Chassepierre, son église et sa boucle de Semois.

Chassepierre, son église et sa boucle de Semois.

C’est peut-être la Semois qui s’écoule si paisiblement en bordure du village qui donne cette impression de sérénité à l’endroit. La photo qui illustre le titre ce cet article est sans-doute l’angle de prise de vue le plus utilisé des photographes pour immortaliser Chassepierre. S’il y a autant de photographes que de pêcheurs sur cette rive de Semois, c’est tout simplement parce que l’endroit est magnifique.

Pourtant, un dimanche matin de juillet, on aurait pu s’attendre à une effervescence touristique telle qu’on les connait dans les endroits reconnus comme les plus beaux de la région wallonne. Chassepierre, en effet, bénéficie du label officiel des « Plus beaux villages de Wallonie », depuis longtemps.

Ici, tout n’est que calme et volupté. Ce n’est pas toujours le cas, loin de là. En ce matin de juillet, on aperçoit déjà aux panneaux d’affichage et aux fenêtres des maisons, les affiches qui annoncent le prochain Festival des Arts de la Rue. Cet évènement de portée internationale, amorcé en 1974, draine chaque année au mois d’août plus de 50 compagnies d’artistes du monde entier près de 30.000 spectateurs de tous âges. Les 200 habitants du village doivent être sérieusement secoués par l’agitation qui règne durant la préparation, et bien entendu pendant le week-end que dure le festival. Secoués, mais heureux, car chaque année ils ouvrent leur village, ils accueillent les artistes, ils se mobilisent pour offrir d’année en année, un spectacle authentique toujours plus spectaculaire.

Le village

 

 

 

L’occupation permanente des lieux est très ancienne, au néolithique* probablement. Les premiers habitants s’installèrent dans une grotte, qui s’appelle aujourd’hui le « Trou des fées », en bas de l’église et sous les ruines aménagées de l’ancien moulin. Ces grottes calcaires ont donné les racines de son nom au village : « Casa petrea » (c’est-à-dire : Maison de pierre ») dont on trouve les premières transcriptions administratives vers l’an 715. On sait qu’une villa romaine s’y éleva, suivie d’un château médiéval détruit au XIVème siècle par le Prince-Evêque de Liège et que selon certaines sources, quelques 300 ans plus tard, Louis XIV fit détruire un bastion fortifié en même temps que les châteaux de Florenville et de Chiny.

*Néolithique : Débuts de l’agriculture et de l’élevage,
donc de la sédentarisation de l’espèce humaine. Entre 7.000 et  3.300 ans avant notre ère.

Les grottes de  « Trou des Fées » se visitent à la demande, le visiteur découvre qu’elles se confondent avec les caves de l’ancien presbytère. C’est une curiosité, mais pas vraiment exceptionnelle. Des milliers de visiteurs ont déjà découvert le site. Mais, un d’entre eux  aurait-il visité le sous-terrain qui relierait, dit-on, Chassepierre à Carignan distant d’une quinzaine de kilomètres? Enfin, c’est ce qu’on dit, le sous-terrain n’est sur aucune carte et les brochures touristiques en parlent fort peu ; on peut donc supposer qu’il n’existe pas.

Ce serait trop dommage de couper court à la légende, imaginons une « vraie » version

Chassepierre étant en Belgique et Carignan en France, l’entrée du sous-terrain fut masquée avec grand soin à la fin du 19ème siècle par les trafiquants de café et de tabac. Les zélés gabelous ne le découvrirent jamais. Qui sait si aujourd’hui encore, un ou l’autre ne passe pas »en douce » un peu de tabac de Semois dans un sens et un peu trop de pastis dans l’autre.

 

 

 

 

En fouinant dans le village, je suis tombé sur cette salle d’exposition ouverte ce dimanche matin. Je suis donc entré. Houlà, voyant les photos affichées aux cimaises, j’ai très vite remballé mon appareil photo dans son étui. Les images que j’avais faites ce matin ne pouvaient souffrir aucune comparaison avec les travaux de l’habitant des lieux. J’étais dans la galerie de l’Ancien Moulin, chez Etienne Lenoir un photographe animalier professionnel. A visiter absolument lorsque vous passerez à Chassepierre.

 

 

L’ancien moulin. Il en reste peu de choses, ici les meules en pierres. Les ruines sont sécurisées, on peut s’y promener sans danger.

 

 

 

Sur le haut du village, le marché fermier a lieu tous les dimanches matin. Marc Poncin (à droite sur la photo, en rouge) est un peu l’homme-orchestre des lieux. Il m’a fait goûter le ZOUP de Chassepierre, un apéritif à base de vin blanc et de … canelle. C’est délicieux.

