sera appelé « le chaudron de La Gleize ». Jusqu’au 23 décembre, les combats sont d’une violence épouvantable. Tirs d’artillerie contre blindés et corps à corps se suivent dans les villages. Jusqu’à ce que les chars de Peiper s’immobilisent l’un après l’autre, en panne sèche.
Dans la nuit du 23 au 24 décembre, la seule solution de survie qui s’offre au reste du Kampfgruppe est de rejoindre les lignes allemandes de l’arrière… à pied. Huit cents hommes se mettent en route dans la nuit et parviennent à se faufiler à travers les lignes américaines.
Le fer de lance de l’offensive que devait ouvrir le Kampfguppe Peiper se termine ainsi, assez piteusement faut-il le dire.
La capture
Après la guerre, le nom de Peiper était gravé ans la chair des civils ardennais et des autorités américaines. Les massacres, tant de civils que de soldats prisonniers, ne pouvaient rester impunis. Les Américains s’évertuèrent à mettre la main sur lui, ce qu’ils firent finalement, en août 1945.
Il comparut devant un tribunal militaire américain à Dachau avec 74 autres accusés appartenant également à la division SS. Répondant à l’assassinat de plus de trois cents prisonniers de guerre américains ainsi qu’au massacre d’une centaine de civils belges, Peiper est condamné à mort le 16 juillet 1946.
En 1946, nombre de scientifiques nazis avaient déjà été recrutés par les USA, on pense notamment à Werner Von Braun qui passera à la NASA. Un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique avait trouvé un nouvel adversaire ; la guerre froide commençait avec le bloc soviétique et une certaine mansuétude naissait envers les anciens ennemis.
La condamnation de Peiper fut rapidement commuée à la détention et finalement, il fut libéré en 1956.

Peiper au tribunal de Dachau face à ses juges, il sera condamné à mort. Puis, avec l’émergence de la « guerre froide » et de la pression mise par les partisans de Joseph McCarthy qui se focalisaient sur le communisme, sa peine sera commuée en prison à perpétuité pour être finalement libéré en 1956.
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Après avoir été quelque temps employé chez Porsche (souvenons-nous que Ferdinand Porsche avait construit la Volkswagen sur commande d’Hitler), son passé de criminel de guerre le suit quand même. Son maintien chez Porsche s’est avéré impossible, il fut donc licencié et continua à travailler dans le secteur de l’automobile en tant que formateur.
Puis, peu à peu, les traces de ses activités professionnelles s’estompent, il aurait pris sa retraite très tôt.
Il en avait donc les moyens, d’où et comment ? A cette époque, les réseaux d’anciens militaires, principalement les SS, sont très actifs. Jusqu’à quel point Peiper y a-t-il participé, avec quelles actions, avec quelles responsabilités. Connaissant la personnalité de l’individu, il semble peu probable qu’il n’ait joué qu’un rôle passif, la question reste ouverte.
1976 | Le retour de flamme
Il peut paraître curieux qu’il soit simplement resté en Allemagne et y ait travaillé alors que beaucoup de ses coreligionnaires se sont fait oublier en Amérique du Sud ou en Afrique.
Curieux également qu’en 1974, il s’installe à Traves en France près de Vesoul. Son voisin direct étant lui aussi un ancien SS.
Son épouse et lui mènent une vie discrète, rentrant de temps en temps en Allemagne dans leur seconde maison. L’habitation de Traves est éloignée de la route, des chiens mènent la garde.
C’est d’ailleurs pour leur construire un chenil que Peiper se rend à Vesoul pour y acheter du grillage. C’est l’employé Paul Cacheux qui s’occupe du client, le sert, et demande où et chez qui on peut livrer la commande. Paul Cacheux est un ancien résistant communiste, il connaît les faits saillants de la guerre, il est bien entendu intrigué par l’accent prononcé de son client et devine le lien entre son client et ce colonel dont on a tant parlé dans les Ardennes trente ans plus tôt.
L’ancien résistant a appris à garder son sang-froid, il dissimule son émotion et contacte un journaliste de l’Humanité, Pierre Durant. Ce dernier se rend à Berlin pour enquêter et confirme l’identité de l’homme.
C’est deux ans plus tard, en 1976 que les choses s’enveniment pour l’ex-SS. En juin, un trac anonyme est distribué dans la commune, celui-ci annonce aux habitants qu’un « criminel de guerre SS est parmi vous ». La presse répercute le fait, Paris Match et les journaux locaux interviewent le colonel : « J’ai été condamné, j’ai payé » déclarera Peiper.
Les esprits s’échauffent, il reçoit des menaces directes, par courrier et par téléphone. Il sent le danger.

Peiper à Traves.
Interrogé par Paris Match et l’ Est Républicain en juin 1976, trois semaines avant son décès : « j’ai payé » déclara-t-il.
Photo : Marc PAYGNARD sur le site web de l’Est Républicain.
Cette photo elle-même a une histoire :
https://www.estrepublicain.fr/societe/2021/07/10/affaire-peiper-l-histoire-d-une-photo-volee-a-son-auteur
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La nuit du 13 au 14 juillet, date si symbolique en France, une attaque en règle est lancée sur sa maison, les chiens hurlent, une fusillade éclate, la maison est incendiée.
Les pompiers interviennent avec difficultés —la pompe est en panne — et, au petit matin, découvrent un corps calciné dans les décombres.
Peiper ?
Peut-être que oui, peut-être que non, car le corps est impossible à identifier avec certitude.
La seule chose limpide dans cet épisode est qu’il y a un corps carbonisé. Au départ, on n’était même pas sûr que c’était un corps humain, tellement les flammes avaient été violentes, probablement activées par des cocktails Molotov. Des indices le laissent penser en tout cas.
Tout le reste n’est encore que mystère au matin du 14 juillet 1976… et le restera.
Qui a attaqué ? Des anciens résistants ? Les 4 jeunes délinquants du coin arrêtés puis relaxés ?
Est-ce bien le corps de Peiper ? N’est-ce pas lui qui a simulé une attaque pour disparaître définitivement ? On a même émis l’hypothèse qu’il aurait enlevé et drogué un vagabond pour le laisser mourir à sa place dans l’incendie.
Tout est envisagé, tout est possible. En 1982, le non-lieu est prononcé sur « l’affaire Peiper ».
De temps à autre, l’affaire revient à la une, quelqu’un affirme ceci, un autre rétracte cela.
En 2026, toutes les questions restent sans réponses, le corps retrouvé a été définitivement réduit en cendres par incinération, et a pris place dans le caveau familial en Allemagne.
Plus personne n’a jamais vu Peiper.
Il ne reste que le souvenir de ses propres crimes.
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Texte : François Rion – Juillet 2026
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Le Kampfgruppe PEIPER
Ouvrage collectif – Collection Editions Weyrich
Décembre 2021
Pour aller plus loin

Le Kampfgruppe PEIPER
Ouvrage collectif – Collection Editions Weyrich
Décembre 2021

L’affaire Peiper
Roger Martin
Editions Dagorno
1994

Le journal « L’Est Républicain » suit l’affaire depuis 1976.
Un dossier complet est à découvrir sur leur site web.
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