 

 

 

passerelle du Breux

Reconstruite sur les ruines de l’ancien pont du tramway, la passerelle du Breux permet de relier les deux entrées basses du village, côté Semois. Cette passerelle crée une nouvelle voie « Ravel » et joue un rôle essentiel dans la circulation des personnes lors du fameux Festival international des arts de la rue. C’est en 2003, au vu du succès grandissant du Festival et de l’importance de pouvoir y dépêcher rapidement des secours en cas d’accident, que les autorités communales et provinciales décidèrent d’unir leurs efforts pour permettre cette reconstruction. Le choix des matériaux s’est orienté vers une réinterprétation des matériaux d’origine. Ce qui restait des éléments en pierre a été restauré au minimum et stabilisé, afin de laisser un témoignage patrimonial et historique. La structure même de la passerelle a, comme par le passé, été réalisée en acier, mais la forme, la hauteur et le système porteur ont été adaptés aux technologies et exigences nouvelles.

 

 


La pierre et l’ardoise

Des maisons en pierre, il en est toujours question aujourd’hui. Heureusement, les destructions de villas, châteaux et autres bastions ont cessé, et depuis plusieurs décennies, les habitants ont pris conscience de la valeur patrimoniale de leur village. Implantées dans un alignement tout gaumais, les constructions du 18e et 19e siècle accolées les unes aux autres forment le quadrilatère central qui fait face à l’église. De là, rayonnent quelques voiries rurales vers le village de Sainte-Cécile à l’ouest et celui de Lacuisine à l’est. Le village n’est pas directement impacté par la route nationale, quel bonheur.

L’église Saint Martin.

L’église ainsi que l’ancien cimetière et le mur de pierre qui ceinture le tout datent de 1702, le presbytère quant à lui fut construit en 1790. L’église et le cimetière sont classés par la Commission royale des monuments et sites depuis 1994. Le clocher de style qualifié de « baroque » présente une silhouette bulbeuse et prolongée par une élégante flèche à deux collerettes. C’est au 19 ème siècle que fut ajoutée l’horloge, d’une manière un peu maladroite, en plein centre de la date de construction en chiffres forgés dans le fer et ancrés dans la façade. Le bâtiment subit bien-entendu d’autres modifications et transformations au cours de siècles, c’est en 2015 que se terminait une grande campagne de restauration. Le bâtiment se dégradait de manière inquiétant suite aux attaques de l’humidité sur la toiture et les murs.

A l’origine, l’église était recouverte d’un enduit blanc, destiné à protéger la maçonnerie. Au fil du temps, le crépi s’est détérioré pour laisser apparaitre les pierres, si bien qu’il n’existe aucune photo de l’église blanche d’avant 2015 ;  tout au plus une ou l’autre peinture, dont une accrochée dans la salle du Collège de Florenville. Les restaurations de 2015, outre les rénovations classiques apportées à la toiture et aux corniches ont permis de rendre à l’église sont aspect originel en la recouvrant de nouveau d’un enduit blanc à la chaux laissant apparaître le relief des pierres.

 

 

Eglise Saint-Martin fleurie

Je croyais que c’était pour m’accueillir en Prince que le tapis rouge avait été déroulé et que l’église avait été si bien fleurie ce matin. Et bien non, la veille a eu lieu un prestigieux mariage. J’aurais quand-même un peu profité des fleurs… et vous aussi.

 

Le vieux cimetière de Chassepierre

Le vieux cimetière est désaffecté, il abrite une belle variété de croix funéraires, en fer, fonte, en schiste ou pierre calcaire.

 

L’église a retrouvé sa blancheur de jadis. Voyez le panneau indicateur qui indique Carignan. Par la route ou par le sous-terrain ? 😉

 

Texte et photos : François Rion 2017/2018


Où est Chassepierre

Chassepierre

 

Chassepierre

561 views

Lire

Martin le pêcheur

Etienne Lenoir _ Editions Weyrich

Étienne Lenoir s’est lancé à la poursuite de cet oiseau singulier, presque rare. Le photographe passionné qui s’est installé en bord de Semois nous offre une véritable découverte du martin-pêcheur.


 

Lire

L'invention Chassepierre

Alain Renoy - Ed. Weyrich

Personne. Non, personne n’aurait pu le deviner. Lorsqu’une poignée de poètes, en 1974, fit sonner ses rimes par les rues du village, qui aurait pu prédire que, 40 ans plus tard, le Festival des Arts de la Rue de Chassepierre serait un événement d’une portée internationale ?

Vers le site web du Festival des arts de la rue.